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Votre enfant est intenable ? Vite, cherchez de l’aide…

Si votre jeune enfant a entre 3 et 7 ans et manifeste des troubles de comportement importants, n'attendez pas pour consulter et demander de l'aide. Une prise en charge précoce peut éviter un pourrissement de la situation. C'est une des conclusions d'une recherche menée depuis sept ans à l'UCL.

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Depuis un an, une équipe pluridisciplinaire de thérapeutes de l'UCL mène une recherche sur la manière la plus efficace de prendre en charge des jeunes enfants manifestant des troubles graves du comportement. Cette recherche clinique fait suite à une autre recherche, entamée en octobre 2005, sous la direction d'Isabelle Roskam, professeure de psychologie du développement à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation.
Cette première recherche avait eu pour origine le constat que de plus en plus de parents consultaient pour des enfants âgés de moins de 6 ans, en se plaignant de conduites perturbées comme l'agressivité, l'agitation, la provocation, les désobéissances répétées, le décrochage scolaire… Ces problèmes se manifestaient aussi bien à la maison qu'à l'école. Ces comportements entraînaient un cercle vicieux de punitions sans fin, de rejet par les camarades d'école, de parents à bout et d'enseignants excédés.

Causes multiples pour de mêmes troubles

Quelles conclusions a-t-on pu tirer de cette recherche universitaire? Quelle est l'évolution de ces enfants difficiles ?
« En l'absence d'intervention thérapeutique, c'est chez ceux qui posaient problème à la fois à l'école et en famille, et pour lesquels nous étions inquiets en consultation, que l'on constate une évolution négative, dit Isabelle Roskam. Ce sont donc ceux-là qu'il faut suivre. Quand l'école ne percevait pas de gros problèmes alors que ça ne marchait pas dans la famille, l'enfant trouvait souvent des ressources pour se stabiliser. À l'inverse, quand seule l'école était inquiète, les difficultés n'étaient peut-être dues qu'au fait que l'enfant se sentait perdu parmi les règles d'un environnement complexe. »
Par ailleurs, les mêmes troubles peuvent provenir de problèmes très différents : problèmes de langage, sous-développement de la zone frontale du cerveau, aspects affectifs, pratiques éducatives des parents, etc. La gravité est liée au nombre de facteurs de risque. Plus nombreux sont les secteurs qui dysfonctionnent, plus grands sont les troubles.
« Il y a probablement un cercle vicieux, où un problème renforce l'autre. Il est très important d'aller chercher sous la partie émergée de l'iceberg pour voir si des problèmes s'accumulent et organiser une prise en charge spécifique. »
À cela s'ajoute le fait que, lorsque l'enfant dysfonctionne très jeune, les parents sont très vite démunis, ce qui a des répercussions négatives sur le cadre éducatif et peut être à l'origine de l'apparition d'un problème complexe.
« Il ne faut donc pas tout de suite sortir l'artillerie lourde, précise Isabelle Roskam, mais suivre l'évolution de l'enfant et faire de la prévention, y compris sur des facteurs qui n'ont pas l'air de dysfonctionner. Par exemple, apprendre aux parents comment donner des consignes à un enfant qui, peut-être, ne comprend pas bien le langage et, de ce fait, donne l'impression de toujours désobéir, ce qui est très énervant. »

Mise en place d’une prise en charge précoce

Il faut donc prendre en charge tôt, faire un examen précis de la situation et individualiser l'aide en prenant en compte tous les facteurs. Mais les structures pour le faire ne sont pas toujours adéquates. S'il s'agit seulement d'un problème de langage, il suffira d'adresser l'enfant à un logopède. Le problème se pose quand la situation est plus complexe. Les pédopsychiatres ne prennent en général pas les enfants avant l'âge de l'école primaire. Ils envoient alors l'enfant en psychomotricité, mais cela n'est pas suffisant.
Depuis octobre 2011, l'équipe d'Isabelle Roskam a reçu des subsides pour financer quatre chercheurs qui travaillent sur l'établissement d'un système d'intervention précoce. Trois groupes cliniques ont été constitués. L'un est ciblé sur le milieu familial. Un autre est plus centré sur l'enfant. Dans un troisième groupe, l'enfant bénéficie d'une combinaison des deux types d'intervention. La prise en charge comprend huit séances thérapeutiques hebdomadaires. Puis l'enfant sera réexaminé après six mois pour faire le bilan de son évolution.
Actuellement, les chercheurs testent ces démarches thérapeutiques sur des familles volontaires pour mettre au point les modes d'intervention. Ensuite, en janvier 2013, des familles défavorisées ayant un enfant aux troubles de comportement plus marqués seront réparties dans les trois groupes cliniques, jusqu'en septembre 2013. Le but est de déterminer la procédure qui marche le mieux.

