Vie de parent

Voyageons en livres

Voici l’été et ses promesses de vacances… Pour ceux et celles qui partent ou… qui restent à la maison, voici quelques propositions de livres pour la jeunesse qui invitent aux voyages et à la découverte par la puissance de leurs illustrations, la portée des mots et l’imagination de leurs auteur·e·s. Prêt·e·s à embarquer ?

Voyageons en livres

► Cette nuit, on part en vacances

Partir en voyage de nuit, c’est une grande aventure ! Combien de parents n’ont pas la nostalgie de cette ambiance intemporelle ? Manifestement, Charlotte Bellière et Ian De Haes, prix Scam 2019 de la littérature jeunesse pour Le Géant ou l'incroyable aventure des émotions (Alice), savent de quoi ils nous parlent tant leur album sent le vécu : la voiture à charger, les yeux qui tombent de sommeil, l’excitation générale, le monde endormi alentour, les lumières qui défilent, la chaleur de l’habitacle, les erreurs d’itinéraire, les disputes, les pauses-pipi, le ronronnement du moteur, les pique-niques nocturnes... Et la beauté d’un lever de soleil sur un nouveau paysage. Ian De Haes joue à nouveau des variations de teintes et de lumières pour ce road movie familial, dont il rend à merveille l’atmosphère intime.
Cette nuit, on part en vacances, de Charlotte Bellière et Ian De Haes (Alice - Histoires comme ça) Dès 5 ans.  

► Qu’y a-t-il sous la mer ? 

Achille, le chien, retrouve Cornil, le canard, à la plage. Le premier va aider le second à retrouver le coquillage qu’il a perdu. Comment ? En… vidant la mer ! Animaux et humains au coude à coude se joignent à eux. Les habitants de la mer sont momentanément accueillis dans une piscine, une fontaine ou une baignoire. Une fois la mer vidée, les voilà partis à la découverte d’un univers fascinant. Les doubles pages fourmillent de personnages dessinés avec réalisme, qui, notez-le, arborent tous un délicat sourire, bien que les problèmes ne soient pas ignorés. Qu’y a-t-il sous la mer ? est un album qui offre, à la fois, un imagier instructif, une histoire qui enchante ainsi que des dessins tendres, frais, lumineux comme une eau cristalline.
Qu’y a-t-il sous la mer ?, de Maud Sene (L’École des loisirs) De 3 à 6 ans. 

► La montagne à la mer 

L’éternel dilemme : prendre des vacances à la mer ou à la montagne ? Grand Chien veut aller à la mer, Petit Chat à la montagne. Impossible de se décider… Qu’à cela ne tienne, Petit Chat décide de construire la montagne… à la mer. Du pur Rascal qui, dans ses histoires, sait se mettre à hauteur de la logique enfantine. L’auteur et illustrateur belge est rejoint au dessin par son ami Peter Elliott, sorti de l’atelier graphique de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Ses dessins traduisent avec simplicité l’amitié et la joie de vivre de ce chien et de ce chat dont c’est ici le premier épisode d’une nouvelle série. 
La montagne à la mer, de Rascal et Peter Elliott (L’École des loisirs - Pastel) Dès 4 ans. 

► Une belle journée 

« La radio annonçait incendies, ouragans et faillites ». « Le musée d’Histoire naturelle avait fermé ses portes ». « Au skate-park, il n’y avait pas grand monde ». Tout cela pourrait faire penser à une pandémie et à un confinement. Il n’en est rien. Il s’agit plus simplement du quotidien de Rosie, dont les parents voient tout en gris. Mais la gamine a de la joie de vivre à revendre et une balade à vélo suffit à lui faire découvrir monts et merveilles merveilleusement colorés. Avec ses deux copains, elle imagine les habitants originaux qui pourraient vivre dans les maisons qu’ils croisent. Sa fraîcheur imaginative est tellement colorée que Rosie parvient même à se faire offrir un cornet auprès d’un glacier et des crêpes chez son père. La gamine se dit que, décidément, les adultes feraient mieux d’aller se promener plutôt que d’écouter les mauvaises nouvelles de la radio. Avec elle, c’est certain, on va passer un chouette été. Après La tête en vacances, chez Actes Sud junior en 2013, et Le nombril du monde, au Rouergue en 2017, Anne Laval poursuit ses voyages imaginaires dans des livres-peintures.
Une belle journée, d’Anne Laval (Rouergue) Dès 4 ans. 

