Vie de parent

Web et Porno

Adolescence + web + porno. Un trio indissociable. Comme si médias et adultes tombaient des nues. « Mon fils sur des sites de ce genre ? Jamais ! » ; « Ma fille ? Elle n’y a jamais pensé ». Il est grand temps de bousculer un grand nombre d’idées reçues et surtout de dédramatiser le sujet. Trop facile ? Bien sûr que non !

Web et Porno

Ce que pense l’expert 

Arnaud Zarbo, psychologue au centre Nadja, spécialisé dans le traitement et la prévention des dépendances

« Ne culpabilisons pas les jeunes »

La société se braque souvent sur le porno, le web et les ados. Plutôt que d’évoquer autre chose. L’amour. Le plaisir. Votre rôle de parent ? Poser des balises avec en ligne de mire une sexualité comprise et épanouie. Ne « pathologisez » pas, ne collez pas d’étiquettes. Ces catégories engendrent le plus souvent de la culpabilité.

Chez les filles de - de 15 ans

Ce qui a changé chez les très jeunes adolescents, c’est que, jusqu’il y a peu, on estimait qu’une jeune fille sur le porno, c’était louche. Un garçon, lui, y faisait ses premières armes. Bien sûr, il reste des progrès à faire. Le porno - et son accès sur le web - est un débat trop tranché. On globalise des difficultés mineures, alors que l’immense majorité des jeunes va bien en termes de santé sexuelle. On ne relève pas de surcroît de nymphomanes chez les adolescentes.
De plus, il y a toujours cet énorme tabou qu’est la masturbation féminine. Vous entendrez dire qu’une fille va sur le web pour s’informer des pratiques et un garçon pour se stimuler. Qu’en sait-on ? Bien sûr, il est tout à fait normal que les adultes - en particulier les parents - soient gênés d’aborder ce sujet.
Deux choses mettent mal à l’aise : la sexualité des enfants et celle des adultes. Face au web, à son immédiateté, aux clichés véhiculés, l’enjeu porte sur l’éducation à la sexualité qu’on veut inculquer à son enfant. L’une, tabou, pleine de principes ou l’autre, compréhensive, ouverte et curieuse. Comme nous le verrons plus loin, les ados de cet âge ont besoin de savoir que les adultes sont en back up sur ces questions. Même de loin.

Chez les filles de + de 15 ans

L’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas bougé en presqu’une décennie. Il est toujours de 17 ans pour les filles, c’est dire le peu d’influence du web porno sur nos gamins. Ce qui est inédit, c’est l’égalité à avoir une sexualité plus épanouie. Une éducation féminine liée au porno ? Pas seulement. Il y a les valeurs familiales, les rencontres… et la pornographie n’apporte qu’une couleur à tout cela.
Dans le réel, le corps reprend ses droits. Peu importe les images. Peu importe qu’elles soient crues. Finalement, le porno sert avant tout à se faire des films. Pourquoi ? Parce que le choix des scènes, le goût pour les acteurs, les situations, tout cela ne fonctionne que si cela participe aux fantasmes.
Vous pouvez interroger votre fille sur ce qu’elle pense de l’image de la femme dans le porno, rarement à son avantage. Avancez avec bienveillance et ouverture. Elle doit comprendre qu’elle peut en parler. Rappelez que tout ça participe à sa vie intime. Ce qui n’empêche pas qu’elle ne doit pas garder pour elle des choses qui l’intriguent.
L’idéal, c’est de ne pas attendre de s’apercevoir qu’elle navigue en eaux troubles. Vous pouvez trouver un adulte de référence et de confiance pour vous assurer qu’elle a quelqu’un pour échanger, se confier ou parler. Soyez compréhensifs, c’est un processus tout à fait normal dans la quête de l’identité de votre enfant.

Chez les garçons de - de 15 ans

Un pré-ado va découvrir par accident une image sur l’ordinateur familial. D’emblée, il ne la comprend pas. Normal. Vous pouvez simplement lui dire : « C’est un truc de grand ». Pas plus. Pourquoi ? Son imaginaire n’a rien à voir avec les nôtres, êtres sexués. On pense tout de suite « traumatisme », parce que l’incident est lié au sexe.
Ce n’est pas parce que la sexualité rentre en jeu que ça a forcément un impact. Il va peut-être rejouer la scène pour s’aider à comprendre avec une console, des jouets. Dans tous les cas, pas de panique. Interrogez-le sur les éventuelles peurs qu’il peut ressentir. Faites-lui comprendre que quoi qu’il se passe, quoi qu’il ressente, vous vous en chargez.

Chez les garçons de + de 15 ans

Il est grand temps de bousculer une idée reçue : même aujourd’hui avec internet, le porno n’est pas le premier canal de découverte. Eh non ! Le premier, vieux comme le monde, ce sont les bonnes vieilles discussions avec les potes. On se fait mousser. On raconte pas mal de bêtises et on est obligé d’en passer par là.
Quand on y repense une fois adulte, on se rend compte à quel point on a pu être ridicule. On a fait des erreurs, on a dit des énormités, on est allé chercher du contenu extrême comme on voit un film d’horreur. Ce n’est pas parce que vous regardiez Les griffes de la nuit petit que vous vous êtes mis à zigouiller tout le voisinage. C’est pareil avec le porno : il s’agit là d’exploration.
Par exemple, pas mal de parents s’inquiètent de tomber sur un historique avec des scènes gays. C’est du même acabit. Ne figez pas votre enfant dans une orientation sexuelle. Tout est en construction. N’oubliez pas que vous êtes son guide, mais jamais un prescripteur. Il n’y a pas une bonne sexualité. Il y en a où l’on se trouve malheureux, certes, souvent parce qu’on ne les comprend pas.
Et n’oubliez pas non plus que la pornographie n’est qu’une composante de la sexualité de votre enfant. Tout ceci ne veut pas dire que le porno 2.0 est magique. Mais il peut être la base d’une discussion passionnante. C’est ça qu’il faut creuser. C’est ça qu’il faut atteindre.

