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Tu seras aussi une femme, mon fils

« Les filles sont lourdes, elles ne savent pas faire du sport ». Votre gamin n’a pas encore 6 ans et vous sort le cliché qui tue. Stupéfaction.
À l’occasion de ce 8 mars, déclaré Journée internationale des droits des femmes, le Ligueur a préféré aux beaux discours la parole de femmes, mères et grands-mères qui, jour après jour, combattent les stéréotypes sexistes. Car c’est très tôt, sur le terrain de l’éducation, que se joue d’abord la question de l’égalité homme-femme.

 

Tu seras aussi une femme, mon fils

Un modèle croisé durant l’enfance…

♦ Gabrielle, 59 ans, un fils et une fille
J’ai grandi entre un père dominant, une maman totalement dominée et mes grands-parents féministes, progressistes. Ce contraste entre les deux couples m’a fait prendre conscience très jeune de l’existence des préjugés vis-à-vis des femmes. Ce vécu, plus l’ascendant de ma grand-mère, militante charismatique, m’a aidée à emprunter la même voie qu’elle. À 18 ans, elle m’invite à rejoindre le groupement belge de la Porte ouverte pour l’émancipation économique de la travailleuse. J’y suis toujours…

♦ Daphné, 43 ans, une fille de 9 ans et un fils de 4 ans
J’avais 10-12 ans. J’étais dans la cuisine avec ma mère. Elle était en train de vider le lave-vaisselle quand elle m’a dit soudain : « Ma fille, tu ne dépendras jamais d’un homme ». Cette femme au foyer revendiquait, pour la première fois sans doute, l’autonomie non pour elle, mais pour moi. Ce moment est inscrit en moi.
L’université a fait le reste en m’offrant l’occasion de rencontrer des copines militantes de la cause féministe. Grâce à cette petite phrase de ma maman, j’étais prête dans ma tête, il ne manquait plus que le déclic pour le combat collectif. C’est là aussi que j’ai compris qu’être une femme, qu’être un homme, c’était une construction sociale. Et qui dit construction dit déconstruction. Tout était donc possible. On pouvait reconstruire autre chose…

J’ai à mon tour donné le plus gros morceau de viande à mon mari…

♦ Sarah, 65 ans, deux fils et une petite-fille
Mon père tenait le rôle de patriarche un peu malgré lui. Il était né au début du siècle passé et appartenait donc à une génération qui ne se choquait pas si, au dîner, on la servait en premier. Autour de lui, une armada de femmes composée de son épouse, de sa belle-mère, de sa mère (une petite année, mais quand même) et de la nounou pour les enfants. Et moi, la fille aînée en l’occurrence. En-dessous de moi, deux kets dont l’un devait toujours être diverti par la grande sœur. J’étais donc le bouffon de l’enfant-roi au milieu d’une cour de femmes au service du maître (de deux maîtres : le père et le fils-roi). Après ? Après, j’ai à mon tour donné le plus gros morceau de viande à mon mari… alors qu’il ne descendait pas dans la mine ! Ce sont mes fils qui m’ont éveillée au féminisme.

Depuis les derniers événements Weinstein et consorts, je trouve qu’on est face à un féminisme de classe

♦ Martine, 63 ans, deux fils et deux petits-fils
Dans les années 1970, nous avions des grandes causes, la contraception, la dépénalisation de l’IVG et toutes ses luttes étaient menées par des égéries. On marchait dans leurs pas…
Mais, à l’inverse de certaines militantes de l’époque, j’ai toujours jugé que la lutte pour les droits des femmes devait se faire avec les hommes. Je me souviens d’un type perdu au milieu d’une réunion où nous étions nombreuses. Un moment donné, il a été tout simplement mis à la porte. C’était insupportable, je l’ai suivi…
Depuis les derniers événements Weinstein et consorts, je trouve qu’on est face à un féminisme de classe. Est-ce parce que tout ça a surgit d’un monde de strass et de paillettes ? Peut-être… Le phénomène des tournantes en France a nettement moins fait parler de lui. Et pourtant, ces jeunes filles étaient tout autant en souffrance.

♦ Livia, 30 ans, une fille
C’est à l’école que j’ai pris conscience de l’existence des stéréotypes sexistes. J’avais 12 ans et le prof nous a proposé d’analyser la manière dont on représentait l’homme et la femme dans la publicité. Ce cours a été décisif pour moi.

Princesse d’accord, mais pourquoi pas aussi chevalier ?