► Fatou du monde 

Voici un album qui entraîne aux confins du monde, des confins non confinés. Les livres peuvent avoir un pouvoir inouï. Une gamine née au Groenland reçoit de ses parents le prénom de Fatou, après avoir lu un livre de la bibliothèque de leur village. Un livre qui racontait la vie quotidienne si différente d’une petite Fatou au Sénégal. Fatou des glaces se met à rêver à Fatou des sables. Elle grandit sur sa banquise, au milieu des phoques, des chiens de traîneau et du Piterak, un vent terriblement glacial. Jusqu’au jour où…
Un album présenté comme un conte par l’éditeur, mais la réalité ne peut-elle pas, parfois, rejoindre l’imagination ? Un album voyageur comme son illustratrice Judith Gueyfier, qui aime montrer les multiples cultures du monde. Un album par-delà les océans. Un album qui crée des ponts là où tant d’autres construisent des murs.
Fatou du monde, d’Angélique Thyssen et Judith Gueyfier (Rue du monde - Couleur carré). Dès 5 ans.  

► Plasticus maritimus 

Pour terminer, voici un livre documentaire pour ceux et celles qui feraient un saut à la mer du Nord (ou sur une autre plage) cet été. De prime abord, le titre Plasticus maritimus ne fait guère rêver. Mais derrière la volonté de sensibiliser les mômes aux dangers du plastique pour la faune et la flore marines, il y a un guide pratique bourré d’informations scientifiques et d’anecdotes passionnantes, racontées simplement et de manière vivante. Avec ses angles arrondis, son format pratique, ses nombreux dessins et photos, ce carnet de terrain aborde mille sujets qui en apprendront pas mal également aux adultes.
L’auteure, la Portugaise Ana Pêgo, a suivi des études de biologie marine à l’université de l’Algarve, c’est dire si elle connaît son sujet. Elle se consacre désormais à des projets d’éducation environnementale. Enfant, elle vivait près d’une plage, un chouette jardin comme elle dit. Amoureuse des bords de mer, elle a imaginé cette nouvelle espèce invasive, le Plasticus maritimus, et tous ses dérivés.
Ana Pêgo ne se limite pas à constater les dégâts, elle propose également de se retrousser les manches et de devenir activiste pour l’environnement et la santé. Chaque constat est accompagné de trucs et astuces pour arriver à un usage plus raisonné de ce produit omniprésent dans notre quotidien familial. Elle poursuit d’ailleurs ce projet de sensibilisation sur sa page Facebook, Plasticus maritimus, où elle raconte ses découvertes au jour le jour. Le livre a reçu la mention Non-Fiction du Children’s Book Fair 2020 à Bologne, rendez-vous européen du livre jeunesse. 
Plasticus maritimus, une espèce envahissante, d’Ana Pêgo, Bernardo P. Carvalho et Isabel Minhós Martins (L’école des loisirs) Dès 9 ans. 

Michel Torrekens

Le coup de heart

Là-bas

Attention, chef-d’œuvre. À l’aube d’un nouveau jour, un jeune garçon se prépare à embarquer sur un frêle canot. Dans son sac à dos, peu de choses : un livre, une gourde, une couverture, une tasse à thé. Celle-ci contient « une poignée de terre de l’endroit où il avait tant joué ». Son périple oscille entre moments de terreur et de sérénité. Quand il observe un albatros, une baleine, des nuages, son imagination vagabonde, vagabonde, vagabonde… Rien n’est dit sur son passé. Seul importe ce qui vient, le futur même incertain qui se dessine.
Et en parlant de dessins, Là-bas est avant tout un voyage esthétique, pictural. Artiste né en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Matt Ottley peint à l’huile des scènes monumentales, des marines impressionnantes, avec le souci du détail, de la perspective et du mouvement endiablé des flots. Peu de mots, pour laisser la place à des fresques oniriques où la mer et le ciel interagissent et accompagnent les espoirs de l’enfant. 
Là-bas, de Rebecca Young et Matt Ottley (Kaléidoscope) De 6 à 66 ans.