Un petit vélo jaune
pour remettre des parents en selle

Plusieurs enfants, un logement trop exigu, peu de moyens financiers… Difficile dans de telles conditions de faire face aux pépins quotidiens surtout quand on est isolé·e. Pour aider les parents qui se retrouvent dans des situations périlleuses, Le petit vélo jaune, service de prévention et de soutien à la parentalité, propose une écoute, des coups de pouce, un accompagnement… avant qu’ils ne basculent définitivement dans les gros problèmes.

Un petit vélo jaune pour remettre des parents en selle - © Thibault Gregoire

Tout a commencé un jour de l’année 2012. Après avoir travaillé dans le placement d’enfants en famille d’accueil, Vinciane Gauthier, assistante sociale, prend un congé parental pour se consacrer à ses propres mômes. Mais sa fibre sociale ne s’éteint pas pour autant. Elle s’engage comme bénévole à la consultation de l’ONE à Molenbeek et y rencontre Sarah.

Les besoins de Sarah

Jeune maman de 17 ans, Sarah porte fièrement le Maxi Cosi au bras. C’est qu’elle y tient à son petit loup de 4 mois. Elle a plein de projets, plein d’envies et cette naissance la rend plutôt joyeuse, même si elle a dû arrêter sa formation et dépend aujourd’hui du CPAS. Mais Vinciane se rend compte très vite que Sarah cumule les problèmes : elle habite dans un logement pas du tout adapté au bébé, qu’il pourrait peut-être même être déclaré insalubre ; elle a une maman, dont le dernier bébé a trois mois, elle-même submergée par de gros soucis. Impossible pour Sarah de trouver le moindre soutien auprès de cette maman ou de tout autre proche.
« J’ai quitté la consultation ce jour-là avec cette question qui ne m’a plus quittée : de quoi cette petite Sarah aurait-elle besoin pour ne pas basculer dans les tout gros ennuis, elle qui a une réelle volonté de s’en sortir mais qui se retrouve dans un environnement difficile ? », se souvient Vinciane. C’est de cette question qu’est né Le petit vélo jaune. Vinciane, après avoir longtemps travaillé pour aider les parents et enfants dans l’après-dérapage, décide avec sa complice, Isabelle Laurent, de mettre un service sur pied qui se concentrerait sur « l’avant ». Objectif : donner le coup de pouce nécessaire aux personnes qui ont encore en eux cette force vive leur permettant de puiser dans leurs ressources personnelles. Cela s’appelle de la prévention.
Un an après la rencontre avec Sarah, Le petit vélo jaune est né. Basée à Bruxelles, cette asbl de prévention et de soutien à la parentalité a accompagné 54 familles qui rassemblent 107 enfants en 2017. Trois familles sur quatre sont essentiellement des mamans seules à la barre !

Une solidarité citoyenne

Les besoins de Sarah et de tous les parents qui se retrouvent dans des situations précaires, c’est d’avoir une personne qui, régulièrement, jour après jour, semaine après semaine, frappe à sa porte, vienne l’écouter, l’accompagne dans ses démarches administratives, la soutienne quand elle commence à douter d’elle-même. C’est aussi l’aider à faire le pas pour aller à tel endroit où se retrouvent des jeunes parents et l’encourager ainsi à briser sa solitude.
Vinciane le confirme : « Beaucoup de parents se plaignent d’être isolés. Or, il existe une foule de choses pour les accueillir, leur parler. Pourquoi, une fois informés, ne s’y rendent-ils pas ? À cause de la peur de l’inconnu ? Sans doute… Ces parents ont juste besoin d’un coup de pouce sans nécessairement être déjà entourés d’une armada de travailleurs sociaux. Une bonne voisine, une amie, quelqu’un de proche, suffit souvent pour ce premier pas ».
Convaincues que ce n’est pas la même chose d’ouvrir sa porte à l’assistante sociale qu’à la voisine, les fondatrices du Petit vélo jaune décident de mettre en place des solutions basées essentiellement sur la solidarité citoyenne. Mais, attention, il ne suffit pas de mettre des personnes de bonne volonté ensemble. Les deux femmes développent alors une petite structure professionnelle accompagnée par des bénévoles que l’on appelle coéquipiers, un terme qui exprime davantage l’idée du « faire équipe ».
« Nous ne voulions pas que le bénévole vienne régenter le quotidien des parents. Ce qu’on lui demande, c’est de réfléchir avec le parent qu’il accompagne, de mettre en place des solutions avec lui, de prendre du recul ensemble… C’est pour cela que nous avons créé un jargon qui parle du binôme parent-coéquipier. »
Chaque coéquipier est longuement formé pour être ensuite orienté vers une famille qu’il suivra jusqu’au bout. C’est le bénévole de première ligne. Mais pour garantir un accompagnement de qualité, l’asbl a prévu des bénévoles de deuxième ligne puisque chaque binôme coéquipier-parent est suivi par un référent-duo. « Ce référent-duo est recruté tout autrement que les coéquipiers, explique la fondatrice du Petit vélo jaune. Il peut être un ancien coéquipier que nous avons vu fonctionner un certain nombre d’années et qui sait de quoi il parle. Ou alors, c’est un jeune retraité du secteur psycho-social - infirmier, psy, assistant social, juriste… - que nous allons chercher ».

