Vie de parent

Yves Coppieters : « D’un point de vue purement épidémiologique, laisser les maternelles ouvertes, ce n’est pas cohérent »

Suite aux mesures prises ce mercredi par le Comité de concertation, plusieurs questions nous ont été posées par les parents. Notamment sur les raisons qui ont poussé à telle ou telle décision. Notamment d’un point de vue épidémiologique. Les réponses, nous avons été les chercher du côté d’Yves Coppieters, épidémiologiste.

Yves Coppieters : « D’un point de vue purement épidémiologique, laisser les maternelles ouvertes, ce n’est pas cohérent »

Yves Coppieters examine avec attention l’évolution de l’épidémie depuis le début de l’année dernière. On le voit souvent sur les plateaux télé commentant à chaud les décisions du Codeco. Mais on l’a aussi entendu à la Chambre, dans les cadre des auditions de la commission spéciale Covid, avec un recul parfois très critique et une expérience qui lui permet d’analyser la situation avec une vision globale éclairante. Ce n’est pas pour rien qu’en 2020, les députés lui avaient demandé de rédiger un rapport pour les aider à évaluer la gestion de l’épidémie par la Belgique. Ici, ce n’est donc pas aux députés, mais bien, à vous, parents que répond Yves Coppieters.

1. Pourquoi garder les maternelles ouvertes et fermer les autres niveaux ?  

Je pense que c’est un choix destiné à aider les parents qui ont des jeunes enfants. Pour leur permettre de télétravailler, pour ne pas les inciter à laisser les enfants chez les grands-parents qui sont à risques et pas vaccinés. Mais d’un point de vue purement épidémiologique, ce n’est pas cohérent. Sur le plan sanitaire, on a compris que le virus circulait bien dans les écoles. Les enseignant·e·s de maternelle sont potentiellement plus à risques. Parce qu’ils ont plus de proximité physique avec les jeunes enfants, avec moins de gestes barrière. Il n’y a pas d’éléments qui disent que le virus circule moins dans cette classe d’âge-là que dans les classes primaires. C’est un choix, à mon sens, destiné à libérer une pression qui pèserait sur les jeunes parents.

2. Fermer les écoles pendant trois semaines, puis un retour full time le 19 avril, c’est cohérent ?

La fermeture pendant trois semaines va avoir un impact sur le court et le moyen terme. Cela va diminuer la circulation du virus. Mais si les activités reprennent full time pour les primaires et le secondaire le 19 avril, je pense que la remontée va être rapide parce que le virus circulera toujours, il sera toujours là. La vaccination, elle, n’aura pas fondamentalement changé, puisqu’il faudra attendre fin mai pour que tous les plus de 55 ans soient vaccinés. Bref, il y aura normalement un niveau plus faible de l’épidémie au 19 avril, mais le virus va recirculer très rapidement. D’autant plus qu’après ces trois semaines de confinement, il y aura un risque de relâchement psychologique plus fort après.

3. Le retour full time dans le secondaire, le 19 avril, c'est possible ?

Ce retour à 100% est sans doute une mesure bonne et nécessaire sur le plan social, psychologique, pédagogique. Mais d’un point épidémiologique, je ne suis pas sûr qu’ils auront toutes les cartes, après trois semaines, pour être rassurés sur le fait que tout le monde reprenne l’école.

4. Le masque pour les 5et 6e primaires, une bonne mesure ?

C’est un tout « petit sparadrap », par rapport à une problématique plus complexe dans les écoles. Situation qui est liée aux cours de récréation, aux interactions sociales en marge des moments de classe. Je pense que c’est franchement une petite mesure qui ne va pas fondamentalement changer les choses. Alors oui, c’est toujours utile parce que c’est un geste barrière. Et si un enfant est contaminant, il va moins contaminer avec un masque. Mais pour ça, il faut que le masque soit porté correctement, à tout moment. Il faut que les parents aient une capacité de changer ces masques. Et puis pour les plus jeunes, c’est plus difficile le porter dans les interactions de leur âge, dans leurs jeux. Il faut voir la faisabilité sur le terrain et là je suis moins convaincu.

