12/15 ans

Vivre de sa passion, un métier réalisable ?

Votre ado rêve de devenir acteur, écrivain, chef coq ? En tant que parent, il n’est pas toujours facile de l’encourager à se lancer dans une voie « risquée ». Est-ce que vivre de sa passion reste une chimère ou peut-on vraiment en faire une réalité ? Pour répondre à cette question, quatre ados se sont adressés à des adultes qui ont fait le pari de transformer leur passion en métier.

Vivre de sa passion, un métier réalisable ?

► Olga, 13 ans, rêve dedevenir écrivaine

Son interlocutrice du jour est Victoire de Changy, jeune auteure bruxelloise.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le métier d'écrivaine ? Pourquoi avoir choisi cette voie ?
Victoire de Changy :
« Je racontais des histoires avant de pouvoir écrire et, dès lors que j'ai tenu un stylo entre mes mains, je n'ai plus jamais arrêté. Je n'ai sincèrement jamais envisagé de faire autre chose de ma vie que d'écrire. C'est une activité qui m'est aussi nécessaire que n'importe quel besoin primaire. »

Est-ce que le temps pour écrire un livre est toujours le même ?
V. de C. : « Pas du tout ! J'ai écrit mon premier roman en un mois, enfermée dans un appartement, presque sans respirer. Le second m'a pris plus d'un an. Et le troisième, en cours, prendra certainement davantage de temps encore. Tout dépend du sujet, des recherches, de l'urgence. »

Est-ce possible de vivre de l'écriture en Belgique ?
V. de C. :
« C'est possible, mais peu évident. Pour donner une idée très concrète des aspects financiers, un écrivain, à tout le moins à ses débuts, reçoit environ 1,50 euro par livre vendu. Un roman vendu à 2 000 exemplaire est déjà considéré comme un best-seller en Belgique. Le calcul est vite fait... Mais une Amélie Nothomb, par exemple, en vit royalement. Beaucoup d'écrivains vivent également de l'écriture en sortant de temps à autre du roman : en écrivant des scénarios de films, des pièces de théâtre, autant d'activités connexes qui sont mieux rémunérées. »

Que conseillez-vous à un·e jeune qui rêve de devenir écrivain·e ? Est-ce mission impossible ?
V. de C. :
« De ne rien lâcher. De ne pas se laisser dévorer par le monde de l'édition qui, on s'en doute, est un peu sauvage. D'avoir foi en son écriture et d'écrire quotidiennement, pour ne pas laisser sa plume s'étioler, pour l'aiguiser.

► Hugo, 15 ans, rêve de devenir acteur

Il a rencontré Gilles Vandeweerd, jeune comédien liégeois.

Comment s'y prendre pour se lancer ? Dans quelle école aller ? 
Gilles Vandeweerd : « Ce qu’il y a de particulier dans le métier d’acteur, c’est qu’il n’y a absolument pas de chemin tracé à l’avance. Certains s’en sortent très bien sans faire d’école, mais le milieu est difficile, donc il est important de mettre toutes les chances de son côté. C’est pourquoi je conseillerais quand même de faire une école. En Belgique, il y a plusieurs écoles d’État : l’Insas, l’IAD, les conservatoires de Bruxelles, Liège et Mons, pour ne citer que les plus prestigieuses. Ces écoles proposent une formation très complète et permettent de se créer un réseau, point essentiel du métier d’acteur où il est compliqué de s’épanouir tout seul. Pour ma part, je n’ai pas fait d’école d’État mais le Cours Florent à Bruxelles. À la fin de ma formation, j’ai voulu tenter un conservatoire mais j’ai eu la chance d’être embauché pour deux séries et un film. Et je me suis donc lancé directement dans le monde du travail artistique. »

Est-ce qu'il y a assez d'opportunités pour trouver des rôles en Belgique ?
G. V. :
« La Belgique est un pays riche artistiquement : que ce soit dans le cinéma ou dans le théâtre, il y a maintes opportunités… Mais comme dans tout métier, cela demande du travail et de l’envie : il faut aller chercher ces opportunités, elles ne tombent pas du ciel. »

