3/5 ans

Un dernier biberon ?

Question épineuse : le biberon, oui, mais jusqu’à quand ? On ne tourne pas autour du pot. Comment s’y prendre pour qu’il arrête ? Histoire de ne pas vous livrer un article caillé, on boit du petit lait avec Marie-Josée Mozin, diététicienne.

Un dernier biberon ?

Lait de croissance liquide, de l’eau ou, pire, des jus de fruits pour certains… ici, c’est tout autant le contenu que le contenant qui nous intéresse. Tout part d’une discussion de deux papas qui échangent devant la crèche. « Ma fille a plus de 2 ans, elle rentre à l’école après les vacances de Pâques, et elle réclame toujours plusieurs biberons par jour. C’est normal, tu crois ? ». L’autre, atterré, lui répond qu’elle aurait dû arrêter depuis « super longtemps ».

Contenu et contenant

Après un rapide petit tour d’opinion des parents, il apparaît que la limite maximale pour vous, ce soit l’entrée en maternelle. Ingrid, maman de trois enfants, nous explique que ça dépend du caractère de l'enfant : « Avec mes aînés, pas de soucis. Mais pour le petit dernier, on a fait en sorte qu’il reste bébé le plus longtemps possible. Je crois à l’influence de l’entourage familial. Reconnaissons-le, ça nous rassure, nous, parents, un petit avec un biberon. »
Mais quel âge est le plus propice ? Et plus on attend, pour sevrer les petits, plus la tâche peut s'avérer difficile, non ? « Absolument pas, explique Marie-Josée Mozin. Ça passe avant tout par une prise de conscience du gamin. Il réalise de lui-même que les grands boivent dans un verre, alors il va abandonner. Tout l’enjeu, pour lui, consiste à dissocier le biberon de la nourriture. »
Félicien, papa d’une petite fille de 26 mois, biberon au bout du bec, insiste : « Attendez, si c’est juste pour boire de l’eau, du jus de fruit ou un peu de lait, je ne vois pas trop le problème ». Grosse erreur, justement ! Notre spécialiste nous rappelle que ce n’est pas une question d’âge mais plutôt ce qu'on met dedans qui importe.
« Pour rappel, à cet âge-là, un enfant a besoin de maximum un demi-litre de lait par jour. Le jus de fruit, ce n’est pas une bonne idée. Le pire ? Les parents qui laissent leur petit s’endormir avec le biberon à la bouche, à cause de la présence de fructose - certains y sont intolérants - et de saccharose, pour les caries, les risques liés à l’obésité, etc. »
La spécialiste nous explique que le biberon peut encourager le marmot à boire plus que nécessaire, même avec de l’eau. Pour rappel, un enfant de 2 ans, s’il mange un peu de fruits et absorbe d’autres liquides en petites quantités, peut boire jusqu’à un litre d’eau par jour.
« Gare à la façon dont vous alimentez votre enfant. Quand des parents donnent trop de protéines, une des conséquences est de boire plus d’eau. Ce qui va influer sur le sommeil du petit aussi. Plus d’envie de pipi, donc il dort moins bien. Attention donc aux excès de viande, de fromage et de lait. »

Aidez-le à décrocher

Tiens, revenons-en au lait. Pourquoi ne pas y aller progressivement ? L’outil idéal qui revient dans tous les témoignages ? Le petit gobelet à bec en plastique, dans lequel l’enfant peut commencer à boire vers les 6 ou 7 mois. Voilà qui peut l’aider à décrocher progressivement. Et comment remplace-t-on ces deux gros biberons de laits de 250 ml le matin et le soir ? Une maman nous raconte qu’elle y est allée à petits pas.
« Nous y sommes allés graduellement. Nous supprimions un biberon à la fois dans la journée. Celui du matin, par exemple, le plus facile à éliminer. Celui du soir, c’est celui de la décontraction. C’est un peu la cigarette ou le verre d’alcool de fin de journée pour les parents ! »
Le plus précieux, donc le plus difficile à éradiquer : alors, on fait comment ? Sur le plan nutritionnel, d’abord. Évincer le biberon ne veut surtout pas dire supprimer le demi-litre de lait de croissance liquide et, à partir de 3 ans, le lait entier, non gras. Gare aux carences : s’il n’existe pas de recettes miracles pour lui faire continuer à absorber du lait, n’oubliez pas que votre petit doit continuer à avoir un repas lacté deux fois par jour.
« Rien ne peut remplacer le lait, mais si c’est trop compliqué pour les petits de boire les 250 ml au petit déjeuner, rien ne vous empêche de compléter avec un petit yaourt, un bout de fromage, etc. Pas trop riche, pas trop gras, bien sûr. »
Vos petits trucs pour qu’ils décrochent, alors ? Une solution qui revient souvent dans les témoignages : jouer avec l’imaginaire. À l’image de Félicien : « On a profité de Pâques pour dire que les petits lapins sont allés chercher son bib’, ça a très bien marché ! ». Autre technique ? Valoriser le fait qu'il mûrisse. Marie-Josée Mozin conseille des petits mots du type « Quand est grand, on boit avec un verre ». Ingrid relativise, « Il faut persévérer, sans s’affoler. Mon fils aîné refusait de boire son lait autrement qu'au biberon, on a continué à lui proposer le verre à bec. À un moment, c’était ça ou rien. Il a fini par accepter. Ils finissent toujours par accepter ! ».
Enfin, il arrive que les copains s’en chargent : « Des gamins arrivent à la maternelle avec un biberon et sont un peu moqués par leurs camarades, explique Marie-Josée Mozin. Ils vont donc arrêter d’eux-mêmes. Pas de quoi en faire un drame », relativise-t-elle… Allez, parents, là, c’était pour le biberon. Prochain combat ? La tétine. Et là, vous allez bien vous amuser.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les besoins de vos petits

  • Un demi-litre de lait par jour.
  • Un litre d’eau maximum.
  • Un demi à un gramme de protéines par jour.
  • Évitez les jus de fruits et les sodas particulièrement avant le coucher ou la sieste.
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