Vie de parent

Zoé, bénévole : « Putain,
c’est le chaos »

Nous étions ce matin au camp du parc Maximilien, face à l’Office des étrangers, à Bruxelles. Sur place, familles migrantes et citoyens s’organisent avec force et courage, loin de toute résignation. Fatigués, les acteurs du terrain sont indéboulonnables et prennent le temps d’expliquer comment aider au mieux. L’observation est la même pour tous : on doit aller plus loin. Constat à chaud dans une matinée froide.

Zoé, bénévole : « Putain, c’est le chaos »

C’est étrange parfois les échos du quotidien. J’entendais ce matin dans l’école de ma fille des parents râler. « On ne sait plus ou mettre les boîtes à tartines », « On n’entre plus par le même endroit ». Une petite fin du monde. Dix minutes plus tard, parc Maximilien à Bruxelles, je me trouve au milieu de plusieurs familles syriennes, roms, sénégalaises et autres, aux préoccupations… différentes.

« Y a du mieux »

Zoé, bénévole, découvre le camp. Désordonné, sale et bordélique. Sur le vif, elle ne peut contenir un : « Putain, c’est le chaos ». Sonia, volontaire et présente depuis plusieurs jours, la rassure : « Le plus dur, c’est de s’organiser. Je suis là depuis quelques jours et, franchement, y’a du mieux. Le problème, c’est qu’il y a plein de familles qui arrivent au compte-gouttes à tout moment, même au milieu de la nuit. Il faut trouver des solutions rapidement. Mais à côté de ça, il faut trier les vêtements, distribuer des repas, coordonner toutes les bonnes volontés. On est crevés, débordés, mais on ne lâche rien. On a bon espoir. »

« Repartir de zéro »

On croise un traducteur syrien qui fait la visite aux familles fraîchement arrivées. Elles n’ont pas l’air abattues, bien au contraire. Nous profitons de la présence du traducteur pour nous entretenir avec une maman de deux enfants, de 4 et 6 ans.
« Nous sommes passés par l’Irak, la Turquie, la Grèce et l’Italie. Nous sommes partis à beaucoup, pour arriver ici tous les quatre avec mon mari qui dort encore, tant il est épuisé. Nous voulons nous installer ici, repartir de zéro, construire une nouvelle vie, nous intégrer du mieux possible. Les gens que nous avons rencontrés sont formidables. »
Elle n’en dit pas plus. Le traducteur a rencontré beaucoup de familles. « Celles qui arrivent avec des enfants ne restent pas longtemps ici, Dieu merci. Elles sont placées dans différents centres. On pousse pour les replacer, comme vous le voyez, même si cette base a le mérite d’exister, on ne peut pas vivre avec des enfants dans ces conditions. »

Donner via les associations

On aperçoit au loin Céline, une bénévole qui vient de recevoir une quantité importante de vêtements. Elle est très calme. « Je suis complètement dépassée, là. On l’est tous un peu. Mais ce qui est génial, c’est que la plupart des personnes qui logent dans ce camp nous aident énormément. Elles ne se posent pas en victimes, elles sont volontaires. Elles veulent s’en sortir. »
Des personnes l’interpellent, elles veulent savoir quels sont les besoins. La bénévole répond : « Pour tout ce qui est brosse à dents, savons, on commence à être bon. L’urgence pour le moment, c’est les couvertures, un maximum de tentes. Niveau hygiène, il faut des essuies, des lingettes, du papier-toilettes, des rasoirs jetables, des miroirs, des chaussures de grandes tailles, des manteaux, des pulls, des sous-vêtements, des pantalons, des lampes de poche, des piles, des cartes de GSM prépayées. Et si quelqu’un pouvait trouver une solution sanitaire décente, ce serait super parce que les w-c, par exemple, c’est la catastrophe. »
Elle se reprend : « Ce qui est important, c’est de dire aux familles qui vous lisent de ne plus déposer leurs dons sur place. Mieux vaut passer par des associations comme le réseau Ades ou cette plateforme de soutien, il faut plus de repas chauds. »
Un agent de propreté du parc Maximilien intervient : « Pour le moment, on voit des journalistes, des voisins, des badauds qui viennent parler tous les jours. C’est bien, ça ouvre le camp sur l’extérieur. Mais que va-t-il se passer quand on va se désintéresser des migrants. Quand il va faire froid ? Dites bien à vos lecteurs qu’il faut continuer à venir, à soutenir ces gens. C’est le début de tout. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

« Ce camp doit rester éphémère »

De l’autre côté de la route, des employés de l’Office des étrangers fument une cigarette. Tous refusent de nous parler. Une jeune femme arrive discrètement. Elle explique : « Nous sommes malmenés par la presse de façon générale. Les gens ne comprennent pas que nous sommes au maximum de nos capacités. Pour le bien de tous, on ne peut pas faire plus vite. Au-delà des dossiers, il y a aussi la réalité des familles. »
On lui demande comment va évoluer la situation et comment l’Office des étrangers envisage cette crise. Elle grimace. « Difficile à dire. Ce camp doit rester éphémère. On ne peut pas se contenter de cette solution. C’est trop dur. Les familles qui arrivent ne doivent pas s’y habituer. La balle est dans le camp des États membres. Au fond, je pense qu’il n’y a que la solidarité citoyenne qui va nous sortir de cette situation. Si vous observez ce qui se passe dans ce camp, c’est majoritairement le cas. »

Ou et à qui donner ?

  • Bruxelles Solidaire 
  • Ciré
  • Lieux de collecte : Place Quetelet, 2, à Saint-Josse. ET jsqu'au 5 septembre, rue de Liedekerke à Saint-Josse.
  • La Croix-Rouge nous fait savoir qu'elle n'a plus besoin de dons matériels pour le moment.
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