Une relation qui se crée

La force du projet du Petit vélo jaune ? Un accompagnement citoyen qui se fait au sein même des familles. « Nous ne sommes pas mandatés, observe la fondatrice de l’asbl. Les parents ouvrent leur porte au coéquipier volontairement et le mènent au cœur de leur intimité. Cette personne de confiance, parce qu’elle n’est pas étiquetée professionnellement, peut créer une relation plus spontanée ». Autrement dit, être les deux pieds dans le quotidien du parent permet souvent au coéquipier d’identifier les dysfonctionnements et de les résoudre très simplement. Comme la réorganisation de l’après-16 heures ou les sorties de cette maman seule, coincée au septième étage d’un immeuble et qui ne peut caser ses trois jeunes enfants dans l’ascenseur trop étroit…
Le petit vélo jaune est un projet qui roule bien. Viva for life, l’opération de solidarité lancée par Vivacité, l’a d’ailleurs sélectionné en 2016. Le sondage mené en 2017 auprès des parents qui ont bénéficié de son soutien le confirme. Après trois mois avec leur coéquipier, 86 % d’entre eux disent se sentir écoutés, 85 % observent qu’ils ont entrepris des démarches administratives, auprès de l’école, pour leur logement, etc., grâce à son accompagnement. 33 % reconnaissent être sortis de leur isolement en fréquentant régulièrement un service de proximité et 60 % ont le sentiment d’avoir acquis de nouvelles compétences pour mieux s’occuper de leurs enfants.

Myriam Katz

En savoir +

Vous souhaitez rejoindre l’équipe des coéquipiers du Petit vélo jaune ? Toutes les infos sur petitvelojaune.be ou au 02/358 16 80 ou encore au 0471/70 22 57.

En pratique

Être coéquipier, c’est…

  • Offrir un temps d’écoute et une disponibilité
  • Transmettre des expériences, des connaissances, des compétences…
  • Révéler les propres compétences des parents. Il aide les pères et mères à croire en eux et en leurs capacités.
  • Accompagner dans des démarches plus concrètes que les parents redoutent de faire : démarches administratives, médicales, sociales, scolaires, etc.
  • Tisser des liens en prenant simplement le plaisir d’être ensemble.

Elles en parlent...

Perdue dans ma tête

À l’ONE, ils m’ont parlé du Petit vélo jaune, ils m’ont expliqué ce que l’association fait pour aider les femmes comme moi. (…) À ce moment-là, moi, je n’étais vraiment pas bien. Je ne parlais presque à plus personne. Je restais chez moi avec les plus petits, je regardais la télévision, je sortais juste pour conduire ou chercher la grande à l’école ou aller faire une course. D’ailleurs ça, c’était un calvaire avec deux poussettes… Je m’habillais tous les jours avec les mêmes vêtements, et puis je m’énervais très vite sur les enfants. Lorsqu’ils dormaient, je faisais le nettoyage, je cuisinais. Je n’avais jamais de temps pour moi. En fait, j’étais complètement perdue dans ma tête.
Fatoumata

Une présence et un moteur

En rentrant du travail un soir, je retrouve mon conjoint mort au fond du jardin. Le choc est gigantesque. Tous les projets de vie que nous avions à deux s’écroulent soudain, brutalement et, du jour au lendemain, je me retrouve complètement perdue. (…) Je commence une thérapie chez un psychologue, je consulte des assistantes sociales (…) mais cela ne suffit pas. (…) Ce dont j’avais besoin surtout c’est de quelqu’un qui soit à côté de moi, d’une présence, d’une personne qui me stimule, d’une aide pour remplir tous ces dossiers qui n’en finissaient pas de s’empiler, ainsi que pour me soutenir dans la réorganisation de mon ménage. Le PMS de l’école m’a envoyé au CPAS qui m’a conseillé le Petit vélo jaune. Gisela est arrivée quelques jours plus tard. Elle est devenue mon moteur.
Hélène

Du temps pour moi

On essaie, ma coéquipière et moi, de se voir au moins une fois par semaine. On s’arrange entre nous, on ne suit pas un calendrier rigide. Souvent, on se voit chez moi, mais on a déjà aussi été manger ensemble, boire des verres, se promener au parc. Parfois, on s’appelle aussi, juste pour dire coucou. On s’amuse beaucoup, on rigole, on ne voit pas le temps passer. Et puis Carine s’occupe beaucoup de mon fils, ce qui me permet de faire autre chose pendant ce temps-là, des choses que je n’arrive pas à faire si je suis seule avec lui.
Yasmine

Une parole libre, sans jugement

Moi, j’avais un petit peu peur, surtout d’ouvrir ma porte comme cela à n’importe qui. Mais la connexion s’est faite de suite, aussi avec les enfants, le contact s’est de suite très bien passé. Évidemment, au début, j’étais un peu réservée, il m’a fallu un peu de temps pour me confier à Cathy, je voulais la connaître d’abord. Il m’a fallu trois ou quatre visites, trois ou quatre semaines, pour que je commence à me livrer plus facilement. Je me suis surtout rendu compte que je pouvais lui parler sans qu’elle me juge, qu’elle me parlait normalement, comme si j’étais une amie.
Alicia

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