Ce qu’en pensent les parents ?

« À l’aise comme un papa peut l’être »
Quand on était ados, on n’avait pas le porno sur internet comme les gamins d’aujourd’hui, c’est vrai. Mais on faisait tourner les VHS, les magasins pullulaient de revues. On a grandi avec cette culture. Je ne pense pas que le web change grand-chose si ce n’est qu’il est plus immédiat, plus présent. On en parle très librement avec mon fils. Je lui ai même fait découvrir un site que j’aime bien qui parle du porno avec une certaine intelligence. Mais vous n’allez pas mettre le lien dans le Ligueur ? (En effet, ndlr)
Même chose pour votre fille ?
Bon, là, je rejoins le doc, c’est plus tabou pour un papa. Je sais que sa mère a abordé le sujet avec elle. Je ne sais pas vraiment ce qu’il en est. Rien que le coup du petit copain, j’ai été le dernier informé. On aborde les questions liées à la sexualité par des petites blagues à table tous ensemble. On plaisante sur nos performances de dinosaures, ça les fait hurler. Mais aller plus loin et plus sérieusement dans la discussion, c’est trop difficile pour moi.
Olivier, une fille de 14 ans, un garçon de 16 ans

« Sans peur et sans reproche »
J’ai découvert par pur hasard, sans fliquer ni rien, que ma fille allait sur de drôles de sites avec « X » dans les titres ! J’ai été très amusée. Je lui en ai parlé, sans aucun problème. On vit toutes les deux et on a toujours eu une relation transparente. Elle ramène des copains. J’en ramène aussi… moins souvent ! Ce qui est intéressant, c’est qu’elle était parfaitement à l’aise avec le sujet. Ma propre mère m’aurait prise sur le vif, je changeais de pays. Elle m’a même conseillé des sites avec des auteurs qui se mettent à hauteur de femme. On appelle ça du porno féministe. Une foutaise, à mon sens. C’est comme si on parlait de boucher végétarien !
Gabola, une fille de 17 ans

« C’est le vice »
Alors là, je suis outré. Tout le monde trouve ça normal que les ados passent leur temps à regarder des vidéos pornos à la maison, entre eux, à l’école. Personne ne soulève le fait que ça pervertit nos enfants ? Et en plus, il faut en parler ? Les encourager aussi, peut-être ? Tiens, pourquoi ne pas en regarder avec eux ? Vous allez bien trouver un psy qui défend cette thèse. Chez moi, c’est interdit. L’ordinateur et internet servent aux devoirs. Les gamins n’ont pas de smartphones, pas de tablettes.
Trésor, deux fils de 15 et 17 ans

« Ça peut-être un problème »
Ce qui est étrange, c’est que ce monsieur qui vient d’un centre qui traite de dépendance n’évoque pas le fait que l’on puisse tomber accro au porno. C’est même l’une des grandes addictions sur le net, chez les adultes, comme chez les ados. Je sais de quoi je parle puisqu’on soupçonne fort notre fils d’en être victime. Il n’a pas de rapports avec le monde extérieur, il se masturbe jusqu’à sept fois par jour. Il lui est même arrivé de regarder des vidéos alors qu’on était juste à côté. Je ne souhaite ça à personne. Il est aidé maintenant, mais ça me semble important de signaler aux parents de prêter attention à ces débordements très de notre temps (Voir chapitre : web et addiction, ndlr).
Yannick, un fils de 16 ans

« Le téléphone arabe »
Je vis seule avec mes deux enfants. Tout ce qui a trait aux visites chez le gynéco, le boyfriend de ma fille qui vit sous notre toit, nous permet d’évoquer un peu la sexualité et parfois on parle de sites classés X, oui, c’est vrai. Ma fille, ce n’est pas son truc. Mais on s’amuse des histoires insolites que nos copines nous relatent. Des scenarios kitsch, des idées stéréotypées, etc. C’est notre façon d’en parler de façon ludique et décomplexée.
Même chose pour votre fils ?
Absolument pas. Déjà parce que ça le mettrait mal à l’aise. Ensuite, parce que je me sens incapable de parler d’excitation, de fantasmes, de masturbation avec lui. Alors, j’ai une solution toute simple : le boyfriend de ma fille. Comme papa a foutu le camp, j’ai relégué la tâche à ce jeune homme de plus de cinq ans son aîné. Je surveille de loin. Le téléphone arabe familial ne fonctionne pas trop mal. Par ma fille, je suis un peu les discussions, sans être trop intrusive. De toute façon, une mère ne l’est jamais !
Karine, un garçon de 16 ans et une fille de 19 ans

Yves-Marie Vilain-Lepage

En savoir +

  • loveattitude.be rassemble toute l’info autour de la vie affective, relationnelle et sexuelle ainsi que les centres de planning familial les plus proches de chez vous.
  • Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial : Pour toutes les questions qui vous passent par la tête, n’hésitez pas à vous référer à ce centre.
  • Zanzu.be : ce site au graphisme volontairement minimaliste est une mine d’or. L’idée est de s’adresser aux jeunes migrants. Traduit en 17 langues à l’écrit et à l’oral, il fourmille d’informations qui vont être utiles à bien des ados. Preuve s’il en est que la sexualité n’a pas de frontières.