Vie de parent

Zapper les écrans

À la gare ou en rue, les publicités s’animent et captivent déjà nos marmots en poussette. Dans la poche ou dans la main, notre smartphone est toujours prêt à être dégainé. À la maison, l’ordi et la télé sont bien incrustés. Et au milieu de tous ces écrans, nos enfants. Alors, dans ce monde ultra-numérisé, comment bien connecter nos enfants ? Éric Willems, chercheur au département Technologie et Éducation de l’UNamur, balise le parcours avec nous.

Zapper les écrans - © Bea Uhart

Il s’ennuie sans tablette

Perrine, maman de Jules, 2 ans et demi
« Ça a commencé dans la salle d’attente du docteur. Jules ronchonnait, rouspétait, s’ennuyait et faisait plein de bruit. Quand il a vu sa photo sur ma tablette, il s’est tu, surpris et concentré. Je lui ai montré des photos. Rien de bien méchant. Puis des petites vidéos. Il était tellement focalisé qu’il ne faisait plus de bruit tant qu’il avait la tablette devant lui. Depuis, il la réclame de plus en plus souvent. »

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Bonne idée ou pas de calmer un bébé devant un écran ? On s’en doute, la réponse est plutôt non, surtout avec un si petit. Il a tant de choses à expérimenter et à découvrir avant de s’attacher aux écrans.

Le cadre. « Le problème, c’est que, souvent, on se pose trop tard la question de la place que prend le numérique, déclare notre spécialiste. On se pose la question quand il prend déjà une place démesurée. Alors qu’on devrait raisonner à l’envers, on devrait cadrer l’outil numérique dès le début. La réflexion doit être faite avant l’introduction de l’objet dans la maison. Pour toutes les autres activités, il y a une gestion. La psychomotricité, c’est de telle à telle heure, tel jour, par exemple. Mais parce que ce sont des nouvelles technologies et que l’adulte se sent disqualifié, il n’y a pas de gestion. Pour moi, la posture parentale à adopter face aux écrans, c’est d’être très restrictif au début et ouvrir petit à petit ». Donc, avant 3 ans, on éteint les écrans, le plus possible.

L’exploration. Sans écran, on offre la possibilité à nos loulous d’explorer leurs corps, d’affiner leur motricité, de développer leur langage … et même de s’ennuyer. « Parce qu’il n’a pas l’habitude de s’ennuyer, on préfère surstimuler un enfant. Or, c’est important qu’il s’ennuie. Ainsi, il peut développer sa créativité », assure Éric Willems. Et si votre petit est vraiment trop bruyant chez le docteur quand il s’ennuie, vous pouvez toujours garder dans votre sac un petit livre à lui raconter.

Le petit dessin animé du soir

Stéphanie, maman de Félix et Manon, 1 an et demi et 3 ans
« La télé, on n’en abuse pas, mais c’est tellement pratique. Le soir, je suis seule avec les enfants, alors pour baigner Félix et préparer le souper, je mets un dessin animé à Manon. J’essaye d’en choisir un doux parce que c’est une sensible qui ne dort pas très bien. J’ai peur qu’elle fasse des cauchemars si je lui mets n’importe quoi. »

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Des problèmes de sommeil après une exposition à un écran ? Notre spécialiste du sommeil des enfants, Geneviève François, le confirme : « Les écrans perturbent le sommeil des petits. Ils sont très stimulants et très néfastes pour le sommeil. Les écrans maintiennent le cerveau en activité et la lumière de l’écran envoie un signal à la rétine qui dit : ‘C’est la journée, pas l’heure du dodo’ ». Normal qu’un enfant ait du mal à s’endormir après un petit dessin animé. Comme nous après une bonne série, d’ailleurs.

Deux heures. Pas assez de sommeil, c’est aussi un facteur de risque d’obésité. « Il faut absolument éviter de mettre un enfant devant un écran dans les deux heures qui précèdent le coucher, poursuit la pédiatre. Pas de télé juste avant le coucher. Et encore moins de tablette ou de smartphone. C’est pire encore, car ils se trouvent tout près de la tête de nos petit·e·s. Ils peuvent difficilement regarder ailleurs et sont complètement happés par cet écran ».

Une histoire. Avant d’aller dormir, mieux vaut privilégier un rituel à base de chansons ou d’histoires. Faites du coucher un moment de qualité, choisissez un chouette petit rituel du soir, sans écran, qui sera un moment de tendresse et de complicité à partager. Un moment de réassurance aussi, après la longue journée de votre petit·e.

La console du grand frère et la musique de maman

Marc, papa de Victoire et Théo, 1 et 14 ans
« Notre poupette de 1 an grandit avec les écrans. On pourrait difficilement faire autrement, elle a un grand frère qui passe son temps devant sa console et une maman qui met des chaînes musicales à la télé. Quand je suis là, je diminue le son et j’ai placé le parc de la petite derrière le fauteuil pour éviter qu’elle soit tout le temps scotchée à l’écran. »

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Réaménager son espace de vie pour protéger son petit des écrans, c’est déjà une bonne idée. L’idéal serait même de les éteindre quand un moins de 3 ans se trouve dans la pièce. Parce qu’un flux continu d’images, c’est très prenant pour un petit enfant.

Irritabilité. « Entre 0 et 3 ans, il faut bannir les écrans, c’est un principe de précaution. Aucune étude ne montre un seul point positif à mettre un si jeune enfant en contact avec un écran. Alors que différentes études démontrent des troubles de la concentration et de l’irritabilité à cause des écrans », précise Éric Willems, spécialiste des TIC.

