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« Un lecteur n’est jamais ridicule ! »

Un clown, des livres et une lectrice passionnée. Voilà comment passer un bon moment lecture avec des petits et même des très petits. Depuis des années, Nadine Javaux lit des histoires à des enfants en bibliothèque et se rend également dans toutes les crèches communales de Molenbeek pour partager avec les bébés son amour des livres.

« Un lecteur n’est jamais ridicule ! »

À partir de quel âge pensez-vous qu’un enfant puisse être intéressé par la lecture d’une histoire ?
Nadine Javaux : « Pour moi, il n’est jamais trop tôt pour lire une histoire à un tout-petit. On peut très vite capter son attention avec un livre. Je le vois bien lors de mes lectures en crèche. Les enfants sont demandeurs. »

Pourtant les petits ont parfois du mal à rester assis, combien de temps parvenez-vous à les captiver avec des livres ?
N. J. : « En crèche, je reste environ trente minutes par section. J’arrive avec mon petit clown qui dit bonjour aux enfants. Je commence par une chanson, toujours la même, et, entre les histoires, j’insère des chansonnettes ou comptines. Ce matin, à la fin de la séance, un 18 mois réclamait ‘encore-encore’. Donc, oui, on peut captiver des enfants avec des livres. Certains veulent d’ailleurs attraper ou toucher les livres. Pendant mes animations, j’essaye toujours de laisser les enfants toucher les livres. Il y a des livres matières, des livres avec puces… c’est intriguant. Au départ, le livre est un objet pour l’enfant, donc c’est important qu’il puisse le manipuler. J’ai envie que le livre devienne vraiment un objet du quotidien de l’enfant qui va l’accompagner dans sa scolarité et après. »

Dites-nous ce que la lecture peut apporter de bon à de jeunes enfants ?
N. J. :
« La lecture propose une multitude d’activités sensorielles liées au toucher et à l’audition. Elle stimule la motricité fine, car tourner les pages n’est pas un geste facile, et la musicalité des mots ouvre l’oreille de l’enfant. La lecture d’histoires étend également le vocabulaire des enfants, car celui utilisé dans les livres est beaucoup plus vaste que celui de la vie quotidienne. On y découvre le passé simple, les inversions (dit-il)… L’enfant trouve également une stabilité dans le livre, ça le rassure. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle les enfants se font lire et relire le même livre à de nombreuses reprises. Par les histoires, ils apprivoisent leurs émotions, leurs appréhensions par rapport au monde. La lecture aide l’enfant à construire son univers imaginaire. Elle améliore aussi la connaissance de soi. Le récit permet de comprendre ses émotions : joie, colère, jalousie, peur… »

Vous racontez donc des histoires de loups ou de monstres qui peuvent faire peur aux petits ?
N. J. :
« Oui, j’aborde différents thèmes, même celui de la peur. On peut lire des histoires de loups ou de monstres aux enfants, mais il faut garder un ton bienveillant. On peut faire un tout petit peu peur, mais jamais traumatiser les enfants. On ne va pas leur raconter le petit chaperon rouge qui se fait dévorer. Mais pourquoi pas une autre histoire de loup ? La peur est un sentiment que les petits connaissent. Et ces histoires les rassurent. Les enfants ont l’impression d’avoir du pouvoir en chassant le monstre ou le loup. »

Et si certains mots de l’histoire sont compliqués ?
N. J. :
« Ce n’est pas grave s’il y a des mots compliqués dans l’histoire. Souvent, avec le sens de la phrase, on le comprend quand même. Les mots compliqués permettent de développer le vocabulaire de l’enfant. Et puis les illustrations permettent aussi de comprendre l’histoire. Simplifier le texte, c’est un peu dénaturer l’histoire. Si vraiment un mot est trop compliqué, je l’explique avec un synonyme mais je ne m’arrête pas pour détailler le mot, sinon on perd le fil de l’histoire. »

Estelle Watterman

Conseils

Comment lire à son tout petit ?

  • Prenez le temps. Lire une histoire à son enfant, c’est un moment privilégié. On est sur un petit nuage et ça ne doit même pas être très long. Un petit rituel du soir avec une histoire ou deux avant d’aller au lit suffit.
  • Choisissez une histoire que vous aimez, un livre que vous voulez partager, dont vous chérissez tant le texte que les illustrations.
  • Privilégiez une histoire qui n’est pas trop longue. Si l’enfant décide de s’arrêter sur une page ou de revenir en arrière, laissez-le faire, c’est un des avantages de la lecture individuelle. L’enfant peut vraiment découvrir le livre à son rythme. Peut-être que le livre ne sera pas lu en entier la première fois, ce n’est pas grave.
  • Pendant la lecture, laissez-vous aller ! Prenez du plaisir. Changez de voix si vous en avez envie. N’oubliez pas qu’un lecteur n’est jamais ridicule. Faites-vous confiance et, petit à petit, vous prendrez de l’assurance.
  • N’hésitez pas à relire plusieurs fois le même livre si un enfant le demande encore et encore, cette répétition d’histoire le rassure.

Que lire ?

Pas d’idée sur l’histoire à raconter à son bout de chou ? Pas grave, Nadine Javaux, spécialiste des livres pour tout-petits, nous partage cinq coups de cœur qu’elle aime lire à des moins de 3 ans :

  • Au marché, je choisis… Gaia Selia (hélium),
  • Il fait comment le caméléon ? Jean Maubille (l’école des loisirs),
  • Les mains de papa, Émile Jadoul (l’école des loisirs),
  • Non ! Jeanne Ashbé (l’école des loisirs),
  • Trouvé dans un nid, Praline Gay-Para (Didier jeunesse).
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