3/5 ans

Turbulent… ou trop sollicité

Déjà à la crèche, il était le plus tonique de son groupe : il a rampé, marché et couru avant les autres. Aujourd’hui, à 5 ans, le trop-plein d'énergie d’Arthur est tel qu’il est parfois difficile à supporter. L’institutrice se dit débordée et les parents éreintés. Mais Arthur n’est pas le seul enfant dans ce cas… Et si cette agitation perpétuelle était due à des journées trop pleines, elles aussi ?

Turbulent… ou trop sollicité

À la naissance, le bébé sort du ventre de sa mère où il était blotti, enveloppé dans une douce chaleur, tout rassemblé sur lui-même. Et le voilà propulsé dans un espace lumineux, froid mais surtout sans limites. C'est la fameuse première angoisse de la naissance, angoisse d'éclatement, d'écoulement. Le bébé est « comme un cosmonaute lâché dans l'espace ». Il a alors absolument besoin d'être pris dans les bras, enveloppé dans un tissu doux, de sentir le corps de sa mère.

Trop d’activités ?

Les enfants grandissent, quittent les bras de maman et papa pour visiter le monde.
Un monde qu’ils découvrent aujourd’hui à travers les dizaines d’activités multiples et variées auxquelles ils ont accès, tout au long de la journée et de la semaine. Pendant toute l'année aussi. Grâce à ces activités, ils rejouent, revivent des sensations semblables à celles de la naissance. Une manière peut-être d'en apprivoiser les traces ?
Dès la maternelle, ils font du sport, de la psychomotricité, ils vont à des ateliers et à des stages en tous genres. Sans compter tous les jeux auxquels ils s’adonnent : châteaux gonflables, trampolines, toboggans tourbillonnants. Tout le plaisir est de sauter et de bouger librement, sans contrainte, avec une sensation de liberté, mais aussi d'éclatement. Toutes ces activités sont excellentes pour l'acquisition d'un bon schéma corporel, d'une bonne perception du corps, pour le développement d’un bon équilibre et pour la maîtrise musculaire.
Mais, comme toujours, trop, c'est trop ! L'enfant soumis à trop d'excitations n'est plus capable de se contenir : il déborde, se déchaîne, tente de se calmer en criant ou en embêtant ses copains ou ses frères et sœurs. Les adultes s'énervent et crient. C'est la foire !

Comment calmer le jeu ?

Que faire pour aider le petit à sortir de cet état de surexcitation? Tout d'abord, ne pas oublier que nous sommes responsables du bien-être de nos enfants. À nous de percevoir quand il faut mettre fin à leurs jeux qui les mettent en nage. À nous aussi de veiller à avoir, en contrepartie de ces jeux « d'expansion de soi », des activités plus apaisantes où l’enfant peut se recentrer sur lui-même et lâcher ses pensées, rêver et encore rêver…
Un enfant turbulent va presque naturellement rechercher, à un moment ou l’autre de la journée, à s’asseoir, à souffler, à se retrouver. En plongeant dans un livre, en dessinant, en coloriant... Tant qu’il est capable de vivre pleinement ces « arrêts », il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour lui.

Mireille Pauluis

DES PISTES

Votre petit s’emporte : proposez-lui…

  • Un coin doux (coussins et autres tissus moelleux) où il peut chipoter.
  • Une pause lecture, bien blotti contre vous.
  • Un temps de repos.
  • Un petit coin secret, une tente, une cabane qu’il a imaginé où il peut se réfugier à l’abri du monde extérieur (ça peut même sous la table avec des draps et des couvertures !).

EN BREF

Ce besoin d'être contenu, cajolé, rassuré sera présent tout au long de la vie. Nous aussi, tout adulte que nous sommes, lorsque nous vivons une expérience émotionnelle forte - bonne ou mauvaise -, nous avons envie d'être contenus, rassurés par un geste, un regard. C'est d'ailleurs le premier geste des sauveteurs lors de catastrophes : ils couvrent d'une couverture les épaules des victimes, même non blessées, et ils leur parlent calmement afin de les réconforter.
Il n'y a pas que les bras ou les couvertures qui assurent cette fonction contenante. Regardez dormir votre tout-petit. Dans les tout premiers mois, il se pousse dans un coin de son berceau à la recherche d’une sensation enveloppante. Petit à petit, la voix, surtout celle de sa maman, va le calmer lorsqu'il pleure. En grandissant, le regard aussi remplira cette fonction. C'est pour cela que les enfants demandent toujours qu'on les regarde quand ils s'essaient à de nouveaux exploits !

À LIRE

  • Le yoga des petits et Le yoga des petits pour bien dormir, Rebecca Whitford, Martina Selway et Stéphanie Alglave, Éditions Gallimard.
  • Calme et attentif comme une grenouille, Eline Snel, Éditions Les Arènes.
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