Vie de parent

Trop d’enfants vivent dans la pauvreté en Belgique

Près d’un enfant sur quatre en Wallonie et quatre sur dix à Bruxelles sont concernés par cette problématique.

Trop d’enfants vivent dans la pauvreté en Belgique

Près d’un enfant sur trois vit dans la pauvreté en Belgique francophone, selon une enquête Solidaris menée par l’Université de Liège (ULg). Un famille « pauvre », cela signifie, pour la Fondation Roi Baudouin : 2 100 euros nets/mois pour un couple avec deux enfants et à 1 600 euros nets/mois pour une famille monoparentale avec deux enfants.
En Belgique, 420 000 enfants vivotent sous le seuil de pauvreté. Quelque 23 % des parents assurent ne pas pouvoir boucler leur budget sans être à découvert ou craignent clairement de basculer dans la précarité. La Région bruxelloise est la plus touchée avec 40 % des jeunes vivant dans une famille pauvre, contre 25% en Wallonie.

La précarité des familles monoparentales

Le problème n’est pas nouveau mais a encore tendance à s’aggraver depuis la crise économique de 2008. « Cela est dû à de nombreux facteurs. Je pense notamment aux mesures du gouvernement qui visent à limiter l’accès aux allocations de chômage et à l’augmentation du nombre de familles monoparentales, plus touchées par la précarité », explique Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg.
Les parents seuls avec enfant sont effectivement les plus exposées, à intensité de travail égale, déplore la Ligue des familles. « Pour les familles monoparentales, il ne suffit pas d’avoir un emploi pour pouvoir échapper à la pauvreté », explique François Bertrand, chargé d’études de l’association. « La situation des familles monoparentales se dégrade d’année en année. Notre baromètre parental tirait déjà la sonnette d’alarme. »

« L’ascenseur social bloqué »

Bien sûr, la Belgique, via la sécurité sociale et différentes initiatives tente d’aider les populations les plus fragiles (Revenu d’intégration sociale, soutien des CPAS…). Mais il reste difficile pour un enfant pauvre de se dégager de son handicap social.
« En Belgique, un élève défavorisé a trois fois plus de risques de se retrouver dans l’enseignement qualifiant. Même à compétences équivalentes, les élèves défavorisés fréquentent davantage l’enseignement qualifiant que les autres », précise l’étude.
« L’ascenseur social est bloqué. Il faut d’urgence plus de moyens pour annuler le handicap avec lequel les enfants défavorisés partent dans la vie », ajoute la sociologue.

Gratuité du scolaire et extra-scolaire

Comme les auteurs du rapport, la Ligue des familles appelle à réévaluer l’impact concret de la pauvreté sur la vie des familles et de la déprivation de dispositifs tels que « l’article 27 ».
Pour l’association, la gratuité des biens culturels et de l’école est cruciale. « Le Pacte pour un enseignement d’excellence est une opportunité pour avancer concrètement sur la gratuité pleine et entière des frais scolaires et des voyages/sorties scolaires ».
L’association pense également qu’il faut profiter de l’accueil extrascolaire des enfants pour offrir des services orientés vers l’action culturelle, sportive et de loisirs accessibles à tous (via la gratuité). Et demande encore une meilleure automaticité des droits de réduction tarifaire et de la gratuité auprès des services publics (qu’il s’agisse des enfants ou de leurs parents).

Leur santé en jeu

Comme le mentionne l’enquête, à plus long terme, la pauvreté peut entraîner des problèmes de santé. En Belgique, 25 % des enfants issus de familles à plus bas revenus connaissent des problèmes de santé contre 15 % dans les familles à plus hauts revenus, souligne l’étude. « On sait que ceux qui ont un niveau d’éducation moindre ont une espérance de vie largement inférieure aux autres », relève Marie-Thérèse Casman.

Stéphanie Grofils

Inégalités scolaires

Des parents, des enseignants mais aussi des élèves livrent leur point de vue et leurs conseils pour amoindrir les inégalités à l'école, dans le Ligueur des parents du 2 mars prochain.

À lire

http://www.lacode.be/IMG/jpg/PHOTO_COUV_reduite_pour_focus-2.jpgPour tout savoir sur l'impact de la crise sur la situation des enfants en Belgique, lire "Sale temps pour les enfants", par la Coordination des ONG pour les droits de l'enfant (Code).

 

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