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23 mars 1973 : témoignages de femmes

23 mars 1973 : témoignages de femmes

Ce sont des témoignages révélateurs d’une époque. Un choc de générations et de combats, d’habitudes et de révolutions. Dans ce Ligueur du début des années 70, trois femmes s’expriment. Elles réagissent à un article rédigé quelques semaines plus tôt et intulé Amour trente ans après. Âgées de 40-50 ans, elles sont en pleine interrogation. L’émancipation des femmes, la conquête de certains droits, les amènent à réfléchir sur leur passé, mais aussi sur leur présent et leur futur.

« Depuis deux ans, confie une de ces lectrices, je ne suis plus tout à fait la même ; je voudrais me valoriser davantage… Mon mari n’a pas l’air de comprendre et cela fait du tort à notre amour ». Deux phrases, toutes simples, pour décrire un malaise. Sur la page en vis-à-vis de ces mots un peu désemparés, une publicité renvoie l’image traditionnelle de la maman s’occupant de ses deux enfants. Un peu caricaturale genre chacun son rôle.

Les choses changent pour les femmes. Une autre lectrice le constate et espère que « ce soit dans l’harmonie et pour une meilleure organisation pratique et psychologique de la famille. Nos enfants en seront les bénéficiaires. Chaque chose en son temps ».

Pour cette lectrice qui estime avoir trouvé son bonheur dans le cocon familial, cette égalité à venir n’est plus pour elle : « Avons-nous le droit, même si nous croyons être dans le vrai, d’exiger de la généralité de nos maris quinquagénaires d’avoir assez de souplesse pour donner leur bénédiction à des réformes par lesquelles, normalement, ils se sentent frustrés vu l’ambiance dans laquelle ils ont grandi et vécu ? ». On le voit, pour certaines qui restent soumises, la révolution n’est pas de mise.

Pour terminer, cet aveu d’une maman de sept enfants. À 45 ans, elle se trouve trop vieille pour trouver un travail, gagner en indépendance. Elle confesse : « Depuis deux ans, je me sens mal dans ma peau, car toutes ces remises en question me font beaucoup de tort. Notre bonheur familial est fait, pour mon mari et moi-même, de nos sacrifices, de nos dévouements et de notre mutuel amour, mais j’ai l’impression d’avoir été possédée sur le plan religieux, moral aussi. Pas question de limitation de naissances, de pilule, etc. Combien notre vie conjugale a été empoisonnée par tout cela ».

C’était en 1973. Ces phrases montrent le chemin parcouru. Même s’il reste encore des combats à mener en matière d’égalité homme/femme.

T. D.