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Une échographie de grossesse, ce n’est pas banal !

Dans le cadre de la surveillance de la grossesse, l’échographie occupe une place essentielle. Toujours proposée, jamais imposée, elle permet de vérifier l’état du fœtus et de dépister d’éventuelles anomalies. Pour les futurs parents, elle correspond à une première « rencontre » avec leur bébé à naître.

Une échographie de grossesse, ce n’est pas banal ! - Thinkstock

Grâce aux ultrasons, se dessine sur l’écran l’image du fœtus. Et ce, sans danger pour lui. Première échographie. « Un point », « une tache ». Le cœur bat, c’est signe de vie. « Une petite boule, ça y est : il existe. Quelques semaines plus tard, il a grandi, ce n’est plus seulement quelque chose qui pulse… »
Normalement, trois échographies - remboursées par la sécurité sociale - sont pratiquées. Une pour chaque trimestre de la grossesse: vers 13 semaines, vers 22 semaines (c’est l’échographie morphologique, très spécialisée) et vers 32 semaines d’aménorrhée.
« Est-ce que tout va bien ? » C’est d’abord une garantie de normalité que les futurs parents viennent chercher à la séance d’échographie. Attente supplémentaire, pour une partie d’entre eux : connaître le sexe de leur enfant. Et puis, bien sûr, il y a l’envie de le « rencontrer » visuellement.
Claire, qui a eu recours à la fécondation in vitro: « Nous voulions avant tout savoir si l’enfant évoluait bien. En entendant son petit cœur battre, je me suis dit : 'Ça y est, il est en moi'. » Dolorès: « Comme j’avais fait une fausse couche, voir le bébé viable m’a rassurée. Il était bien accroché, il fallait que je tienne. »

Du bonheur et des peurs

Les futurs parents comme l’échographiste visent à s’assurer que le bébé à naître va bien. Mais alors que le médecin est occupé à rechercher d’éventuelles anomalies fœtales, les parents sont tout à la découverte de leur bébé. Travail réclamant une vigilance maximale d’un côté, joie du rendez-vous de l’autre.
C’est ainsi que « l’échographie la plus banale nous met chaque fois dans une situation qui pourrait débuter comme un conte et se métamorphoser en cauchemar », écrit Luc Gourand, obstétricien-échographiste français.
« Tu as envie d’une chouette rencontre mais tu sais aussi que cela peut être la douche froide, parce que dans un coin de ta tête tu prévois le pire du pire », témoigne Marc dont l’épouse vient de vivre un début de grossesse compliqué.
« Aujourd’hui, les futurs parents ont des connaissances en médecine fœtale. Ils savent que l’échographie, c’est du bonheur, mais aussi qu’ils prennent le risque d’une mauvaise nouvelle, confirme Reine Vander Linden, psychologue en périnatalité à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies et membre de l’équipe rédactionnelle du Ligueur et mon bébé. Venant à l’examen, ils se disent à la fois heureux et anxieux. Chaque échographie tiraille entre ces deux pôles. Surtout si des signes à l’image ont déjà créé un doute ou que la femme enceinte a vécu dans le passé une expérience difficile. »
L’immense majorité des échographies offre aux futurs parents l’occasion de voir un fœtus en bonne santé. « 90 % sont normales, précise Catherine Donner, chef de clinique en échographie gynécologique et obstétricale et en médecine fœtale à l’Hôpital Érasme à Bruxelles. Et donc, 10 % posent question, ce qui ne signifie pas qu’elles montrent une anomalie du fœtus mais elles entraînent des investigations complémentaires. »

