Les coups de cœur du Ligueur

 

 Les archives du Ligueur

Janvier 1954 : Peter Pan rattrapé par l’érotisme sournois

Janvier 1954 : Peter Pan rattrapé par l’érotisme sournois

Une fois n’est pas coutume, c’est un courrier de lecteur qui a attiré notre regard en feuilletant les archives du Ligueur, en bas de page 3, entre une pub pour le savon Sunlight et une correspondance d’Élisabethville. Objet de ce courrier : Peter Pan. Le lecteur en question dénonce « l’érotisme diffus » qui serait palpable dans ce long métrage de Walt Disney. « Clochette n’est pas une fée, écrit-il, c’est une petite pin-up. Wendy n’est pas une petite fille, mais c’est une petite femme, elle aussi. Les sirènes viennent en droite ligne des couvertures des grands magazines ». Plus grave, la morale est en danger. « Les ressorts de l’intrigue ne sont nullement les sentiments simples et purs qui animent ordinairement les contes, mais des transpositions de sentiments beaucoup plus complexes et beaucoup moins purs ».

Dans les années 1950, on ne badine pas avec la moralité publique. En France, en 1949, une loi très stricte a été votée pour contrôler les publications pour la jeunesse, notamment les bandes dessinées. Cette loi a été soutenue par une campagne du Cartel d'action sociale et morale. Il est d’ailleurs question de celui-ci dans ce Ligueur de janvier 1954, puisqu’un de ses représentants a été invité, à Bruxelles, par la Ligue nationale belge de moralité publique. Avec, entre autres, à l’ordre du jour, le cinéma désigné comme ennemi de la bonne tenue morale.

Peter Pan débarque donc dans un contexte de suspicion. L’avis de notre lecteur est loin d’être isolé. En fait, dès sa sortie, ce long métrage est la cible d’attaques et d’analyses pleines de stupre. Sur la page Wikipédia consacrée à l’œuvre de Walt Disney, on est ainsi confronté à une série d’avis lapidaires concernant la sexualisation de Peter Pan. Notamment un certain Sean Griffin qui présente Peter Pan comme véhiculant « une imagerie sexuelle submergée par les images d'une romance hétérosexuelle patriarcale ».

D’autres ont mis en avant le comportement déviant du Capitaine Crochet qui, en fonction des cas, serait un « prédateur sexuel » ou développerait un instinct dominateur dans la « relation homosexuelle stéréotypée » qu’il entretient avec monsieur Mouche. Pour en revenir à la fée Clochette, une critique a estimé qu’elle n’était qu’une « misérable petite étincelle avec une baguette et un énorme popotin ». Si, après ça, vous regardez encore Peter Pan avec votre regard d’enfant...
T. D.