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Un agenda de ministre
n’aide pas à bien grandir

Actuellement, nos enfants ont des agendas très remplis. Avec l'école, les activités extrascolaires, les stages sportifs ou les ateliers artistiques, ils n'ont plus guère le temps de s'ennuyer.

Un agenda de ministre n’aide pas à bien grandir

Maëlle est une très bonne élève, elle est enthousiaste et gère très bien son agenda de ministre. École, musique, sport et louveteaux : elle sait parfaitement comment s'organisent les navettes, qui la conduit, qui vient la chercher. Tout baigne ! Jamais elle n'irait à l'école avec un devoir bâclé ou une leçon pas suffisamment étudiée. Quand elle est à la maison, que son travail est terminé et sa chambre en ordre, elle regarde la télé. Une enfant modèle, apparemment.
Mais voilà que notre Maëlle souffre depuis quelque temps de terribles maux de ventre. Tellement forts qu'elle ne veut plus déloger : elle a peur d'être malade loin de chez elle. Le matin, avant de partir pour l'école, elle se précipite plusieurs fois aux toilettes. Même le camp d'été lui fait peur alors qu'elle a toujours adoré les mouvements de jeunesse.

Mauvais stress

Maëlle entre en secondaire. Elle doit affronter des tas de changements : une autre école, des professeurs multiples, des nouveaux copains et copines. Il y a aussi des changements à l'intérieur d'elle-même : dans son corps, dans sa tête, dans son cœur. Elle quitte le monde de l'enfance et arrive dans un monde de grands.
Toutes ces nouveautés ne sont pas nécessairement vécues comme source d'angoisse par les enfants. Beaucoup s'en réjouissent, malgré le stress que cela suscite. Ils sont curieux, avides de découvrir, fiers de grandir. Ils imaginent, rêvent, se préparent à de grands chambardements. Mais pour Maëlle, cette soif de découvrir ne l’emporte pas. Elle est, en fait, terriblement stressée.
Et en cette matière, Maëlle n’est pas animée par ce bon stress qui donne du cœur au ventre mais par un stress qui devient angoisse. Elle a besoin de tout contrôler. En classe, si elle termine un exercice ou un examen avant les autres, elle déteste ce temps libre, vide de travail et de projet, ce temps libre pour rêver. Cela l'angoisse et son mal de ventre réapparaît.
Même chose à la maison, quand elle a fini son travail, elle allume mécaniquement la télé par peur de s'ennuyer. Maëlle déteste aussi les surprises, les changements, en fait tout ce qu'elle ne contrôle pas vraiment. Dans les moments vides, l'angoisse s'installe, elle ne sait pas ce qui pourrait arriver, elle se sent perdue, ses peurs et des idées noires l'envahissent. Maëlle n'a pas eu l'occasion d'expérimenter le plaisir de l'ennui.

Cinq à dix minutes de pause…

C'est vrai que, actuellement, les enfants ont des journées bien remplies et qui laissent très peu de temps à la rêverie. Or les temps vides, ces moments où les enfants s'ennuient, où les ados « glandent », sont importants pour leur développement. Ce sont, en effet, dans ces moments de pause qu’ils digèrent, assimilent, intègrent toutes les informations qu’ils reçoivent et toutes les expériences qu'ils vivent. Ces moments sont nécessaires non seulement à l'apprentissage mais aussi à l'équilibre psychique.
Le cerveau, bombardé en continu d'un flot d'informations, a besoin de temps de pause pour les gérer, classer, mémoriser ou éliminer. Les recherches scientifiques ont montré que les cycles de l'attention se partagent en moments de veille actifs (de 90 à 110 minutes chez l'adulte et de quelques minutes chez le jeune enfant) et moments de veille passifs (de 5 à 10 minutes pour les enfants comme pour nous). Ce sont ces moments de pause qui permettent d'intérioriser, d’imprimer, de mémoriser les informations. Sans ces pauses, il y a embouteillage et les informations se perdent. Trop d'informations et donc trop de stress provoquent l'inhibition, l'oubli immédiat et augmentent l'angoisse.
Ne gavons pas nos enfants : ils risquent d'avoir une indigestion et de ne rien garder. Épargnons-leur cette source d'angoisse qu'est l'overbooking. Laissons-les traîner de temps en temps en pyjama ou bailler aux corneilles. Ils sont alors en train de mettre de l'ordre dans leur tête et dans leur cœur. Ils sont en train de grandir.

Mireille Pauluis

En bref

ÉLOGE DE LA PARESSE

Vous a-t-on élevé avec en fond sonore cette phrase terrible, « La paresse est la mère de tous les vices », que vous servez à votre tour à vos enfants ? Ou encore : « On ne peut pas rester les mains vides », « Il faut commencer d’abord par ce qu’on doit faire et ensuite par ce qu’on aime faire » ?
À moins qu’il s’agisse de tout autre chose. Que l’époque d‘aujourd’hui et l’incertitude sur l’avenir qui l’accompagne vous poussent à faire en sorte que votre enfant apprenne et expérimente le plus de choses possibles afin de lui donner un maximum de chances dans la vie ? 
Ou encore, faites-vous partie de ces parents inquiets de voir votre enfant s'ennuyer ? Toutes sortes de préjugés courent à propos de la paresse...

EN SAVOIR +

Quatre livres pour aller plus loin sur le stress, la pression, la paresse :

  • Papa, maman, laissez-moi le temps de rêver ! d’Etty Buzyn - Éditions Albin Michel ;
  • L’enfant sous pression de Donna G. Corwin - Les Éditions de l’Homme ;
  • S’ennuyer, quel bonheur ! de Patrick Lemoine - Éditions Armand Colin ;
  • De l’éloge de la paresse, dans Sept pièces faciles en psychopathologie de l’enfant, de Bernard Golse - ESF Éditeur.
Sur le même sujet

Attention : le stress est contagieux !

Le stress n’épargne pas les enfants. Ils seraient un tiers, entre 6 et 12 ans, à en présenter des symptômes. Les causes sont nombreuses : le stress des parents, la pression à l’école, l’organisation (ou plutôt la désorganisation) à la maison ou encore le regard des autres.

 

Il se ronge les ongles

La manie de se ronger les ongles se retrouve chez près d’un môme sur trois et survient généralement vers l’âge de 8 ans, après l’abandon de la succion du pouce. Anxieux, votre enfant ?

 

L’encouragement, pas la mise sous pression

À petite dose, le stress est une tension qui aide à résoudre des problèmes, mais s’il devient chronique, il constitue un handicap. Il use. Il conduit l’enfant à ne plus avoir confiance en ses propres ressources. Antidote : valorisez-le, encouragez-le !

 

Tous les dimanches soirs, elle a mal au ventre…

« J'en ai plein le dos », « J'en ai les bras qui tombent », « Ça me casse les pieds », « J'en perds la tête », « Cela me glace le sang », « J'en ai le vertige », « J'ai froid dans le dos », « Ça me donne des boutons »… Le corps nous trahit. Il parle, alors que les mots font défaut. Ce que vivent les adultes, les plus jeunes le connaissent aussi. À leur façon.