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Trop de médocs pour les bébés ?

Préoccupés par votre santé, celle de vos enfants ? Oui, toujours. Si vous faites confiance à votre médecin traitant, vous êtes également ouverts et curieux, en plébiscitant à 70 % le remboursement des médecines douces, comme le révèle le Futuromètre de l’institut AQRate. Un bémol cependant : trois bébés sur quatre reçoivent au moins un médicament dans l’année. Souvent un antibiotique. Et cela semble trop...

 

Trop de médocs pour les bébés ?

Depuis quelques mois, les Mutualités libres ont mis sur pied un baromètre de la santé des enfants, le KidOscope. Elles ont entrepris de scanner les données de santé de leurs 470 000 jeunes affiliés (de 0 à 18 ans), par thème et par catégorie d’âge.
Une de ces études a analysé la consommation de médicaments (soumis à prescription et remboursés par l’assurance maladie) par les enfants de moins de 2 ans. Cette consommation apparaît importante : 3 bébés sur 4 reçoivent un de ces médicaments sur une période d’un an.
Deux types de médicaments attirent l’attention : les bronchodilatateurs et les antibiotiques. Près de 4 bébés sur 10 reçoivent au moins une fois par an des bronchodilatateurs (aérosols…), et ce pendant une durée moyenne de 31 jours. Il est vrai que les problèmes respiratoires sont fréquents chez les jeunes bébés (8 épisodes viraux pendant la première année de vie en moyenne). Mais il n’est pas judicieux d’employer directement la grosse artillerie. La plupart de ces infections respiratoires sont bénignes. Elles ne nécessitent généralement que des soins de nez attentifs, à l’aide de sérum physiologique et d’un mouche-bébé.

Trois antibiotiques par an

Plus préoccupant encore : 1 bébé sur 2 consomme au moins un antibiotique une fois par an. En moyenne, un bébé reçoit 3 boîtes d’antibiotiques par an. C’est beaucoup, alors qu’on sait que les bébés souffrent avant tout d’infections virales, contre lesquelles les antibiotiques n’ont aucune efficacité. Par contre, cette prise d’antibiotiques à mauvais escient favorise l’apparition de bactéries de plus en plus résistantes à ces médicaments. Un problème de santé publique inquiétant qui a déjà justifié plusieurs campagnes lancées par les autorités de santé en vue d’inciter les médecins et les patients (ici, les parents) à réduire la consommation de ces produits.
La surconsommation d’antibiotiques est importante en Belgique : notre pays occupe la quatrième place en Europe au classement des plus gros consommateurs. Nous en consommons trois fois plus qu’aux Pays-Bas et deux fois plus qu’en Allemagne.
De plus en plus de souches bactériennes sont devenues résistantes et le phénomène est le plus grave dans les pays où la consommation d’antibiotiques est élevée. À l’échelle de l’Union européenne, on estime que cette résistance est à l’origine de 25 000 décès par an et de 2 500 000 journées d’hospitalisation.

Futur diabétique ?

Le problème n’est cependant pas que de santé publique. La surconsommation d’antibiotiques peut aussi avoir un effet sur la santé future du bébé. En premier lieu, « des études ont établi des corrélations entre la consommation d’antibiotiques par les jeunes enfants et le risque d’excès pondéral, note Dominique Detemmerman, pédiatre à l’hôpital Érasme (ULB). C’est d’ailleurs une des raisons du recours aux antibiotiques dans les élevages : pour faire gagner du poids, en particulier aux volailles. »
En outre, on sait depuis longtemps que les antibiotiques ont un effet négatif sur le microbiote (flore intestinale), ces dizaines de milliers de milliards de micro-organismes qui vivent dans nos intestins et contribuent à l’absorption des aliments et à l’équilibre métabolique.
« Ces dernières années, poursuit la pédiatre, des études indiquent qu’il y aurait un lien entre la consommation fréquente d’antibiotiques par les bébés et l’apparition ultérieure d’allergies, voire de diabètes. On le dit encore au conditionnel, car de multiples facteurs interviennent, mais il faut en tenir compte. »
Dans le monde, plusieurs équipes de chercheurs travaillent sur ces hypothèses. Ainsi, une équipe du Louvain Drug Research Institute (UCL), dirigée par Patrice Cani, travaille depuis de nombreuses années sur les liens entre le microbiote et des problèmes comme l’obésité. Il avait déjà montré le rôle-clé de la bactérie intestinale Akkermansia muciniphila dans la protection contre l’obésité et le diabète de type 2 chez les souris. La bactérie était cent fois moins présente dans l’intestin des souris obèses et diabétiques.
Le chercheur vient d’annoncer la mise au point de traitements, fondés sur cette bactérie, qui parviennent à stopper et même à guérir ces deux maladies chez la souris. Une piste prometteuse pour l’être humain. Ces découvertes étayent un peu plus les hypothèses émises sur les liens entre antibiotiques, microbiote et maladies du métabolisme. De quoi nous rendre donc plus prudents.

Jean-Paul Vankeerberghen

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La nourriture aussi en cause

La situation est encore aggravée par l’utilisation généralisée d’antibiotiques dans les élevages industriels d’animaux (y compris de poissons), non seulement dans un but thérapeutique, mais aussi prophylactique pour éviter l’apparition d’épidémies dans les élevages. Dans de nombreuses régions du monde, en particulier aux États-Unis, les antibiotiques sont aussi utilisés comme promoteurs de croissance (cette pratique est interdite dans l’UE).

Qui rembourse quoi ?

La plupart des mutualités remboursent partiellement les médicaments homéopathiques pour leurs membres affiliés qui ont une assurance complémentaire. Toutes les informations sur le site de l’Union professionnelle des homéopathes, UNIO.