3/5 ans

Un effort contre un cadeau. Vraiment ?

À côté de la question de l’autorité, de l’obéissance, des punitions (quand les donner et comment ?), les parents sont - de plus en plus ? - confrontés à la question des récompenses, des gratifications, du donnant-donnant.

Un effort contre un cadeau. Vraiment ? - Thinkstock

Astrid, 5 ans, trépigne. Elle reluque un jeu dans les rayons de la grande surface parcourus avec sa maman qui fait les courses. Scène habituelle aux caisses. Regards réprobateurs des clients, remarques sibyllines à la maman : « Mais, madame, les enfants sont si heureux quand on les gâte… »
Retour mouvementé jusqu’à l’auto. À la maison, Astrid râle toujours. Sa mère la raisonne, lui explique qu’on n’a pas tout ce qu’on veut parce qu’on le veut, lui parle du coût de la vie, de ce que c’est que gagner sa vie, travailler pour avoir de l’argent… Après quelque temps de réflexion, Astrid dit à sa mère : « Quand on ira de nouveau dans le magasin, je ne le ferai plus, mais alors tu me donneras un cadeau parce que je serai sage. »
Extraordinaire paradoxe ! Qu’est-ce qui amène aujourd’hui les enfants à se sentir le droit de demander un cadeau lorsqu’ils font un effort ? Pourquoi les parents se sentent-ils obligés de gratifier par un objet l’enfant qui a le mérite d’avoir fourni un effort ?
La logique du donnant-donnant est une des marques de l’éducation d’aujourd’hui. Et distord totalement les notions de confiance et de mérite, comme si la satisfaction de réaliser un contrôle sur soi-même ou de faire plaisir à l’autre n’était pas en soi une gratification suffisante. Et c’est ainsi que la reconnaissance de la bonne volonté, dont Astrid décide de faire preuve lors de son prochain passage au magasin, semble devoir passer… par un cadeau.

Dans l’air du temps

Ce fonctionnement est-il propre à la famille de la fillette ou correspond-il à une ambiance sociale plus généralisée qui suppose que toute gratification doit se matérialiser ? Prenons l’exemple de ce père et de sa fillette qui rechigne à se brosser les dents le soir.
En bon pédagogue, il lui explique le pourquoi de cette recommandation de santé. Et poursuit en lui proposant de lui offrir un MP3… qu'elle pourrait se mettre sur les oreilles pour l’encourager au moment du brossage de dents. Une manière pour l’adulte de s’assurer que l’ »opération » durerait le temps convenu. Mais, apprendre à un enfant à prendre soin de lui doit-il nécessairement passer par un cadeau ? Tenir le cap, insister chaque soir pour que l’enfant se lave les dents, le rendre responsable en l’informant correctement, n’est-ce pas en soi la mission éducative de base du parent sans qu’on soit obligé de « corrompre » son gosse ?
Le père aurait pu aussi expliquer à l’enfant qu’il met de l’énergie dans ce brossage de dents parce qu’il l’aime. Sinon, qui apprécie de répéter tous les soirs la même chanson ? Et d’ajouter, pourquoi pas : « Si je m’en fichais, ce serait moins éprouvant pour moi, mais moche pour toi… »
Tout s’achète et tout se vend. Et l’effort, le mérite eux aussi doivent être monnayés, matérialisés, concrétisés. Est-ce vraiment ce drôle de monde que nous voulons transmettre à nos enfants ?

Reine Vander Linden

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