Est-ce possible d'en vivre financièrement ?
G. V. :
« J’ai la chance de pouvoir vivre de mon métier. Cependant, si le but est de devenir riche, alors on se trompe de métier. La réalité est telle qu’elle est. Certains mois sont très compliqués. Mais si on fait ce métier par amour, on trouve toujours des solutions. Et puis, à force de travail et d’acharnement, on obtient parfois de belles surprises qui nous permettent de vivre plus aisément. Catherine Deneuve a dit que ‘Ceux qui réussissent sont ceux qui tiennent’. Il est parfois bon de s’en rappeler ! »

► Clara, 17 ans, rêve de devenir vétérinaire

C’est Marie-Sophie Massart, vétérinaire de profession, qui a partagé son expérience.

Est-ce que les mêmes maladies reviennent fréquemment, rendant la vie de vétérinaire assez monotone ?
Marie-Sophie Massart :
« En effet, on rencontre souvent les mêmes maladies et on répète souvent les mêmes vaccins. Après, cela a aussi un côté assez ‘reposant’, car on sait que certaines consultations seront moins intenses que d’autres. Chaque semaine, je rencontre tout de même des cas hors du commun pour lesquels je dois faire des recherches. Il faut aussi se rappeler qu’en tant que vétérinaire, on est à la fois généraliste, dermatologue, dentiste, anesthésiste, chirurgien, radiologue, etc. On porte plusieurs casquettes à la fois ! »

Est-ce obligatoire de faire une spécialisation si l’on veut travailler avec certaines espèces d’animaux ?
M.-S. M. :
« Pour l’instant, le diplôme de vétérinaire en Belgique permet de soigner tout type d’animal. Mais tout dépend des stages que l’on suit lors des études : si un stage ne concerne que des petits animaux, il est moins logique d’aller travailler avec des vaches à la ferme, par exemple. Par la suite, c’est donc plutôt une question d’expérience. »

Comment se lancer dans sa carrière ?
M.-S. M. :
« Une fois le diplôme obtenu, il ne faut pas tarder à se jeter à l’eau. Les débuts peuvent être un peu intimidants, donc il faut se lancer. Et mieux vaut être entouré que de débuter tout seul : par exemple, en rejoignant une équipe de vétérinaires qui ont déjà de l’expérience. »

► Amélie, 14 ans, rêve d’ouvrir son propre établissement

Ici, c’est Alexia Gosse, gérante et fondatrice de Campo, restaurant bruxellois, qui a été mise sur le grill pour répondre.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la restauration ?

Alexia Gosse : « Je suis passionnée par la restauration depuis toute jeune. J’adore le contact humain avec les gens, et c’est quelque chose que je retrouve dans mon métier aujourd’hui : j’aime travailler en salle, discuter avec les clients, avoir leur avis, etc. »

Cuisiner, décorer, servir… est-ce qu'il est possible de tout faire toute seule ?
A. G. : « Tout dépend de la surface du restaurant, de ce qu’on y propose et du nombre de couverts. Mais je pense qu’il vaut tout de même mieux s’entourer. Faire tout toute seule peut être psychologiquement difficile et représenter une vraie surcharge de travail. »

Comment créer sa clientèle et la garder ?
A. G. : « Pour créer et fidéliser sa clientèle, je crois qu’il faut être soi-même et avoir la fibre commerciale, aller vers les gens, leur donner de l’importance. C’est cela qui les fidélise, qui leur donne envie de revenir. »

Comment trouver l’endroit idéal ?
A. G. :
« Trouver l’endroit idéal n’est vraiment pas facile ! Personnellement, je voulais absolument ouvrir mon restaurant dans le quartier du Châtelain à Bruxelles : j’y adore l’ambiance très dynamique, la clientèle majoritairement étrangère, avec de nombreux expatriés. Je crois qu’il est essentiel de choisir un endroit où on se sent bien… et de préférence où il y a du passage ! »

