« Une équipe parentale efficace malgré la séparation »

Dans un nouvel ouvrage*, la médiatrice familiale Sabrina de Dinechin livre de manière concrète, avec des tests permettant de faire le point sur nos besoins et notre ressenti de la situation, les clés d’une « coparentalité positive ». Ce n’est pas, dit-elle, parce qu’on n’a pas été heureux en couple qu’on ne peut pas entretenir une relation parentale de qualité, dans l’intérêt de l’enfant. 

« Une équipe parentale efficace malgré la séparation »

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Sabrina de Dinechin : « Parce qu’en tant que médiatrice familiale, je constate que les personnes séparées, divorcées, ont généralement la volonté de se retrouver autour de leur enfant mais peinent souvent à dialoguer. Ce livre m’est apparu d’autant plus nécessaire que les séparations interviennent de plus en plus tôt, parfois même avant la naissance de l’enfant. Autrefois, pour se séparer, on attendait que notre progéniture ait grandi, qu’elle ait quitté le foyer. Désormais, l’enfant n’est plus un obstacle suffisant à la séparation. Même s’il n’y a pas chez les psys d’unanimité sur la question, beaucoup considèrent qu’il vaut mieux avoir des parents séparés mais détendus que des parents qui vivent sous un même toit dans un climat de conflit permanent. »

En quoi est-il essentiel que les deux membres du couple continuent d’assumer pleinement leur rôle parental après la séparation ?
S. de D. :
« Les enfants construisent leur identité en puisant des éléments chez chacun des deux parents. Ils ont besoin de ce double référentiel, de ce socle parental. Quand les adultes se séparent, bien des possibles s’ouvrent devant eux, même si rien n’est simple. Pour les enfants, c’est plus compliqué encore car il leur faut accepter qu’ils ne vivront plus jamais avec leurs deux parents dans une même maison. Le fait de les savoir unis, a minima autour des questions d’éducation et de santé, les aide à traverser cette épreuve. »

L’unité parentale malgré la séparation

Quels sont les écueils à éviter ?
S. de D. :
« En général, les ex-conjoints acceptent de se parler des enfants. Mais encore doivent-ils, quand ils abordent ce sujet, ne pas laisser la relation conjugale polluer la discussion. Pour cela, il peut être judicieux de le faire dans un lieu neutre, sans la présence des enfants, même s’il est bon que ces derniers sachent que leurs parents continuent à parler d’eux ensemble. Si malgré cela, la conversation est impossible, une médiation peut être envisagée. En tout cas, il faut veiller à ne pas faire des enfants les messagers, les intermédiaires entre les deux membres de l’ex-couple (« Tu diras à ta mère… », « Tu répondras à ton père… »). Car ces derniers ont le droit d’être innocents, de vivre leur vie sans être impliqués dans le conflit conjugal. Il faut impérativement leur éviter de devoir prendre parti. Même s’il peut sembler positif de les consulter s’agissant des décisions qui les concernent, leur demander où et avec qui ils veulent vivre désormais revient à leur demander de choisir entre les deux parents. Mieux vaut leur présenter le mode de garde comme le résultat d’un commun accord entre les deux parents : ‘Nous avons décidé, papa et moi, que…’. Bien sûr, tout cela dépend aussi de la façon dont la séparation a été annoncée. La relation sera biaisée si l’on a dit à l’enfant : ‘Papa (ou maman) nous a abandonnés’… »

Quels sont les principaux besoins d’un enfant qui voit ses parents se séparer ?
S. de D. :
« L’enfant, surtout quand il est petit, a besoin d’être rassuré. À 6 ou 7 ans, il a fréquemment le sentiment d’être la cause de la séparation de ses parents (il les a peut-être entendu un jour se disputer sur un point d’éducation, il pense que son comportement, le fait qu’il a été grondé à l’école, sont en cause…). Il faut donc lui dire que non seulement il n’y est pour rien mais qu’il ne pourra rien faire pour que ses parents se remettent en couple. L’un et l’autre doivent aussi lui dire qu’ils sont conscients des difficultés qui l’attendent et qu’ils vont tout faire pour le préserver. Beaucoup pensent ainsi à le laisser dans la même école, dans le même environnement social. L’enfant doit savoir que ses deux parents seront toujours là pour lui, même s’ils reconstruisent leur vie. Il est essentiel de maintenir avec chacun d’eux un lien de qualité. Il faut éviter de donner à l’enfant l’impression - comme cela arrive trop souvent - qu’il est devenu la cinquième roue du carrosse parce son père ou sa mère est occupé à choyer un bébé né du second lit. Enfin, et c’est essentiel, on doit donner à sentir à l’enfant qu’on est parfaitement d’accord pour qu’il conserve une relation de qualité avec notre ex-conjoint·e. »

