Les coups de cœur du Ligueur

 

 Cinéma

La grande boucle

La grande boucle

Walt Disney recycle les valeurs familiales dans un Tour de France à la reconquête du couple rompu. A deux semaines du départ de la vraie compétition, Laurent Tuel (Jean-Philippe) nous montre aussi l’envers du Tour et le cyclisme business. Il rend hommage à la fois aux forçats de la route et aux amateurs qui courent simplement pour la beauté du coup de pédale. Le réalisateur a un regard tendre sur les supporters en vacances sur les traces de la caravane. Pierre, sa femme hollandaise et leur fille ont installé leur camping-car au départ de la course. Leur favori chute dès les premiers kilomètres. Ils reportent leur soutien inconditionnel sur François (Clovis Cornillac), biberonné au vélo. François a perdu son emploi, sa femme et son fils sur un mensonge. Il décide crânement de réaliser un rêve d’enfance : faire le Tour avec un jour d’avance sur les pros et regagner ainsi l’estime de sa Sylvie. Il peut compter (vaguement) sur l’aide de Rémi (Bouli Lanners), directeur technique au chômage, alcoolo et margoulin. François part seul, dans l’anonymat médiatique. Il campe à la belle étoile et envoie des photos à sa femme en espérant l’amadouer. Son odyssée enthousiasme le public (Patrouille de France incluse), éclipse même les cadors du braquet. Rémi flaire le bon coup. Il embobine les sponsors, François se transforme en cycliste sandwich et colonise les journaux télé. Sa popularité ombrage les intérêts des marques représentées sur le Tour. Il devient l’homme à abattre.

Le tournage sur l’édition 2012 et les images de la société organisatrice donnent un tour réaliste à l’épopée (Hinault et Jalabert jouent leur propre rôle) et rendent bien la marchandisation et la surmédiatisation d’un spectacle suivi par 700 millions de spectateurs dans 183 pays. La production égratigne le cyclisme du dopage et des magouilles, conservant une liberté de ton réjouissante en dépit d’un partenariat avec les organisateurs du Tour. Clovis Cornillac paye de sa personne en grimpant à sa main les cols, comme l’avait fait un journaliste du journal Le Monde, précédant chaque jour les coureurs du Tour 2003. Je me suis régalé, nullement gêné par des personnages archétypaux et la candeur à défendre des valeurs comme l’honnêteté, le désintéressement et l’attachement familial.

Patrice Gilly

Toutes les séances.