Est-ce facile d’en vivre ?
A. G. : « Vivre de la restauration est possible mais assez difficile. Il faut compter les nombreuses dépenses : les charges, l’emplacement, la boîte noire pour les paiements… Mais c’est possible, en persévérant et en travaillant dur, il y a toujours moyen d’y arriver ! »

► Capucine, 12 ans, rêve de devenir musicienne

Réponse de Maria-Laetitia Mattern : et oui, ici, je prends la parole ! À côté de mon emploi de journaliste, je vis également partiellement de la musique… Chanteuse dans un groupe de musique pop appelé Sonnfjord, j’ai décidé de me lancer dans ce projet à la fin de mes études de journalisme. Je sais que j’ai pris la bonne décision parce que j’ai la sensation d’y avoir trouvé ma place. C’est ça aussi, le métier-passion : le « luxe » de vivre au quotidien d’une activité qui nous passionne.

Est-il possible de vivre uniquement de la musique en Belgique ?
Maria-Laetitia Mattern : « Possible : oui, mais ce n’est pas facile. J’ai dans mon entourage toute une série de cas de figures : ceux pour lesquels cela fonctionne très bien et qui gagnent beaucoup d’argent grâce à la musique (mais ils sont très rares !), ceux qui bénéficient du statut d’artiste qui leur permet d’en vivre et ceux qui, comme dans mon cas, cumulent l’activité artistique à un job parallèle pour s’en sortir. L’avantage de la musique est que les sources de revenus peuvent être multiples : les cachets de concerts, les droits d’auteur en cas de passage radio ou de publicité, les ventes de CD, le streaming… »

Faut-il passer par le conservatoire ou par des écoles de musique ?
M.L. M :
« Ce n’est pas une case obligatoire. À nouveau, il n’y a pas de chemin tout tracé, et je dirais que cela dépend du style de carrière que l’on envisage. Les musiciens professionnels par exemple, qui accompagnent des groupes ou des chanteurs, ont généralement une solide formation en background. Mais la musique peut également s’apprendre sur le tas, en jouant, en étant autodidacte. »

Est-ce que le statut d’artiste est facile à obtenir ?
M.L. M : « 
Pour obtenir le statut d’artiste, il faut pouvoir prester un certain nombre de contrats artistiques dans un certain laps de temps. C’est-à-dire, faire plein de concerts pour prouver que l’on est actif sur le marché ! Ce n’est pas simple, mais c’est faisable, j’ai dans mon entourage plusieurs personnes qui l’ont obtenu. Aujourd’hui, il est toutefois plus compliqué de l’obtenir qu’il y a dix ans. Mais quand on se lance, on ne peut pas trop compter dessus : c’est plutôt une fois que ‘ça roule’ qu’il peut être envisagé… »

Maria-Laetitia Mattern

L’avis de l’expert

Sébastien Haciane, informateur-conseil au SIEP (service d’information sur les études et professions) 

« La plupart des parents souhaitent que leur enfant trouve un métier avec des débouchés. Au SIEP, on essaye toujours de leur rappeler malgré tout que, même s’il y a de l’emploi dans un métier qui ne plaît pas au jeune, il ne se battra pas pour y arriver. Il est important d’aimer ce que l’on fait pour faire son chemin dans n’importe quelle voie professionnelle.
Malheureusement, les jeunes Belges manquent souvent de réflexion de fond sur leur projet professionnel. Ce n’est pas forcément de leur faute : les écoles secondaires ne poussent pas suffisamment la réflexion sur soi-même, sur sa personnalité, ses points forts. Résultat : beaucoup décident de suivre des études sans une grande conviction et le taux d’échec est hallucinant. Lorsqu’on choisit de vivre de sa passion, c’est que, quelque part, on a trouvé sa voie. Après, il faut bien sûr créer autour de cela un projet professionnel concret et se battre pour le concrétiser. »