9/11 ans

Un instrument sous le sapin

Pour Noël, Paloma, 9 ans et demi, recevra une guitare, une vraie. Fini, les sessions échevelées de manche à balai devant le miroir, une place vient enfin de se libérer à l’académie, après plus d’une année d’attente. Dans la même situation, vous hésitez : être patient ou trouver une autre solution ?

Un instrument sous le sapin

Dans les couloirs de l’académie, ils se dépêchent, s’interpellent, ramassent des partitions échappées d’un cartable mal fermé. Depuis les classes, se mélangent les sonorités familières du piano et du violon, des percussions et de la flûte traversière ou d’autres, plus insolites, comme celles de l’épinette à bourdon. Selon les établissements, dans les classes, les élèves se succèdent sans interruption entre 15h30 et 20h, et parfois même au-delà. Et les classes les plus populaires, comme le piano et la guitare, sont plus que saturées.

Patience et longueur de temps…

Lamento chez les profs. Gémissements et menaces d’abandon de la part des enfants. Complaintes des parents, remontées jusqu’aux boîtes mail du Ligueur. Beaucoup se désolent en considérant des listes d’attente aussi longues qu’une symphonie pastorale. L’importance de l’éducation musicale, vous n’en doutez plus, et l’image vieillotte de l’académie comme un lieu austère est clairement dissipée. Mais comme les parents de Paloma, vous questionnez parfois la transparence des informations données et la chance véritable pour vos futurs virtuoses de pratiquer un jour l’instrument choisi.
« Une école n’est pas l’autre, commence par tempérer Marc Maréchal, directeur de l’académie de musique de la commune wallonne d’Eghezée. Mais il est vrai que la situation change très peu d’une année à l’autre, et qu’il y a des instruments plus convoités que d’autres ». Au cabinet de Marie-Martine Schyns, ministre de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Thierry Chleide, conseiller à l’enseignement artistique, désigne la coupable : l’enveloppe fermée, ce système qui fige les moyens alloués aux académies, leurs dotations n’augmentant qu’avec l’index.
« Voilà pourquoi le nombre d’élèves inscrits n’a aucune incidence sur le budget de l’Éducation, explique-t-il. Les réalités varient d’un établissement à l’autre et d’une discipline à l’autre. Mais, bien souvent, le nombre de périodes de cours allouées à la formation instrumentale est insuffisant pour satisfaire la demande. Voilà pourquoi des élèves suivent le seul cours de formation musicale durant la première, voire la deuxième année de leurs études. Pour ce qui concerne la gestion des listes d’attente, elle est laissée à la discrétion du chef d’établissement. En principe, c’est l’antériorité de l’inscription qui est prise en compte, mais d’autres critères peuvent intervenir, comme le fait de privilégier l’inscription d’un élève qui, suite à un déménagement, change d’académie ».
Message passé aux parents et aux artistes impatients : attendre et guetter les places qui se libèrent parfois en cours d’année scolaire…

Favoriser le collectif ?

Les académies disposent donc de la plus grande autonomie en ce qui concerne l’ouverture de spécialités artistiques. « Elles sont libres de répartir le nombre de périodes de cours alloués annuellement entre les diverses spécialités musicales, poursuit Thierry Chleide, mais aussi entre les différents cours ‘complémentaires’ comme l’ensemble instrumental, le chant d’ensemble, l’histoire de la musique, et bien d’autres encore. Il est souhaitable que les académies assurent la meilleure diversité possible dans leur offre de cours, sans sacrifier à la facilité du seul critère du succès d’une spécialité particulière. Là encore, le choix de la répartition des ressources appartient au pouvoir organisateur ».
Les avis sont partagés, mais dans certaines académies, notamment chez Marc Maréchal à Eghezée, l’équipe pédagogique a fait le choix des cours collectifs. « Après avoir rôdé la formule sur plusieurs années, nous avons décidé d’associer la pratique instrumentale au cours de formation musicale. Le chant pour la voix, le corps pour le rythme et, dès le début, l’intervention des instruments, de simples claviers les trois premières années, puis les instruments personnels des élèves dans les années supérieures ».

Changer de rythmes

Le défi, c’est d’accompagner les parents dubitatifs… et les convaincre qu’un cours de formation musicale, c’est vraiment un cours complet de musique ! Pour leurs plus grands, certains sceptiques et agacés revendiquent le droit de ne payer que la moitié de l’inscription « puisque ma fille est uniquement inscrite au solfège ». Une option tout simplement impossible, car le montant est établi en fonction de l’âge de l’élève et de son statut socio-économique, et non en fonction du cours ou du nombre de périodes suivies. La formation musicale est aussi importante que la formation instrumentale et elle est obligatoire en début de cursus pour pouvoir pratiquer un instrument.
Pour attendre sans être frustré, il y a toujours moyen de tester d’autres formules, plus ou moins coûteuses et souvent à proximité. Hamza, papa bruxellois de Clémentine, 8 ans, s’est renseigné dans son quartier. « Ma fille voulait faire du piano à l’académie. Pas de place. Elle était prête à essayer autre chose. Alors je l’ai inscrite au djembé, dans un cours d’ensemble au Pianofabriek, un centre culturel de Bruxelles. Et elle est ravie ! ». 

Aya Kasasa

En pratique

Un instrument à Noël ? Pourquoi pas

5 conseils pour bien choisir, avec Marc Maréchal, directeur de l’académie d’Eghezée :

  • Ne craquez pas sur les offres alléchantes des grandes surfaces : un instrument n’est pas un jouet. Privilégiez le vrai et faites-vous conseiller dans un magasin spécialisé.
  • Sans prof, c’est difficile. Évitez d’offrir un instrument sans que votre enfant ne suive un cours, il risque de se lasser rapidement.
  • Pour commencer, préférez un instrument polyphonique de type clavier, comme un carillon chromatique ou un bon vieux mélodica. Les notes prédéterminées sont justes, l’enfant pourra avancer plus rapidement et ne prendra pas de mauvaises habitudes.
  • Avant d’inscrire votre enfant, renseignez-vous sur la philosophie de l’académie : le cours de formation musicale inclut-il une pratique instrumentale ?
  • Pas de place pour son cours favori ? Ne restez pas bloqué sur une déception. Il existe plein d’autres moyens de faire de la musique, pour un coût raisonnable. Pensez aussi aux stages, pendant les vacances, un excellent moyen de commencer la musique !

+ d’infos

  • Combien ça coûte ? Droits d’inscription officiels réclamés par la Fédération Wallonie-Bruxelles : gratuit pour les enfants de moins de 12 ans, 74 € entre 12 et 18 ans et 184 € pour les élèves adultes, sauf réduction (notamment pour les étudiants) ou exemptions. Bon à savoir : le droit d’inscription dans une académie permet d’y suivre plusieurs cours et donne accès à toutes celles de la Communauté Française, y compris dans les autres disciplines (danse, théâtre et beaux-arts).
  • Où trouver une académie près de chez vous ? Consultez l’annuaire des académies.
  • Stages des Jeunesses musicales en Wallonie et à Bruxelles.
  • Dans la biblio : Les bienfaits de la musique sur le cerveau, sous la direction d’Emmanuel Bigand (Belin). Les avancées des neurosciences montrent que la musique a des effets bénéfiques sur le développement intellectuel de l'enfant, ralentit le vieillissement cognitif et améliore la mémoire. N’hésitons plus !
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