Vie de parent

Trois futures enseignantes :
« C’est dingue de voir comme les
parents se collent une pression »

Elles s’appellent Eloïze, Eva et Magali. Trois futures enseignantes dans le préscolaire qui à l’occasion d’un stage à la Ligue des familles sont venues discuter à la rédaction du Ligueur des relations avec les parents. Au fur et à mesure de la discussion, nous nous somme dits que vous serez à coup sûr ravi·e·s de voir comment vous êtes perçu·e·s de l’autre côté du rivage. Et tout y passe. Des parents trop absents à ceux trop présents. Nous leur avons demandé de ne pas trop vous blâmer. Et de chercher ensemble quelques solutions.

Trois futures enseignantes témoignent : « C’est dingue de voir comme les parents se collent une pression  »

Quand elles ont poussé la porte de la rédaction, on ne s’attendait pas à en apprendre autant. Nos trois stagiaires relatent leurs relations aux parents, sans artifice, d’un naturel parfois confondant. Sans une once d'agressivité. Avec déjà une belle perception de leur métier à venir. Elles racontent leur vécu en stage durant leurs deux premières années d’étude. Peut-être que ce regard encore un peu frais peut attirer l’attention sur quelques détails du quotidien « scolaire » des parents  ?

Le premier fait qui vous marque toutes les trois, tout lieu, tout réseau confondu, c’est la difficulté de communiquer avec certains parents. Pouvez-vous nous en dire plus ?

« Oui, la non-maîtrise de la langue française est beaucoup plus répandue que tout ce que l’on pouvait imaginer. Nous remarquons que cette difficulté à communiquer est un vrai frein pour de plus en plus de parents. Nous avons toutes les trois vécu des situations où une maman, un papa, ne savait pas dire bonjour ou simplement décrire l’enfant qu’il venait chercher. Nous avons réfléchi à plusieurs solutions pour permettre aux plus inquiets de venir rencontrer l’enseignant·e au moment adéquat. Pour ce faire, nous avons proposé d’intégrer un interprète au sein de l’école. Proposer aux enseignant·e·s d’utiliser un langage plus courant avec les parents et mettre des dispositifs en place pour ceux qui souhaitent apprendre le français. »

Autre aspect que vous ramenez du terrain, le fait que certains parents considèrent que la maternelle, finalement, c’est un peu la grande garderie…

« Le manque d’implication pose question. Parfois, certains ne viennent apparemment que 'pour faire garder leur enfant'. Certaines situations peuvent être marquantes pour nous, futures institutrices. Le fait de ne jamais se rendre aux réunions des parents. Par manque de temps ? Par timidité ?¨Par désintérêt ? Quoi qu’il en soit, des solutions s’imposent. Nous avons tenté de nous adapter et fait en sorte que l’agenda ne soit pas un problème.
Nous avions pensé à faire plusieurs réunions sur la semaine avec une grille horaire étendue et donnée à l’avance, afin que le parent puisse s’organiser le mieux possible. C’est dingue de voir comme les parents se collent une pression et essaient de coller à l’image du parent parfait. Rappelons-le : il n’existe pas. Notre objectif est que grâce à plusieurs petites solutions, chacun·e puisse se sentir plus à l’aise au sein de l’établissement. Ce qui est un cercle vertueux également pour les enseignant·e·s et nous, futures enseignantes. En cela pourquoi pas des petits repas qui réuniraient tout le monde et détendraient peut-être un peu l’atmosphère ? »

Vous attirez l’attention sur les parents qui, à l’inverse, sont hyper impliqués au point d’en devenir un peu… envahissants. Vous avez des anecdotes à ce sujet ?

« Oui, c’est vrai que nous aimerions attirer l’attention sur la présence excessive de certains parents. Nous avons souvent vu l’institutrice se sentir dépassée. L’impact n’est évidemment ni positif sur son travail, ni sur le bien-être des enfants. Il nous est arrivé à toutes de voir un parent qui envoie un message durant la journée afin de voir si son enfant se porte bien.
Nous rappelons que l’institutrice peut avoir jusqu’à 27 élèves et qu’il est impossible pour elles de répondre aux messages et de s’occuper dans le même temps sereinement des enfants. Un des premiers conseils donnés par un enseignant lors d’un de nos stages a été : 'Ne leur donne pas ton numéro, sinon t’es foutue'. »

Est-ce qu’on vous apprend à « parler un peu parent » pendant la formation ?

« Pas vraiment. Pendant le cours de psycho-communication, on aborde les différents styles de parents. Les autoritaires. Les démocratiques. Les désorganisés. Les permissifs… Chacun avec ses caractéristiques et donc les conséquences sur l’éducation que reçoivent les élèves. À cela, se combinent les différentes typologies de familles. Celles dites classiques et celle plus singulières comme les monoparentales, les bi-parentales, les 'atypiques'. Une manière de voir comment l’enfant se situe. Il vient de là ? Il faut donc l’appréhender avec tel type de difficultés ou de particularités… Pas pour réagir, mais pour comprendre. Ça nous guide un peu sur le terrain, même si tout cela est en réalité trop cliché. Il y a trop de raccourcis faits un peu à la va-vite. La réalité est heureusement plus nuancée que ce que l’on nous enseigne. D’où l’importance du contact et de l’expérience à acquérir. »

La rédaction

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