5. Ces mesures qui touchent l’école sont-elles suffisantes d'un point de vue général ?

Il est beaucoup question de l’école. Mais, au bout du compte, cela concerne une courte période. On parle d’une semaine « out » avant deux semaines de vacances. À côté, qu’est-ce qu’il y a ? L’arrêt des métiers de contact ? Pour moi, c’est une petite erreur de faire ce retour en arrière. Les mesures pour les commerces non essentiels ? C’est peut-être nécessaire pour diminuer les contacts sociaux. Mais à côté de cela, il y a tout une série de situations à risques qu’on va laisser. On sait qu’il y a un relâchement. Les jeunes ne seront pas à l’école, il va faire beau, ça va pousser à sortir, on peut continuer les déplacements non essentiels. Les gens vont bouger, ils vont aller à la mer, dans les Ardennes. Ce qui est très bien si on reste à l’extérieur, mais pas positif si on se retrouve le soir à dix dans un appartement. On s’attaque à certains aspects, mais sans réguler d’autres situations où le risque est réel.

6. Maintenir les stages et arrêter l’école, logique ?

J’imagine que c’est pour laisser des possibilités d’extrascolaire pour les enfants et les jeunes à Pâques. C’est effectivement un peu contradictoire. Mais il y a d’autres mesures contradictoires, c’est clair… Pourquoi le plan plein air at-il été gelé ? Alors que fondamentalement les activités à l’extérieur comportent moins de risques sanitaires et sont bénéfiques sur plan psychologique. Ce sont des paradoxes.  Moi, je n’ai pas d’avis. La décision politique, elle est compliquée. Je ne vais pas m’amuser à critiquer pour critiquer. C’est complexe, je l’avoue, mais il y a des choses étonnantes.

7. Ces mesures, elles vont marcher ?

Tout est au conditionnel. C’est le problème. Il n’y a pas de garantie à 100% que ça va fonctionner. L’augmentation de l’épidémie, elle va continuer dans les jours qui viennent, c’est inévitable. On est dans une phase ascendante. On va arriver à un plateau. Est-ce que les mesures seront suffisantes pour atteindre au plus vite ce plateau ? On ne sait pas le dire. Je le redis, on n’est pas sûr de l’efficacité des quelques mesures qui ont été prises.

T. D.

Sur le même sujet

Confinement renforcé : voici les mesures

Voici les mesures officielles décidées ce midi par le Comité de concertation. Mesure essentielle : les écoles à partir du niveau primaire sont fermées dès lundi.

 

Le chômage temporaire corona aussi pour les annulations de stages

Les informations se bousculent autour du chômage temporaire « Corona ». On savait déjà qu’il était prolongé jusqu'au 30 juin, voilà qu’à présent les parents pourront utiliser ce dispositif si le stage de leur enfant est annulé pour cause de mesures sanitaires durant les vacances de printemps. C’était une demande de la Ligue des familles.

 

Le chômage temporaire corona pour les parents est prolongé jusqu’au 30 juin

Bonne nouvelle pour les parents : si la classe de votre enfant, la crèche ou le centre d’accueil doit fermer car un cas de coronavirus y a été détecté, vous pouvez continuer à bénéficier du chômage temporaire corona pour les parents. Initialement prévu jusqu’au 31 mars, la mesure va être prolongée jusqu’au 30 juin.

 

Finalement, les cours sont aussi suspendus en maternelles

C’était dans l’air. Dans les mesures présentées mercredi, les écoles maternelles restaient ouvertes à la différence des primaires et secondaires. Le vent a tourné. C’est officiel depuis cet après-midi, les maternelles ne feront pas figure d’exception.