Trop vite. « Un enfant de moins de 3 ans n’a pas les capacités cognitives pour faire face à un flux d’images, poursuit le chercheur. Seul 10 % du contenu est perçu par un tout-petit. Il n’a qu’une compréhension parcellaire ou une incompréhension des images qui défilent devant lui. Le lien narratif n’est pas perçu. Or, c’est une compétence ultra-importante pour un enfant. L’enfant doit pouvoir se raconter. »

3 ans. Un moins de 3 ans bouge souvent devant un dessin animé, il est irrité, s’enfuit, met de la distance avec l’écran, il est dans une tension physique. Il ne fait pas encore la différence entre le réel et le fictif. Entre 3 et 6 ans, ça change, l’enfant est cognitivement prêt à découvrir le monde des écrans. Mais il lui faut du temps pour apprivoiser et comprendre un dessin animé.
« Quand un enfant demande à voir et revoir encore et encore la même chose, c’est pour comprendre toute l’histoire, assure Éric Willems. Pour les 3-6 ans, il faut privilégier un contenu d’images qui soit reproductible. C’est-à-dire un dessin animé qu’on peut arrêter et revoir ». Et idéalement, un adulte se trouve à côté de l’enfant la première fois qu’il regarde un dessin animé.
Si l’enfant est agité, on peut faire une pause, revenir un peu en arrière et discuter de ce qu’on vient de voir. « Les parents doivent retrouver un rôle éducatif par rapport aux médias. Ils doivent investir les nouvelles technologies et ne plus dire que c’est un espace qui appartient à l’enfant », précise encore le chercheur.
Et pour les grands accros aux écrans ? On ne va pas leur interdire la console ou la télé mais plutôt leur proposer de postposer les moments d’écrans ou de les limiter dans le temps. La console peut être déplacée loin des yeux du bébé et la musique s’entend même sans image à l’écran. Courage, votre bout de chou grandira vite. Il se développera d’ailleurs plus rapidement sans écrans !

Le samedi, c’est télé !

Gaëtano, papa de deux filles de 4 et 6 ans
« Le week-end, on aime être cool et cocooner tranquille. Pour faire des siestes en amoureux, on a instauré les samedis dessins animés pour les filles. On a la paix pendant deux heures. Et les filles sont plutôt contentes. C’est presque devenu leur activité principale du week-end. Ça changera peut-être avec le printemps, mais pour l’instant, elles ne veulent plus trop se balader ou sortir. Elles deviennent de vrais petites geekettes »

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Un bon dessin animé blotti dans le fauteuil, c’est clairement chouette par froid polaire. Mais il y a d’autres plaisirs à découvrir en famille : se rassembler autour d’un jeu de société, visiter une expo, voir une pièce de théâtre dont on pourra discuter après, se balader à vélo, aller à la bibliothèque ou dans une plaine de jeux. Et pour trouver une chouette idée, filez sur leligueur.be à partir du vendredi midi : les meilleures activités du week-end y sont présentées âge par âge.

Go. Reste à décoller les troupes du canapé. Pour remplacer un écran, il faut se montrer plus intéressant qu’un écran. Donc, oui, il faut parfois donner de sa personne pour motiver les enfants à sortir. Mais une fois dehors, ils ne voudront plus rentrer tellement ils s’amusent. Pareil pour les jeux de société, peu résistent au plaisir d’un Time’s Up Kids, à un mémory ou à une danse des œufs quand c’est joué en famille. Et pour vous guider dans le choix des jeux de société, toujours la même adresse en ligne :  nos coups de cœur sur leligueur.be.

Estelle Watterman

En pratique

Une bonne… et une mauvaise idée

no  Les applis baby friendly

Elles se revendiquent pédagogiques ou ludo-éducatives, peu importe, fuyez-les, ces applis pour tout-petits ! En vrai, les applis pédagogiques sont un piège avant 6 ans. L’enfant apprend toujours plus et mieux dans l’interaction et l’échange avec une vraie personne. Il ne musclera pas mieux ses doigts avec une tablette et n’apprendra pas à parler avec un écran non plus.
« Un enfant perd en moyenne huit mots de vocabulaire par heure passée devant la télé, car il n’est pas confronté à de nouveaux mots. Le nombre de mots utilisés dans les dessins animés ou applis pour petits se limite à 4 000 environ, ce qui est très peu », déclare le chercheur de l’UNamur.

yes Les jeux symboliques

Jouer à la poupée, aux Lego, Playmobil ou avec toute autre figurine… c’est fondamental pour l’enfant. Le jeu symbolique lui permet d’avoir accès à son imaginaire, de jouer aux gentils et aux méchants et, surtout, de faire la différence entre ce qui se passe pour de vrai et ce qui se passe pour de faux. Quand les enfants s’inventent un monde et qu’ils se racontent des histoires, ça peut parfois durer, durer… et beaucoup les amuser !

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De Bambi aux Nouveaux Héros en passant par Titeuf ou les Totally Spies : les dessins animés occupent depuis des décennies les écrans et l’imaginaire des enfants de tout âge. Comment ont-ils évolué ? Quels sont leurs bienfaits et les risques pour nos bambins et comment éviter la crise lorsqu’on éteint la télé ? On vous explique tout !

 

Moins de lumière mais pas plus d'écran

Aïe, la grisaille, l’arrivée du froid et l’envie de se pelotonner dans un fauteuil pour regarder un film, une série ou n’importe quel youtubeur qui fait rire notre gamin. À Herve et en région liégeoise, on propose un autre programme cette semaine : concerts, théâtre et lecture. Objectif : passer une semaine sans écran. Une chouette initiative qui nous permet de profiter de l’automne, de ses merveilleux paysages aux couleurs flamboyantes, parsemés de châtaignes, noisettes et autres trésors à ramasser en famille.