Vie de parent

Visiter son enfant en Erasmus :
bonne ou mauvaise idée ?

L’oisillon finit toujours par sortir du nid, et c’est tant mieux. Avec la vie en kot et les vacances entre copains, l’Erasmus représente l’expérience ultime d’indépendance pour bon nombre de jeunes. Partir étudier quelques mois loin de ses habitudes, c’est une chance inouïe qu’ont les étudiants depuis la création de ce programme en 1987. Alors, la visite de papa/maman pendant l’Erasmus, bonne ou mauvaise idée ?

Visiter son enfant en Erasmus : bonne ou mauvaise idée ?

Pour l’avoir vécu, l’Erasmus, c’est pas banal. Probablement l’une des expériences qui – pour ma part en tout cas – s’est avérée parmi les plus marquantes de ma vie (jusqu’à présent). À 20 ans, je suis partie vivre 5 mois en Finlande et j’y ai découvert une culture passionnante, vécu à un autre rythme, (beaucoup fait la fête) et scellé des amitiés solides avec des jeunes d’autres nationalités. Difficile de faire mieux en matière d’école de vie.

Au bout de 3 mois sur place, mes parents m’ont rendus visite. J’ai fondu dans leurs bras à Helsinki, on y a passé un super week-end et puis je leur ai fait découvrir Jyväskylä, la petite ville perdue où je passais mon Erasmus. Ils étaient contents de me retrouver, j’étais contente de les retrouver, mais contente aussi de retrouver mon indépendance après leur visite. Et pour les autres, c’était comment ? Voici un petit tour de table qui pourrait vous inspirer si votre grand bout’chou est sur le départ !

Maman de Camille, partie en Erasmus à Barcelone :
Oui, à condition de s’adapter 

« J’ai rendu visite à Camille à Barcelone avec ses sœurs, à peu près au milieu de son séjour. Nous y sommes restées quelques jours. Elle logeait dans un appartement très multiculturel mais trop petit pour nous accueillir, donc nous logions à l’hôtel. Elle connaissait très bien la ville, nous a montré ses lieux coups de cœur. Par contre, on n’a pas vraiment visité : quand les jeunes partent en Erasmus, ils ont souvent plein de visites des copains et des copines. Autant cela lui faisait plaisir, autant à la longue, ça lui pesait…  Donc on s’adaptait vraiment à ses envies plutôt que de lui demander d’aller visiter les mêmes endroits pour la dixième fois !

Je pense que la clé est de s’adapter et de rester ouvert et à l’écoute par rapport au jeune. L’Erasmus, c’est les rencontres, les échanges. C’est vrai qu’il faut éviter qu’ils aient trop de visites, pour leur permettre de vivre l’expérience à fond.»

Papa d’Arthur, parti en Erasmus à Dublin :
Les laisser vivre leur expérience ! 

« Je n’ai pas rendu visite à Arthur pendant son Erasmus parce que j’avais envie de le laisser vivre son expérience, de lui permettre de couper les liens familiaux quelques temps et de prendre son autonomie. Je n’avais pas envie de m’interposer, d’autant qu’il avait déjà plein de visites prévues et que je ne voulais pas lui en imposer une de plus. Si tout le monde avait voulu venir le voir, il y aurait passé tout son temps… Ce n’est pas le but de l’Erasmus.

En lui rendant visite, j’aurais eu l’impression d’imposer ma présence dans un univers dans lequel il se retrouvait libre, sans parent. Et puis, il ne m’a pas exprimé l’envie spécifique que je vienne, il ne m’a pas du tout reproché mon absence. On s’est donnés des nouvelles et on était super heureux de se retrouver à son retour 6 mois plus tard ! »

Maman d’Olivier, parti en Erasmus en Corée du Sud :
L’occasion de passer du temps à nous deux  

« Pour moi, tout dépend des circonstances : j’ai rendu visite à mon fils parce que j’adore voyager et qu’il était disponible et ouvert à l’idée que je vienne. Je ne me suis pas dit ‘Oh mon pauvre petit chou est loin de la maison et doit voir sa maman’. C’est plutôt dans l’esprit de saisir l’occasion de découvrir une partie de l’Asie ensemble.

Olivier était en Erasmus en Corée du Sud, mais on s’est donnés rendez-vous en Thaïlande au mois de décembre pour profiter de dix jours de vacances à nous deux. Lui était content de souffler un peu : il avait plein de boulot dans son université sur place. Et moi, j’ai  beaucoup apprécié de pouvoir passer du temps seule avec mon fils. C’est le genre d’occasion qui n’arrive pas dix fois dans une vie. »

Papa de Mathieu, parti en Erasmus à Bilbao :
Bonne idée, mais en fin de séjour 

« Ma femme et moi sommes allés voir mon fils Matthieu à Bilbao pendant son Erasmus. C’était à la fin de son séjour, il avait eu le temps de prendre ses marques, il connaissait la ville par cœur. Je trouve qu’il est important de les laisser tranquilles au début pour qu’ils puissent s’intégrer et créer leur nid. Au bout de quelques mois, il était ravi de nous y accueillir, il nous a fait la visite de la ville et nous a guidés dans les quartiers sympas fréquentés par les locaux.  Il nous a aussi montré son spot de surf au bord de la mer. Bref, il était fier de nous présenter sa ville et c’était génial ! »

Maman de Marion, partie en Erasmus à Buenos Aires :
Une bonne raison de voyager ! 

« Mon compagnon et moi ne sommes pas des Globe-Trotters. Le fait que Marion soit partie en Erasmus à l’autre bout du monde nous a un peu poussés à sortir des sentiers battus, à quitter un peu notre zone de confort. Nous lui avons rendu visite à la fin de son Erasmus à Buenos Aires. Elle avait eu le temps de prendre ses repères, d’apprendre la langue, de se faire des amis. Elle nous a fait découvrir la ville, nous a montré son université, ses lieux de prédilection. On est restés 10 jours sur place et on a voyagé un peu autour de Buenos Aires avec elle. C’était super !

J’étais très impressionnée de la voir dans ce contexte-là : quand on est arrivés à l’aéroport de Buenos Aires, je l’ai trouvée changée. Elle parlait espagnol, elle était très sûre d’elle, débrouillarde et à l’aise dans cette grande ville. Je crois que ces visites sont très positives pour l’enfant aussi, qui est souvent très fier de montrer l’univers qu’il s’est construit ailleurs. »

Maman d’Alexandra, partie en Erasmus en Finlande :
Oui, surtout pour les installer au début du séjour 

« Nous sommes férus de voyage dans la famille. Alors quand Alexandra est partie en Finlande, on l’a conduite et on l’a aidée à s’installer dans un appartement qu’elle avait trouvé à Helsinki. On avait envie de voir le pays, de découvrir là où elle allait vivre et de lui donner un coup de main pour l’emménagement. C’était une expérience particulière : on était en plein mois de janvier, il faisait -19°C ! On est restés quelques jours, et puis on est retournés la revoir une deuxième fois pour mieux découvrir le pays aux alentours du mois d’avril. Nous n’aurions probablement pas visité cette région si elle n’y été pas allée. Personnellement, je recommande aux parents d’aller rendre visite à leurs enfants : c’est une chouette expérience et ça reste des bons souvenirs pour tout le monde ».

Maria-Laetitia Mattern