Vie de parent

Un Pacte d'Excellence
ouvert à de nouvelles méthodes d'évaluation

Personne n’aime les interros. Personne n’aime les points. Pourtant, le système actuel d’évaluation a du mal à être remis en cause. Beaucoup de profs, de parents, voire même d’élèves défendent encore les notes dans le bulletin.

Un Pacte d'Excellence ouvert à de nouvelles méthodes d'évaluation

Des expériences pilotes ont néanmoins vu le jour ces dernières années en Fédération Wallonie-Bruxelles et testent d’autres méthodes de classification des élèves. À quoi ressemblent-elles ? Quels sont leurs bilans ? Ces réponses, vous les lirez dans notre article Et si on évaluait l'évaluation ?. Mais, en attendant, et pour vous donner l’eau à la bouche, la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir (PS), a accepté de nous expliquer sa position et les objectifs du Pacte d’Excellence quant aux possibles changements des méthodes d’évaluation actuelles.

Un certain nombre de professeurs se posent de plus en plus la question de la pertinence des points et aimeraient davantage pouvoir évaluer les élèves par compétences. Êtes-vous au courant de ce phénomène ? Que pouvez-vous répondre ?

Caroline Désir : « En réalité les modalités d’évaluation sont multiples et peuvent permettre beaucoup d’inventivité. La seule qui est formellement attendue à ce niveau, ce sont les évaluations externes certificatives (CEB, CE1D et CESS) qui ont des cadres et des modalités communs et qui sont organisées à des moments clés du continuum pédagogique. Le Pacte souhaite d’ailleurs que les évaluations formatives (celles qui se font en cours d’apprentissage pour identifier les progrès et difficultés des élèves, où l’erreur fait partie du processus d’apprentissage) puissent prendre plus d’importance face aux évaluations sommatives (le contrôle, l’interrogation qui nécessite de prendre du temps de révision et qui fonde une évaluation positive ou négative, sans trop d’autre nuance). La Ministre est prête à encourager les initiatives inventives, particulièrement lorsque c’est le choix de toute une équipe pédagogique. Beaucoup d’écoles dites à pédagogie active (mais pas uniquement) fonctionnent de la sorte. »

Par ailleurs, on nous a également rapporté que c’était essentiellement les parents qui étaient demandeurs de points et de cotations, car cela leur permet de savoir où en sont leurs enfants. Qu'en pensez-vous ?

C. D. : « Oui, les parents ainsi que les enseignants ont tendance à envisager le parcours des élèves en fonction des standards qu’ils ont connus. Il y a une dimension culturelle évidente. La note chiffrée est toujours perçue comme beaucoup plus compréhensible par les parents. Cela leur permet aussi de 'chiffrer' le suivi de leur enfant. Par ailleurs, je pense qu’il est possible de faire évoluer les pratiques. Mais il faut pouvoir prendre du temps et dialoguer. Il faut surtout faire confiance aux équipes pédagogiques. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’y aura plus de contrôle ou de mesure des acquis des enfants ! Sur le terrain, des projets pilotes sont menés pour évaluer sans passer par la notation. Plutôt que des bulletins, il y a des bilans de compétences qui sont effectués, parfois même avec les parents, dans l’enseignement fondamental. »

La circulaire 7351 liée au Pacte d’Excellence transmet un message intéressant à propos de l’évaluation (voir encadré). À ce propos, une réflexion plus large est-elle menée au sein de votre cabinet sur la manière d’évaluer les élèves ? Quels sont les objectifs du Pacte à ce propos ?

C. D. : « La circulaire 7351 est destinée au seul réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), mais cela montre bien qu’une réflexion est en cours sur le statut de l’évaluation, sur la plus-value pédagogique de cette dernière et sur la construction de l’estime de soi de l’élève. De façon globale, nous savons que notre enseignement a beaucoup trop tendance à classer, hiérarchiser et forcer l’orientation. Au niveau du Pacte, différents outils seront déployés dans le but de mieux soutenir le parcours des enfants. Par exemple, l’accompagnement personnalisé devra occuper l’équivalent de deux périodes dans la grille horaire des élèves, les équipes pédagogiques pourront trouver l’espace pour des modes différenciés allant de la remédiation au dépassement. Il n’y a pas une seule façon de procéder en la matière et ce sera vraiment une question de dynamique et de cohérence des équipes pédagogiques. Le Pacte n’impose pas un modèle, mais essaie de rendre systématiques ces efforts de cohérence collective. C’est dans cette optique que les plans de pilotage sont aussi un dispositif important du Pacte. Elaborés sur base d’une dynamique participative dans chaque école, ils déboucheront sur la contractualisation avec le Pouvoir régulateur, pour définir la manière dont chaque école va contribuer à la réalisation des grands objectifs généraux du Pacte, comme lutte contre le redoublement et l’échec scolaire ou l’amélioration du climat scolaire. »

Alix Dehin

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La circulaire 7351 sur les bulletins scolaires

« Les commentaires rédigés dans les bulletins le sont avec mesure et bienveillance. En outre, ils précisent les lacunes mais sont formulés dans le sens de l'encouragement et de la critique positive. Les remarques font apparaître l'évolution de l'élève par rapport à lui-même (progrès, effort, attitude face au travail, etc.) et jamais une comparaison par rapport au niveau de condisciples ou à une moyenne des résultats de la classe. Elles tracent les grandes lignes d'un conseil en matière de remédiation ou de consolidation ».

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« Madame, le devoir, il est coté ? ». Personne n’aime les interros. Que ce soit en primaire ou en secondaire, personne n’aime les points. Pourtant, ce système d’évaluation a du mal à être remis en question. Beaucoup de profs, de parents, voire même d’élèves, défendent encore les notes dans le bulletin. N’empêchent-ils pas par là l’école d’évoluer vers un modèle centré sur l’acquisition de compétences plus que de savoirs ?