♦ Daphnée, 43 ans, une fille de 9 ans et un fils de 4 ans
Depuis que je suis mère, j’ai compris que les grandes théories ne serent pas à grand-chose. L’enfant se construit davantage par ce que tu es que par ce que tu lui dis. Si tu fais tout le boulot et que le père est là, sur le canapé, c’est cet exemple qu’il suivra. J’ai eu la chance d’avoir un couple égalitaire de manière consentie. On se partageait les tâches, le père et moi, les bébés ont été langés, nourris, bercés et câlinés par l’un comme l’autre. Mon premier enfant est une fille qui a donc bien été imprégnée de cette première image. Puis vient l’école et tous ces codes bien organisés selon le genre : les princesses pour les fifilles, les Lego pour les gamins.
Je ne me suis pas opposée à ça, mais j’ai proposé à ma fille un heaume de chevalier à côté de la robe de princesse. Quand on lisait des livres, je lui demandais si elle voulait vraiment attendre de longues heures dans un château froid que son chevalier revienne ou si elle ne préférait pas monter à cheval et traverser les bois. Comme c’est une petite fille tonique, ça a marché. Elle rêvait à la Reine des neiges tout en lisant Petite Princesse de Toni Ross.  
Et mon plus jeune ? À 4 ans, il répond bien au stéréotype du garçon remuant. Mais j’ai confiance en l’exemple de sa grande sœur qui est aussi à l’aise avec les garçons qu’avec sa trousse de maquillage.

♦ Gabrielle, 59 ans, un fils et une fille
Je me suis donc mariée et j’ai eu un premier garçon. Mon homme n’était pas tout à fait sexiste, mais j’ai quand même dû agir pour préserver mon indépendance. J’ai dû me battre pour avoir une voiture personnelle, pour pouvoir aller à des colloques professionnels, etc. Le XXe siècle touche pourtant à sa fin (années 1980)…
J’étais bien décidée à éduquer mon premier bébé comme un enfant et non comme un garçon et, trois ans après, j’ai fait exactement la même chose avec ma fille. L’un comme l’autre, ils ont porté les mêmes vêtements, ils ont reçu la possibilité de jouer avec ce qu’ils voulaient (mon fils a d’ailleurs choisi une poupée). Je ne leur ai jamais imposé quoi que ce soit, mais je leur ai ouvert beaucoup de pistes : bricolage, jeux sportifs, cuisine, chimie, physique, etc. Aujourd’hui, les parents ne sont pas vraiment aidés par l’environnement marchand. De mon temps, il n’y avait pas de trottinette rose ou bleue, elles étaient toutes rouges. 

L’ambition professionnelle de mon aîné passe quand même toujours avant celle de sa compagne

♦ Livia, 30 ans, une fille de 3 ans
À l’époque où j’étais enceinte, j’étais en plein questionnement professionnel. Je voulais me mettre à mon propre compte. Lorsque j’ai su que c’était une fille, ça m’a encouragée à faire ce choix difficile. J’allais pouvoir montrer à ma fille que c’était possible de vivre de ce que l’on aime et que le monde de l’entreprise, réservé souvent aux hommes, était aussi le nôtre. J’ai donc quitté mon travail pour me lancer dans l’aventure.
Les princesses ? Je n’ai aucun problème avec ça. J’étais aussi fleur bleue quand j’étais petite et je n’ai pas l’impression que cela ait eu un impact sur ma condition de femme. Elle aime aussi courir et grimper aux arbres… en rose, pourquoi pas ?
C’est en observant au quotidien ce qu’il y a autour d’elle que ma fille comprendra l’importance du combat féministe et qu’elle y puisera la force de prendre sa place, d’oser croire en elle.

♦ Martine, 63 ans, deux fils et deux petits-fils
Je ne suis pas tout à fait convaincue d’avoir réussi à faire en sorte que cette égalité homme-femme aille de soi pour mes fils. L’ambition professionnelle de mon aîné passe quand même toujours avant celle de sa compagne. Est-ce parce qu’elle baisse la garde ? S’il y a partage des tâches, il n’y a pas encore un juste partage des chances, côté réussite professionnelle. Parce qu’il y a deux petits, tout simplement.
Avec eux aussi, je reprends mon bâton de pèlerin. L’autre jour, j’ai proposé au plus grand de shooter dans le ballon. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a rétorqué que les filles, ça ne joue pas au foot. Sisyphe, où es-tu ?

 

Propos recueillis par Myriam Katz

À lire dès 3-4 ans

Des histoires qui sont de véritables antidotes contre les stéréotypes qui traînent çà et là.

  • Boucle d’ours, Stéphane Servant et Laetitia Le Saut (Didier Jeunesse)
  • Je suis une fille, Yasmin Ismaël et Rebelle au bois dormant, Claire-Clément-Géry et Karine Bernardou (Milan)
  • Vive la danse, Didier Lévy et Magali Le Huche (Sarbacane)
  • Le chat qui est chien, Alain Cousseau et Charles Dutertre (Rouergue)
  • Un jour mon prince viendra… ou pas, Sancha Nebou et Rémi Saillard (Gauthier-Languereau)
  • Petite Princesse, Tony Ross (Gallimard)

 

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