Au « couple parental » qui survivrait à la relation conjugale, vous préférez la notion de « coparentalité positive ». De quoi s’agit-il ?
S. de D. :
« C’est une nouvelle étape de la relation, après les phases amoureuses puis toxiques. C’est l’idée qu’on peut former une équipe efficace autour de tout ce qui concerne l’autorité parentale : la santé, l’école, les activités extrascolaires, le choix de pratiquer ou non une religion. J’insiste aussi sur l’importance des petits choses du quotidien (la note de la dictée, la dent qui est tombée, le premier bassin parcouru à la nage…). Échanger ces informations entre parents offre à celui qui récupère l’enfant après une période plus ou moins longue des points d’accroche pour discuter avec son fils ou sa fille. À défaut, l’enfant risque fort de ne rien raconter si on lui demande comment s’est passée sa semaine… Une chose est sûre, ce n’est pas parce qu’on avait du mal à se parler quand on était en couple qu’on ne peut pas construire une relation parentale de qualité. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas été heureux en couple qu’on ne peut pas devenir une super équipe parentale. Cela suppose cependant d’avoir fait le deuil de notre relation amoureuse et d’avoir la volonté de continuer, d’une certaine manière, à construire notre première famille, même si on en a désormais une autre. »

Être aussi attentif aux besoins de l’autre parent

Y a-t-il dans cette équipe une place pour les nouveaux conjoints éventuels des parents ?
S. de D. :
« La peur, très fréquente, du parent biologique, c’est de perdre sa place parentale au profit de la personne avec laquelle l’ex-conjoint·e refait sa vie. Beaucoup de mères disent aux pères qu’il est hors de question que la belle-mère aille faire du shopping avec leur fille ou qu’elle aille la chercher à l’école. Il est bon d’en discuter à trois (ou quatre, si les deux parents sont chacun de nouveau en couple), entre adultes. Il est normal et heureux que le beau-parent soit impliqué dans l’éducation, qu’il aide à faire les devoirs. Mais il doit rester à sa place et ne pas se substituer au parent. Parfois, lorsque la séparation intervient très tôt, on dit à l’enfant d’appeler son beau-parent ‘papa’ ou ‘maman’. Cela ne me paraît pas une bonne idée, même si j’ai conscience qu’après une séparation, beaucoup d’enfants ne voient (presque) plus leur père**… Il faut aussi de la transparence : si l’un des deux parents insiste pour que l’enfant soit inscrit dans une école privée, et si c’est son nouveau conjoint qui, jouissant d’une meilleure situation professionnelle, va payer les frais de scolarité, l’autre parent doit en être informé et donner - ou non - son aval. »

Vous dites que la relation parentale se trouve souvent déséquilibrée lorsque l’un des deux ex-conjoints se contente d’être un « parent loisirs ». Qu’entendez-vous par là ?
S. de D. :
« Je parle de ‘parent loisirs’ lorsque la personne en question, le plus souvent un père qui récupère les enfants un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, se charge exclusivement de les emmener faire du sport, de partir avec eux à la campagne mais évite toutes les tâches, souvent plus fastidieuses, du quotidien : emmener le petit chez le médecin, lui acheter un nouvelle paire de chaussures, assister à la réunion avec le professeur, etc. Beaucoup de femmes se retrouvent frustrées parce que non seulement elles ont été quittées, mais qu’en plus, elles ont le sentiment de devoir entièrement porter l’éducation de leur·s enfant·s. Ce qui de surcroît les empêche de sortir, de se faire de nouvelles relations et pourquoi pas de refaire leur vie… Il est bon alors de faire le point à deux, de voir comment le conjoint qui s’estime lésé peut être soulagé, comment l’autre peut s’impliquer davantage. Tout en étant attentif aux besoins de l’enfant et à nos propres besoins, il faut impérativement cerner ceux de l’autre parent. Une relation parentale se crée à deux. Si on n’est pas à l’écoute de l’autre, impossible d’y arriver. »

* Rester parents après la séparation, les clés de la coparentalité positive (Eyrolles).
** C’est le cas en France d’un quart des jeunes adultes (18-24 ans) dont les parents sont séparés.

Denis Quenneville

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Le poison de l’argent

La symbolique de l’argent est très forte. Et cela se vérifie souvent dans les relations parentales au sortir d’une séparation. Il n’est pas rare que la personne qui a été quittée cherche à « faire payer », dans tous les sens du terme, son ex-conjoint pour la douleur subie, en réclamant une pension alimentaire très élevée. « À l’inverse, le fait de verser une telle pension à son ex-épouse peut aussi constituer une façon d’entretenir un lien de dépendance et donc de la contrôler », observe Sabrina de Dinechin.
L’argent peut aussi s’immiscer, tel un poison, dans la relation parentale, lorsqu’existe une grande disparité de revenus entre les ex-conjoints. « L’un des deux, bien plus à l’aise financièrement, peut être tenté de gâter à l’excès l’enfant, de chercher à l’acheter en lui offrant la dernière console à la mode, le téléphone dernier cri. L’ex-conjoint, ne pouvant rivaliser sur ce terrain, pourra lui demander davantage de faire preuve de plus modération, dans l’intérêt même de l’enfant ».