Les coups de cœur du Ligueur

 

 Les archives du Ligueur

30 janvier 1970 : quand Hergé se confie

30 janvier 1970 : quand Hergé se confie

C’est une interview qui faisait rêver tout journaliste amoureux de BD. Interroger Hergé ! En janvier 1970, le Ligueur transformait le rêve en réalité. Un entretien signé Guy Tarjou et qu’on retrouve d’ailleurs dans les sources de Benoît Peeters utilisées pour sa bio de référence Hergé, fils de Tintin.

Dans cette rencontre qui occupe les trois-quarts d’une page, le dessinateur livre plusieurs confessions et anecdotes dans un mode concis et concret, très « ligne claire » finalement. Quoi de plus normal pour un auteur qui affirme : « Je crois que mon but premier n’est pas esthétique. Au fond, je n’ai qu’un seul souci, la lisibilité. Je désire surtout être clair » ?

À l’époque, Tintin au cinéma est un gros sujet de conversation. L’adaptation en dessin animé du Temple du Soleil vient juste de se terminer. Deux chansons de Jacques Brel y figurent. Deux monstres sacrés se retrouvent au générique, un événement en soi. Cela dit, dans les propos d’Hergé on ressent comme une frustration lorsqu’on parle de son héros transposé au grand écran. « Si l’on avait pu réaliser un film à l’échelle de cette production qui eut tant de succès, L’Homme de Rio de De Broca (qui avait pour interprète principal Jean-Paul Belmondo), on aurait pu, je crois, obtenir du très bon Tintin ». Un regret sans fondement ? Pas vraiment. « Philippe De Broca avait été pressenti pour réaliser pareille production, mais il a refusé et il nous a confié qu’il voulait réaliser un film sur Tintin sans Tintin ».

On apprend aussi que le méchant Müsstler dans Le Sceptre d’Ottokar doit son nom a une contraction de Mussolini et d’Hitler. Que Tintin au Tibet est considéré par Hergé comme son classique par excellence. Mais aussi que le dessinateur bosse sur un nouveau Tintin qui sera marqué par « Che Guevara, Fidel Castro, Régis Debré, les bérets verts, les Guerilleros et le retour de la Castafiore ». C’est la trame de Tintin et les Picaros, ultime album d’Hergé qui sortira… cinq ans plus tard dans les pages du journal Tintin, avant la publication de l’album en 1976.
T. D.