12/15 ans

Un SAC de nœuds dans l’éducation

Les sanctions administratives communales (SAC) abaissées aux jeunes de 14 ans ont été adoptées. Parmi les défenseurs des droits de l’enfant comme sur le terrain, on fustige ce projet arbitraire, discriminatoire et stigmatisant pour les jeunes.

Un SAC de nœuds dans l’éducation

Les acteurs sociaux de terrain s’inquiètent pour l’éducation de nos jeunes mineurs. Les sanctions administratives communales (SAC) sont officiellent étendues aux jeunes dès l’âge de 14 ans. La Chambre a adopté le projet de loi de la ministre de l'Intérieur, Joelle Milquet, jeudi soir. Or, ce projet de loi enfreint la Convention Internationale aux droits de l’enfant, n’est pas pensé dans un esprit éducatif au départ, et usurpe le rôle des parents.

Pour Edwin de Boevé, coordinateur international des travailleurs sociaux de rue, on va dans le sens d’un durcissement et d’une dérive sécuritaire par rapport aux mineurs d’âges.

Le Ligueur : Qu’est-ce qui vous préoccupe dans l’abaissement des SAC aux jeunes de 14 ans ?
Edwin de Boevé : « Ce qui m’inquiète très fort, c’est que des jeunes de 14 ans vont se ramasser des sanctions ‘d’adultes’. On va leur demander d’assumer des devoirs d’adultes, sans qu’à côté de ça ils aient les avantages d’être adulte (un emploi, l’insertion sociale…). Voilà un exemple concret d’injonctions éducatives paradoxales. »

L. L. : Et ça pose problème sur les plans pédagogique et éducatif ?
E. de B. : « Oui, évidemment. On sait que les injonctions paradoxales, ça produit de la souffrance, des nœuds entre le jeune et les parents ou les profs. Ça va construire un fossé grandissant entre les populations plus jeunes et l’autorité en général (politique et pas seulement). Ce n’est déjà pas facile pour les parents d’assumer l’éducation d’un enfant… »

L. L. : Cela risque de compliquer les choses ?
E. de B. : « Oui, ce sont les parents qui vont payer ces amendes. Donc ces SAC vont produire des conflits intrafamiliaux entre parents et jeunes mineurs. Imaginez le poids de la culpabilité sur l’enfant qui rapporte 250€ d’amendes à sa famille, qui va devoir payer ça à cause de lui. C’est l’enfant de 14 ans qui devient coupable des difficultés que la famille va vivre. Ce sera de sa faute si on annule telles vacances ou si on n’achète pas telle chose. »

L. L. : Sans compter le risque de discrimination et de stigmatisation…
E. de B. : « Oui, la stigmatisation, c’est un processus insidieux. Les adultes vont finalement ne voir, à travers les plus jeunes, qu’une image tout à fait virtuelle, qui ne correspond pas du tout à la réalité, une étiquette. Le gros problème de cette dévalorisation, c’est que les jeunes qui sont les plus stigmatisés intériorisent les stigmates à un moment ou à un autre. »

L. L. : C’est-à-dire ?
E. de B. : « À force d’entendre : ‘Vous êtes potentiellement délinquants’ ou ‘Vous êtes plus dangereux qu’il y a 15 ans’, ils vont produire des comportements qui prouvent le stigmate. Ce mal-être d’être stigmatisé est une violence invisible, mais bien réelle. Les jeunes de 14-15 ans entendent ce débat, et même s’ils ne se sentent pas directement concernés, immanquablement, ça aura quand même un effet sur eux. »

L. L. : Quel genre d’effet ?
E. de B. : « Le problème est dans la façon dont les jeunes vont se construire vis-à-vis de la société, et s’inscrire dans la société future. Si on leur met une pression pour assumer des devoirs qu’ils n’ont pas à assumer à cet âge-là, alors comment vont-ils réagir après ? Quand leurs droits (à l’emploi, etc.) ne seront pas respectés ? Ça peut être l’antinomie complète, la révolte, la rage… »

Stéphanie Grofils – 30/04/2013

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Pour comprendre ce qui change et ce qui dérange les associations de terrain et les conseils de la jeunesse dans cette nouvelle loi, cliquez ici.

 

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