Vie de parent

Trump et émeutes à Washington : comment en parler aux enfants ?

Les événements survenus, la nuit dernière, à Washington surprennent, choquent, interrogent. Et pas seulement les adultes. Les plus petits aussi se posent des questions sur cette actualité qui s’inscrit d’emblée dans les livres d’Histoire. Comment aborder cela avec les enfants ? Voici quelques pistes.

Trump et émeutes à Washington : comment en parler aux enfants ?

« Lorsqu’on s’adresse aux enfant, il est important de ne pas partir avec les prérequis qu’ont normalement les adultes. Il faut réexpliquer les choses posément, avec précision. » Ce n’est pas une psychologue qui parle, mais bien une journaliste. Nathalie Lemaire fait partie de la rédaction du Journal des Enfants. C’est elle qui, ce matin, a rédigé sur le site internet du JDE, l’article consacré à l’événement.

« Il faut écouter les enfants, les laisser parler, les faire réfléchir à partir de cette info. »

« Là, en l’occurrence, on est reparti des élections et du fait que Donald Trump n’a pas reconnu sa défaite. On a recontextualisé complètement l’événement. On a reprécisé chaque chose : le Capitole qu’est-ce que c’est ? Où se trouve-t-il ? Les deux assemblées, à quoi servent-elles ? » L’approche de la journaliste, finalement, n’est pas loin de celle qu’empruntent les parents. Il s’agit de mettre l’info à la portée des enfants. Avec, évidemment, une mission supplémentaire et nécessaire pour le parent, celle de rassurer.

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1. Être à l’écoute des enfants

Nathalie Lemaire, lorsqu’on lui demande si elle a un conseil à donner aux parents, s’avance sans peine : « Je crois vraiment qu’il faut écouter les enfants, les laisser parler, les faire réfléchir à partir de cette info. » Ce n’est pas la psychologue Mireille Pauluis qui va la contredire. « Il faut effectivement écouter les enfants, entendre leurs questions, essayer d’y répondre. S’ils demandent : « Est-ce qu’il va y avoir la guerre partout ? », on peut les rassurer en disant que non. Mais on doit leur faire comprendre que les USA c’est un grand pays puissant et que, donc, ce qui s’y passe est important. »

Cela dit, comment souligne-t-on l’importance d’une info lorsque l’enfant est bombardé en permanence d’informations à travers la télévision, son smartphone, les réseaux sociaux ? « Au niveau du JDE, on fait un choix de rédaction, insiste Nathalie Lemaire. Le fait d’approfondir cette info montre déjà que c’est important. Et on espère, à ce niveau-là que les enfants nous font confiance. À ce choix vient s’ajouter la mise en perspective. On explique que ce qui s’est passé hier, ce n’est pas banal. Que derrière, il y a des enjeux démocratiques importants. »

2. Réagir en fonction de l’âge

Précisons que le JDE s’adresse, principalement, à des enfants de 9 à 13. Ils sont déjà assez grands, développent leur esprit critique. « La question de l’âge est évidemment centrale, pose Mireille Pauluis. Vers 5 / 6 ans, l’enfant va donner des théories plus « magiques ». À partir de 8 ans, cette pensée magique ne va déjà plus leur suffire. Et à ce moment-là, l'enfant peut nourrir plus d’angoisses. Le chevalier blanc qui va venir sauver le monde entier ne sera plus suffisant pour le rassurer. » Dès lors, le rôle du parent, dans cette situation, s’articule autour de deux missions fondamentales : rassurer et informer.

« Il faut gérer l’angoisse des enfants. »

Et pour se guider au mieux en tant que papa ou maman, l’écoute (on y revient) est essentielle. « Il faut s’intéresser aux théories développées par les enfants. Si celles-ci sont complètement farfelues et pas adéquates, si ces théories suscitent de l’angoisse, il faut aider les enfants à évoluer vers autre chose. Il faut gérer cette anxiété. » Au plus les enfants seront grands, au plus il s’agira de faire preuve de pédagogie et de vulgarisation de l’info. Un journal ou un programme pensé pour les enfants peut être, à cet égard, un bon support. 

3. Être à hauteur d’enfant

Il faut toujours veiller à être à hauteur d’enfant. Nathalie Lemaire insiste sur le vocabulaire et la clarté, « dans notre cas, on utilise des mots simples pour montrer que ce qui s’est passé est extraordinaire et grave. Tout cela en dépassant les faits, en ouvrant une réflexion que les enfants peuvent saisir ». Mireille Pauluis, elle, souligne les bienfaits des comparaisons et des métaphores. « On peut ainsi mettre en relation le code de la route et l’attitude de Trump : « En ne respectant pas les règles, le président risque de provoquer des accidents ». » Trump responsable d’un accident démocratique ? L’image fonctionne finalement assez bien.  

« De ce que j’entends des enfants autour de moi, c’est que Donald Trump est fou. »

Parlons-en de l’image. Trump en a beaucoup joué dans sa campagne et durant son mandat. Il a tablé sur ses attitudes extrêmes, sur son look aussi. Au point de frapper l’imaginaire des enfants. Natalie Lemaire a pu s’en rendre compte lors des rencontres avec ses jeunes lecteurs et lectrices.  « Les enfants en rient. Mais je ne suis pas sûr qu’ils se laissent convaincre. Ils sont plutôt choqués et ne l’aiment pas. Quand on en discute avec les enfants, on est plutôt face à un discours anti-Trump.  L’image est négative. » Mireille Pauluis a les mêmes échos. « De ce que j’entends des enfants autour de moi, c’est que Donald Trump est fou. Et cela vient parfois d’enfants de 5 / 6 ans. Ils se rendent compte que c’est un drôle de personnage. »

Paradoxalement, ce personnage de cartoons piteux est peut-être finalement une occasion inespérée de pouvoir aborder des questions et des concepts essentiels comme la démocratie, le pouvoir, le racisme, la violence avec les enfants. « C’est clair que c’est plus facile de faire réfléchir par rapport à un personnage comme celui-là que par rapport à un personnage plus lisse, moins fantasque. Les enfants entrent plus facilement dans l’info par ce côté caricatural. » Bon, on pourra au moins mettre cela au crédit de Donald Trump…

T. D.

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