Un toit pour les réfugiés ?
Voici les clés

Le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Inclusion d’enfants et d’ados en situation de handicap, en situation sociale précaire, en situation d’exil, mises à la marge de notre société pour des raisons religieuses ou ethniques… Ces expériences peuvent être portées par des associations comme par des individus, pourvu qu’elles puissent apporter des infos, des adresses utiles, des pistes, un mode d’emploi, à ceux et à celles qui aimeraient mettre en place des projets similaires.

La problématique des réfugiés, on ne sait pas par quel bout la prendre. Alors, toutes les informations, toutes les initiatives sont bonnes à prendre. Surtout lorsqu’elles concernent l’épineux problème du logement qui est la clé de tout. C’est le cas ici avec les Housing-cafés. On en parle avec des acteurs de terrain et des parents bénévoles.

Le 6 avril dernier, rue de la Charité, Caritas International présente son outil à la disposition des réfugiés : le Housing-café. L’idée ? Des volontaires rencontrent des migrants et vont bras dessus, bras dessous, contacter les propriétaires ou tous types de services administratifs liés au logement. Objectif : décrocher un toit.
« Depuis août dernier, nous avons réussi à loger 200 familles, se félicite Anne Dussart de Caritas. Seulement, nous ne pouvons pas travailler seuls. Nous invitons le plus grand nombre de familles à accompagner les migrants dans ces démarches ».
Elizabeth, mère de deux ados participe à cette opération : « C’est un super principe. On se réunit plusieurs fois par mois et on donne tout ce qu’on a pendant les heures en équipe avec les réfugiés pour avancer. Ce n’est rien d’autre que concret. On se rend compte qu’il y a tout à faire. Je pense aux noms de rues, par exemple. Aux histoires de numéros pairs et impairs. Des petites choses toutes bêtes qui nous paraissent évidentes, pour lesquelles notre aide est indispensable. »

Le droit à son chez soi

La Ligue des familles a organisé plusieurs manifestations pour vous interroger sur les actions que vous aimeriez qu’elle mette en place. Parmi les priorités : le logement. Et pour cause, les solutions pour le moment ne sont pas suffisantes. Elizabeth rappelle : « Lorsqu’un migrant a le statut de réfugié, il a deux mois pour quitter la structure d’accueil pour demandeurs d’asile. C’est déjà dur de trouver un habitat pour un citoyen belge dans ces délais. Imaginez pour une personne qui arrive sans rien et qui ne parle pas la langue. Il va dans des centres pour SDF où, au mieux, il aura la chance de dormir dans un lit d’infortune la nuit et sera chassé le jour. Il va errer avec ses affaires toute la journée. »
Comment agir, alors ? Anne Dussart explique qu’il faut un afflux de bonnes volontés citoyennes. « Cette initiative, on la lance. On est juste l’étincelle. Qu’elle nous échappe après, tant mieux. Il faut impérativement que ces Housing-cafés se multiplient partout à travers le pays. On a l’exemple d’une famille à Beauraing qui a lancé un mouvement solidaire, créé sa propre structure pour enseigner chez elle les pistes pour se loger aux réfugiés. L’aide porte sur les démarches administratives, l’approche de sites comme Immoweb, Vlan, etc. Après, il faut coordonner le déménagement, trouver du matériel de première nécessité, des ustensiles de cuisine, des matelas, etc. Vous voyez, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. »

2 000 logements à trouver

Pourquoi est-ce si important ? Sans adresse de domiciliation, impossible de recevoir une aide sociale du CPAS, par exemple. Sans ce soutien, impossible de convaincre un propriétaire de louer son bien. « C’est la spirale infernale de la précarité», explique Séverine, qui forme des bénévoles à l’intégration des réfugiés.
Et la solution de l’accueil dont nous vous parlions dans le Ligueur du 17 février dernier, avec Sophie qui ouvrait grand les portes de chez elle ? « C’est très difficile d’accueillir chez soi, ne serait-ce que sur le plan administratif. Et puis les réfugiés sont des citoyens comme les autres. On a le droit à son chez soi, non ? Retrouver sa famille, le soir après une longue journée », souligne Séverine.
Et pour cela, il faut être très concret. Interpeller les politiques pour qu’ils viennent en aide aux propriétaires solidaires, par exemple. Mettre en place des chartes, des formations pour tous les volontaires. Connaître les étapes sur le bout des doigts. Le défi est de taille. Les différentes associations de terrain chiffrent les besoins à 2 000 logements dans toute la Belgique.
Gilles Cnockaert, de Caritas, se réjouit : « Il faut que ce genre d’initiative pleuve, que les citoyens s’en saisissent, s’en inspirent. On a fait des working-cafés sur le même principe avec l’emploi. Et pourquoi pas le décliner avec l’école, avec les devoirs, les activités extra-scolaires, le transport. Il va falloir être créatifs et ingénieux et travailler à plusieurs pour garantir un accueil digne de ce nom. »
Si de votre côté vous avez envie de monter de tels projets, tous les renseignements sont sur www.caritas-int.be. N’hésitez pas non plus à nous poser toutes vos questions à accueil.migrants@liguedesfamilles.be

En collaboration avec

Yves-Marie Vilain-Lepage

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