Les coups de cœur du Ligueur

 

 

La vie d’Adèle (Chapitre 1 et 2)

La vie d’Adèle (Chapitre 1 et 2)

Hypersexualisation d’une passion absolue. Banalisation de la sexualité. Surexposition des corps, sous exposition du langage. Le corps assouvi, les mots manquent pour vivre à deux, malgré Marivaux, Ponge et Sartre, cités à l’école et à la ville.

Comme dans Jeune et jolie, une adolescente sent la sève monter dans son corps changeant. Adèle hésite également sur sa préférence sexuelle. A 17 ans, elle tombe raide amoureuse d’une jeune femme (22 ans). A l’approche feutrée et au premier baiser romantique, succède sans transition, l’étreinte véhémente des corps. J’avoue ma gêne à la vue de scènes sexuelles d’un réalisme cru, véritable viol d’une intimité qui n’appartient qu’aux 2 amantes. « Ca » ne me regarde pas et du coup l’histoire ne me regarde plus. Abdelatif Kechiche (L’esquive, La graine et le mulet) s’obstine vainement à percer le mystère du plaisir féminin. Son obsession exclut la suggestion, nettement plus érotique et excitante que l’exhibition de la chair. Le réalisateur français d’origine arabe, réfractaire aux concessions, associe  révolution sexuelle et révolution. Il normalise le saphisme. Avec un homme, avec une femme, peu importe, suis l’amour, dit un noctambule à Adèle. Une liberté totale destructrice, qui ne rend personne vraiment heureux.

Un mot de la forme : le film est inutilement long (3 heures) dans une deuxième partie beaucoup moins construite que l’approche amoureuse d’entame. Les deux  interprètes, Adèle Exarchopoulos (Adèle) et Léa Seydoux (Emma) tiennent remarquablement la longueur. Palme d’or au festival de Cannes. Comme pour Jeune et Jolie, La Commission de contrôle a finalement classé le film « enfants non admis », après avoir sérieusement envisagé  la cote « enfants admis » avec restriction d’âge à 12 ans. Le signe d’une époque confuse et  en perte de repères, cliquée  par  « l’extimité » permanente d’Internet.

Patrice Gilly

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