16/18 ans

Wesh, ma caille, on s’enjaille

Loin de leurs darons, ils sont posey, oklm. Ils ont le swag, parfois le seum… et il faut bien avouer qu’on ne comprend pas toujours de quoi ils causent exactement, nos grands ados. Le Ligueur est parti sur les traces langagières des jeunes avec sous le bras le Dictionnaire ado-français de Stéphane Ribeiro.

Wesh, ma caille, on s’enjaille

Loin de vouloir se mettre à parler comme les ados, on a voulu découvrir et comprendre les expressions « in ». Premier constat, de nombreux mots ou interjections utilisés par nos ados ne semblent pas toujours avoir une signification précise. C’est le cas de « wesh », qui vient d’un mot algérien signifiant « quoi » et qu’on peut placer à peu près n’importe où dans une phrase. À noter que « Wesh, ma gueule », signifie : « Oui, mon pote », de manière très affectueuse.
« Quand petit frère me dit : ‘Wesh ma zus’, c’est super gentil », illustre Carmen, 22 ans. Même topo pour le « Sissi » qui revient chez certains comme un tic de langage. Idem pour « Afou » que Mo’, 15 ans, utilise beaucoup. « Afou, elle a fait un salto dans la cour, afou, c’était trop bien, afou », raconte-t-il dans le métro.
Pour approuver toutes ces déclarations, les jeunes ne disent pas tous « Oui, je suis d’accord » ou « Vraiment ? ». Beaucoup optent pour un « J’avoue, j’avoue », « Ouais, grave » ou « Sérieux ? ». Ou encore pour « aight », dit avec une voix bien grasse. Contraction de « alright », « aight, s’est fort répandu suite au film Fatal », explique Antoine, 23 ans. Cyril, 17 ans, utilise parfois « yolo » en début ou fin de phrase. Abréviation de « You only live once », c’est un peu le Carpe diem de ces jeunes qui estiment l’expression latine désuète.
Pour désapprouver, c’est « ou pas ». Ou « osef », contraction de « on s’en fout ».

Un peu d’anglais, un peu de verlan

Sans surprise, l’anglais est une fameuse source d’inspiration pour nos ados dont la connexion internet ne connaît pas de frontières. Ainsi, on voit apparaître le verbe « bader », qui vient tout droit de l’anglais « bad ». « L’interro était trop dure ce matin, j'ai trop badé », nous dit Cyril, 17 ans.
Autre anglicisme : « clash ». « Lors d’une dispute à l’oral, on dit ‘Oh, j’l’ai clashé’ quand on a remis quelqu’un à sa place. Avant, on disait : ‘cassé’ comme dans Brice de Nice. Avant encore, on disait ‘C’est la vérité qui blesse’ », explique Benoît, 18 ans.
Le « best », c’est le meilleur ami (best friend, en anglais). Le mot « swag » aussi vient de l’anglais. « On dit ‘il a le swag’ quand il a un style vestimentaire à la pointe. Mais on dit aussi ‘C’est swag’ quand c’est cool », déclare Noémie, 21 ans.
Et « chiller » ? Ça vient aussi de l’anglais : to chill out, signifiant « se relaxer ». « Là, je suis dans le canapé, je chille », m’écrit sur Facebook Cyril, 17 ans.
Mais ce n’est pas tout. Le verlan, qui inverse les syllabes d’un mot, est toujours d’actualité. Ainsi une personne à l’allure bizarre sera « chelou », un prof qui donne « blindé » de devoirs sera « relou » et un fumeur de cannabis peut-être complètement « foncedé ». De même, quand un jeune conclut avec une demoiselle, il peut se vanter de l’avoir « pécho ». S’il s’est pris un râteau, par contre, il peut être « vénère », pour énervé.

Des expressions du… XVIIIe siècle

Et puis, à côté des mots en verlan ou anglais, il y a les expressions stars du moment. « Bolos » en fait partie. Ni spaghetti bolo’, ni beau gosse, « bolos » ou « bolosse » est « une insulte adressée à quelqu’un qui ne réfléchit pas quand il agit ou qui est mal habillé », explique Benoît, 18 ans. « Cassos », vient de cas social et désigne un boulet, souvent bouc émissaire de sa classe.
Le mot « daron », existant depuis le XVIIe siècle, revient en force aujourd’hui lorsque les jeunes parlent de leurs parents. L’expression « passer crème » convient tant pour un créneau bien réussi en voiture que pour une tenue très jolie. « On est posey » signifie qu’on est juste bien.
« Avoir le seum », c’est avoir la haine ou le cafard. Le contraire, c’est « se taper des barres » quand on partage de gros fous rires ou « s’enjailler », quand on s’amuse.
Bien sûr, il existe encore un paquet de nouvelles expressions, mais parents et enseignants, ne les utilisez surtout pas, elles seraient aussitôt dépassées.

Estelle Watterman

En pratique

Codes SMS

Le langage écrit a également ses propres codes pour nos jeunes accros aux SMS et réseaux sociaux. En voici un aperçu :

  • Afk : away from the keyboard. « Il est afk », signifie : il est absent, pas connecté pour l’instant.
  • Epic fail : plantage mémorable. Pour commenter une photo d’une nana en robe de bal qui pose devant un W.-C., par exemple.
  • No fake : pour préciser que l’image en question n’a pas été retouchée.
  • Oklm : au calme. Signifie : on est posé, cool.
  • T ‘es co ? T’es connecté ?
  • Tmtc : toi-même tu sais, s’écrit lors d’un délire partagé.
  • Tqt ou tkt : Ne t’inquiète pas.
  • WTF : What the f*ck ? Exprime de la surprise face à une bizarrerie ou de l’énervement.


Et puis, si les abréviations sont très courantes à l’écrit, les smileys, par contre, sont utilisés avec parcimonie, sous peine de passer pour un kikoolol. « Un kikoo, il utilise tellement de smileys que la lecture de ses messages est assez pénible », explique Benoît.

En coulisses

L’interview de Benoît, 18 ans, s’est déroulée en présence de son papy, André, 71 ans. Rigolo, quand le jeune m’explique du bout des lèvres que la « schnek », désigne le sexe féminin. Qu’être en chien (ou en iench), c’est être en manque de sexe et que « Fap fap fap », désigne le bruit d’une masturbation.
Discret, mais curieux, le papy s’intéressait à ces nouveaux mots : « Pécho, chopé, j’ai compris. Je peux dire : je me suis pécho un rhume alors, c’est ça ? », demande-t-il, rieur. « Oui, tu peux même dire que tu ‘kiffes’ le scrabble », enchaîne son petit-fils. « Je ‘sniffe’ rien du tout moi !, répond André avant d’ajouter : en fait, Benoît, tu surveilles ton langage quand tu me parles… parce que là, je ne comprends rien de ce que tu dis à la journaliste ». Eh oui, nos ados caméléons sont de sacrés polyglottes, l’air de rien…