En attendant, que faire ?

L'équipe d'Isabelle Roskam essaye déjà de diffuser les conclusions de ses recherches parmi les intervenants, en leur proposant un protocole clinique approprié, par des formations, des conférences et des publications. Elle a notamment publié un livre (Les Enfants difficiles (3-8 ans). Évaluation, développement et facteurs de risque - Éditions Mardaga) qui expose les développements et les conclusions de ses recherches. Ce livre est avant tout destiné aux professionnels qui travaillent avec ces enfants difficiles : les cliniciens, les éducateurs et les enseignants.
Si des parents sont inquiets du comportement de leur enfant, cela vaut la peine de faire le point avec quelqu'un : un neuropédiatre, un neuropsychiatre, un psychologue, dans un centre de santé mentale, de guidance ou PMS. Peut-être leur dira-t-on que leur enfant est normal ou qu'ils ont des exigences trop élevées à son égard.
« Si une prise en charge est nécessaire, il est très important de collaborer avec l'école, même si de gros problèmes ne s'y posent pas, insiste Isabelle Roskam. Cela aidera l'enseignant à y être attentif et peut-être les parents découvriront-ils qu'il a trouvé des manières de faire avec l'enfant. Cette collaboration aidera aussi l'enseignant à ne pas avoir une attitude accusatrice envers les parents. Ce qui compte, c'est de favoriser la cohérence autour de l'enfant. »

Jean-Paul Vankeerberghen

HELP !

Un CD-ROM pour apprendre à réagir

Isabelle Roskam a élaboré un logiciel de formation et d'accompagnement à la guidance éducative pour les parents sur un CD-Rom, intitulé Lou et nous. Dans des épisodes se passant à la maison, à l’école ou en promenade, le logiciel place les parents de Lou devant des choix éducatifs et en évalue l’efficacité immédiate et à plus long terme.
Le CD-Rom fonctionne comme un simulateur de situations éducatives, en tenant compte de l’impact du stress et de la fatigue sur le fonctionnement familial, de l’importance des variables environnementales. Il propose également un ensemble de « règles d’or » agissant comme des points de repère.
Ce logiciel est conçu pour être toujours utilisé avec l'accompagnement d’un professionnel de la guidance. Parlez-en donc à votre médecin.
Le CD-Rom est en français, en anglais, en allemand et en espagnol. Il est accompagné d’un manuel en français et en anglais donnant des indications sur ses fondements théoriques et des conseils d’utilisation à destination des professionnels de la guidance éducative.
Cet outil peut être commandé au prix de 150€, auprès des Presses universitaires de Louvain.

EN SAVOIR +

Pour cette recherche sur les enfants difficiles âgés de 3 à 8 ans, l'équipe d'Isabelle Roskam a recruté en trois temps des enfants âgés de 3, 4 et 5 ans. Chaque cohorte était divisée en deux : un groupe d'enfants difficiles et un groupe témoin, constitué d'enfants ne manifestant pas de problème particulier. Chacune a été testée à trois reprises pendant trois ans, ce qui a permis d'analyser la trajectoire d'enfants entre 3 et 7 ans. Au total, 121 enfants difficiles et 286 enfants « normaux » ont été intégrés dans cette recherche.
Une des originalités de cette recherche était que l'équipe a travaillé non seulement avec les enfants et leurs parents, mais aussi avec leurs enseignants, afin d'éclairer le comportement de l'enfant dans son milieu scolaire comme dans sa famille. L'équipe de chercheurs était pluridisciplinaire, composée de psychologues, de médecins, de logopèdes, de neurologues, tous spécialistes de l'enfance.