Bienvenu, le futur papa

À savoir : le gynécologue qui suit la femme enceinte n’est pas forcément un spécialiste en échographie. Aussi, pour l’écho morphologique ou quand le contexte le réclame, il passe la main à un médecin spécialement formé à cette technique.
Les conditions de l’examen ne devraient pas être contraignantes, insiste Catherine Donner. Reste que « c’est mieux si le futur père accompagne la maman. »
Pour Marc, la question ne s’est pas posée : « J’avais envie d’être là. Je savais que j’allais être émerveillé… et la réalité a été plus dingue encore ! » Le risque d’une mauvaise nouvelle ne dicte donc pas à lui seul ce conseil. Même s’ »il est toujours plus commode de gérer une situation complexe à deux », dit Reine Vander Linden.
Suite à une prise de sang, Line, enceinte, a appris qu’elle était infectée par le toxoplasme. D’où un risque de complications pour le fœtus. « La tension montait lors des échos mais chacune d’elles se transformait en balise apaisante qui m’aidait à poursuivre ma grossesse… jusqu’au contrôle suivant. Quand, à 8 mois de grossesse, le médecin a lancé : 'Il est normalissime, cet enfant !', là j’ai pensé : c'est bon ! » « Pouvoir pleurer, être en colère, décharger mon angoisse » auprès d’une psychologue a été primordial pour Line.

À chaque parent ses émotions

Les échographies ouvrent à une palette d’émotions chez les futurs parents. Et les émotions sont propres à chacun. En fonction de son histoire… Et puis, à chaque parent sa rêverie au sujet de son futur bébé.
Reine Vander Linden : « Certaines femmes ont entendu que leur copine avait été bouleversée par l’image échographique et, parce qu’elles ne vivent pas la chose avec la même intensité, elles se disent : 'Je ne suis pas une mère…' Vous pouvez poser différents regards sur une image échographique: un regard scrutateur, tendre et émerveillé, marqué par la question du sexe de l’enfant… »
De même, « certains parents disent ne rien voir, ne voir que du flou ou ne rien comprendre à l’image, souligne Geneviève Bruwier, psychologue dans une unité parents-bébé au CHU Tivoli à La Louvière. Parce qu’ils ont peur, sont stressés ou qu’un passé douloureux les empêche d’investir l’image… Cela arrive. Le savoir peut aider des parents à se déculpabiliser de ne pas voir ce que tout le monde voit. »
« Il est important que l’échographiste soit suffisamment à l’aise avec ses compétences pour laisser une place aux émotions des parents, conclut pour sa part Catherine Donner. Pour leur faire observer des choses qui ne sont pas dans sa check-list : comment l’enfant avale, comment il prend son pied avec sa main… »

Martine Gayda

POURQUOI L’ÉCHOGRAPHISTE SE TAIT

  1. Une échographie exige de la concentration. Les futurs parents ne doivent, dès lors, pas être surpris par l’éventuel mutisme de l’échographiste lors de l’examen. S’il se tait, ce n’est pas parce qu’il voit soudain un problème, mais parce qu’il est concentré.
  2. Les mots et les silences de l’échographiste sont sans cesse décryptés… parfois mal. Par moments, les parents fixent son visage pour être sûrs que rien ne le tracasse. Au moindre signe d’hésitation, ils imaginent une malformation. Mais si le médecin regarde plus longuement une image, c’est parce que parfois il n’est pas facile de voir. Et si l’image est difficile à interpréter, il lui arrive de faire appel à un collègue.
  3. Tout ceci implique de réfléchir aux accompagnants. Quand ils sont trop nombreux ou les frères et sœurs présents trop petits, l’examen se passe souvent dans de moins bonnes conditions.

EN SAVOIR +

  • Le hors-série grossesse du Ligueur et mon bébé : l’obstétricienne-échographiste Catherine Donner y présente les trois échographies de la grossesse remboursées par la sécurité sociale. Comme les autres examens médicaux, celles-ci ne sont pas obligatoires mais font partie de la surveillance proposée pour la grossesse.
  • L’échographie de la grossesse. Promesses et vertiges, une large réflexion menée sous la direction de Michel Soulé, avec Luc Gourand, Sylvain Missonnier et Marie-José Soubieux, Éditions Érès, 1999-2011.
  • La grossesse psychique : l’aube des liens de Geneviève Bruwier, yapaka/ Éditions Fabert.
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