Vie de parent

Une pétition contre l’expulsion de Lajoie Malekusa

Quel sort sera réservé à Lajoie Malekusa, ce jeune élève de 12 ans menacé d’expulsion vers le Congo avec sa maman ? Autour de lui, la mobilisation s’intensifie. Dans les écoles, les jeunes esprits s’échauffent, les enseignants doivent répondre aux questions que soulèvent leurs élèves. À la maison aussi, la question se pose : comment réagir en tant que parents ?

Une pétition contre l’expulsion de Lajoie Malekusa

Fifi Muamba Mbombo, originaire du Congo, vit en Belgique depuis 10 ans, avec son fils Lajoie, arrivé à l’âge de 2 ans. Une famille parfaitement intégrée et appréciée : Lajoie est élève en 1re secondaire à l’École Active d’Uccle et espoir de la fédération belge de basket depuis 4 ans. Mais ils sont sans papiers, car selon son avocat, Fifi Muamba n’a jamais reçu la notification en 2009 du refus de sa demande de régularisation. Depuis, les démarches légales ont été poursuivies, et la famille a appris le refus lors de l’interpellation de  Fifi Muamba, qui a été placée en centre fermé à Bruges dans l’attente d’une expulsion vers le Congo. Libérée il y a deux jours, elle demeure sous le coup d’une ordonnance de quitter le territoire dans les 7 jours. Son fils Lajoie serait automatiquement expulsé avec elle.

La mobilisation  

La séparation de la mère et du fils a suscité une indignation immédiate : « Le mouvement de mobilisation autour de Lajoie et de sa maman est essentiel », souligne l’avocat du jeune ado, Gérald Castiaux, qui fait le point sur les dernières avancées dans ce dossier. « C’est la pression populaire qui a sans doute convaincu l’Office des étrangers de libérer Fifi Muamba Mbombo, la maman de Lajoie, qui était détenue en centre fermé. Il était difficilement défendable d’expulser une maman en laissant son fils mineur seul en Belgique. La police aurait dû aller le chercher à l’école ou dans son club de sport, et l’emmener dans un centre fermé. La situation n’est pas encore ancrée : j’ai introduit un recours en annulation des décisions qui ont été signifiées. Tout va dépendre désormais de l’attitude de l’OE. Soit le recours sera accepté, soit ils seront tous deux arrêtés. J’insiste : la mobilisation est un grand soutien » !

La pétition

À l’heure de publier, sur les 7500 signatures nécessaires, la pétition en soutien à Lajoie a déjà récolté 7310. Adressée à l’Office des étrangers, elle a été lancée dimanche à 19h par ses amis, des parents d'élèves, des membres du club de basket et de la Fédération belge de basket. Tous demandent que la famille puisse rester sur le sol belge et que Lajoie puisse poursuivre sa scolarité. "Au nom du respect de la Convention internationale des droits de l’enfant, nous demandons avec la plus grande fermeté à l’Office des étrangers de réexaminer le cas de cette famille pour qu’elle obtienne une régularisation de sa situation".

► L’avis du psy

Parents : comment expliquer ?

Alors que s’égrènent les heures qui mèneront à la date butoir indiquée sur l’ordre de quitter le territoire signifié par l’Office des étrangers à sa maman, Fifi Muamba Mbombo, sur la page Facebook des soutiens de Lajoie, une maman s’interroge : 

J'ai été bien en peine d'expliquer à mon fils hier soir pourquoi Lajoie, un copain "trop cool, maman, il est vraiment chouette et marrant !" allait se faire expulser de ce pays où il a grandi. Je n'ai pas trouvé les mots car chaque explication "rationnelle" n'en était pas une et je voyais dans les yeux de mon gamin que ce que je disais n'avait aucun sens!

Bruno Humbeeck est actif sur le terrain en tant que psychopédagogue et en tant que directeur de recherche au sein du service des Sciences de la famille de l'Université de Mons. Il répond à nos questions.

LL: Une telle situation suscite des angoisses chez les enfants qui se sentent parfois dépassés. Y a-t-il une bonne réponse à apporter ?

BH: Si vous trouvez aussi injuste une telle situation, face aux interrogations de votre enfant, il faut le lui signaler. Mais sans l’amplifier. Il s’agit d’autoriser l’enfant à se révolter, à être scandalisé ou simplement ému. En tant que parent, il ne faut pas nuancer ou diminuer l’intensité des émotions ressenties.

LL: Mais l’enfant attend une réaction…

BH: Et elle est la bienvenue, je dirais même qu’elle est indispensable ! Il vaut mieux éviter d’ajouter sa propre émotion brute à celle de l’enfant : il est préférable d’exprimer un état d’âme. Je suis en colère aussi, moi aussi je suis énervé. En juxtaposant son propre point de vue à celui de son enfant, on le rassure car on lui indique qu’on le comprend. On accueille d’abord son émotion, car c’est elle qui créera son opinion dans le futur. Et ensuite, le parent peut passer au discours plus ‘rationnel’ et contextualiser : parler des lois d’accueil, de la peur de l’autre, de l’asile, expliquer ce qu’est un centre fermé, etc.

Aya Kasasa

ALLER + LOIN

► Observatoire de l'enfance, de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse, OEJAJ, et le site du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, Bernard De Vos. Adresse: Rue de Birmingham 66,1080 Bruxelles. Tél: 02/223.36.99

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