Yves Baukens, sage-femme... homme

Yves Baukens, 55 ans, nous attend à la maternité des Cliniques de l’Europe, à Bruxelles. À notre arrivée, dans une pièce près d’un couloir avec des bouquets de fleurs au sol, il est en pleine discussion avec son équipe. Pause-café ou réunion : l’ambiance est décontractée, conviviale. À l’image de l’homme… sage-femme.

Yves Baukens, sage-femme... homme

Né en 1959, à la fin du… baby-boom, rien ne destinait Yves Baukens à devenir sage-femme. « J’ai terminé mes humanités à 17 ans, j’ai toujours été un an en avance, en décalage avec mes condisciples. Être isolé dans un groupe ne m’a jamais posé de problème. Je suis resté longtemps dans l’enfance, avant de passer brutalement à l’adolescence, animé d’un idéalisme, celui d’aider les autres. »
Trois métiers le titillent : fermier, policier ou infirmier. « Pour reprendre une ferme, il fallait du terrain et des sous que je n’avais pas. L’aspect répressif du métier de gendarme ne me tentait pas. Par contre, devenir infirmier me permettait d’accéder à un métier physique, intellectuel et riche en contact avec les gens. » Le voilà donc en recherche d’une école. Il bute sur une première difficulté : « L’école la plus proche de mon domicile exigeait qu’au moins trois hommes s’inscrivent. Comme ce n’était pas le cas, j’ai dû en chercher une autre. »
Yves reconnaît qu’il n’était pas toujours évident d’être un homme seul parmi des femmes. « Surtout quand on est jeune, en recherche de contacts et d’expériences. L’homme ne sait pas toujours où donner de la tête, dit-il avec un sourire dans sa barbe poivre et sel. Si on n’est pas clair dans ses relations, on peut se laisser entraîner dans des aventures, surtout à cette époque d’après-Mai 68. »

Infirmier en chef / Hoofdverpleegkundige

Yves commence sa formation d’infirmier. À cette occasion, il réalise des stages en maternité dans deux hôpitaux différents. « Pour l’un, c’était le début des naissances sans violences ; pour l’autre, par contre, on était plus dans un esprit ‘nonnette’, qui voulait qu’on accouche dans la souffrance et la douleur. J’y ai vu des accoucheuses parfois très dures. Du coup, je me suis dit qu’un homme ne pouvait pas faire pire que certaines femmes dans ce métier ! Aujourd’hui, on compte une vingtaine d’hommes dans la profession, en Belgique francophone. »
Après une licence en sciences hospitalières et sa formation d’infirmier, Yves s’inscrit dans une école qui venait d’ouvrir la spécialisation ‘sage-femme’ (formation d’un an à l’époque, après le diplôme d’infirmier).Son épouse, infirmière elle aussi, le soutient dans ses études.  « Une Néerlandophone rencontrée pendant mes stages. Elle m’a ‘entretenu’ pendant cette formation, mais aussi durant mon service militaire ! Le mystère de la naissance, en tant qu’homme, on n’y participe pas beaucoup. On accompagne, on observe. Cela m’intéressait d’approcher ce mystère de plus près. Oui, j’aide des dames à accoucher, à allaiter, à donner le bain du bébé… »
Yves travaille d’abord dans divers services hospitaliers et en maisons de repos. Depuis dix ans, il est responsable d’une équipe de sages-femmes. Sur son tablier blanc, une étiquette : ‘Infirmier en chef / Hoofdverpleegkundige / Head nurse’. Son diplôme mentionne le mot ‘accoucheuse’. Quant au terme de sage-femme qui, soulignons-le, ne lui a jamais valu de moqueries, Yves y tient : « Le nombre d’hommes dans la profession ne justifie pas qu’on change le nom. En plus, l’Europe a reconnu la profession sous cet intitulé et créé, sur cette base, une égalité de diplômes entre les pays et une autonomie par rapport au monde médical. » Ce qui permet depuis quelques années à de plus en plus de sages-femmes d’exercer leur métier comme indépendantes et dans des maisons de naissance externes aux hôpitaux.

Le mouvement de la vie

« C’est un métier riche en contacts avec des êtres humains, avec leur dynamique de vie. Quand une femme est heureuse, son bonheur rayonne. Si c’est le plus beau métier, il peut aussi être le pire des métiers, quand ces couples sont confrontés à un décès, un handicap… Alors qu’ils sont abattus, nous devons les aider à repartir dans le mouvement de la vie en étant présents, en écoutant, en recevant cette souffrance, pour qu’ils ne la gardent pas en eux. C’est assez difficile car ce n’est pas dans l’ordre des choses… C’est à chaque fois une souffrance différente, parce que ce sont des personnes différentes, ce qui fait qu’on ne s’y habitue pas. L’important est d’apprendre à vivre avec ses émotions. Mettre des mots permet de les exorciser et de ne pas être englouti dans le malheur des gens pour pouvoir les aider. »
Son métier de sage-femme, Yves en évoque la diversité, par exemple lorsqu’il se trouve face à des jeunes femmes enceintes dont la famille ignore totalement la situation ou encore lorsque des bébés restent en néo-natale jusqu’au moment où ils peuvent entrer en pouponnière. « Ce n’est pas seulement un enfant à nourrir, mais aussi un enfant qui recherche chaleur, contact, amour et nous ne sommes que des palliatifs. On essaie simplement d’éviter qu’ils restent seuls dans leur berceau. »
En dix ans, Yves a vu aussi bien des changements. Notamment une diversification des familles. Si elles étaient majoritairement belges auparavant, elles viennent aujourd’hui d’horizons culturels multiples. « Ces parents ont leur mentalité et leur approche de la naissance. Ils peuvent être perdus, surtout s’ils ne maîtrisent pas notre langue. La culture hospitalière doit s’adapter, par exemple au niveau des menus, des visites, qui ne se passent pas de la même façon avec une maman hongroise ou avec une maman africaine. Parfois, c’est associer l’eau et le feu, avec la souplesse nécessaire pour trouver des compromis ! »

Michel Torrekens

En pratique

LES « SAGES » CONSEILS D’YVES BAUKENS

  • Un accouchement est vécu souvent  comme une épreuve. Il faut apprendre aux parents à se faire confiance et à faire confiance à leur enfant. Si on emprisonne l’enfant parce que l’on est stressé, on l’empêche de se développer harmonieusement. Il faut faire confiance à la nature. Dans la majorité des situations, c’est la femme qui accouche et nous ne faisons que l’accompagner. 
  • Rester maître à bord, dans le sens où ce n’est pas l’enfant qui dirige la vie de la maman. Cela signifie aussi que l’on se prépare à la naissance d’un enfant et puis à son éducation. Or, il n’y a pas de cours pour devenir parent : cela reste un pari sur l’avenir. 

En savoir +  

  • Aujourd’hui, la formation de sage-femme, indépendante de la formation d’infirmière, est de quatre ans en Fédération Wallonie-Bruxelles.
  • Il est né ? Suivez votre petit pas à pas, jusqu’à ses 3 ans, avec le Ligueur et mon bébé. Pour l’obtenir, appelez le 02/507 72 11 ou communiquez vos coordonnées et la date de naissance de votre enfant sur info@liguedesfamilles.be
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