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Novembre 1974 : saint Nicolas et le Ligueur ensemble contre la crise

Novembre 1974 : saint Nicolas et le Ligueur ensemble contre la crise

Cela fait longtemps que le Ligueur ouvre ses pages aux jouets dans un de ses numéros d’automne. Votre magazine a toujours aimé guider les parents dans les méandres des rayons jeux et joujoux. Alliant divertissement et pédagogie, conseils éclairés et expériences partagées. En 1974, le numéro « spécial jouet » est très centré sur l’aspect économique. Normal, on est en pleine crise, le porte-monnaie fait les frais du premier choc pétrolier. Le prix de l’or noir a explosé déstabilisant le budget des familles.
La situation est à ce point préoccupante qu’en cette fin 74, le ministère des Affaires Économiques a lancé une campagne pour inciter les citoyens à ne pas acheter « sottement ». « Pour bien gérer son ménage, il faut ce que chacun possède : un peu de jugeote, un rien d’organisation et de l’imagination ». Dans cette campagne, le gouvernement liste une série de conseils comme « tenir une comptabilité complète du ménage pour découvrir que vous payez parfois très cher des choses qui n’en valent pas la peine ».
Pour illustrer la campagne, c’est le billet de 1 000 francs représentant Mercator qui est utilisé. Le célèbre cartographe y va aussi de son bon conseil. « Utilisez-moi bien », dit-il. Pour annoncer son numéro spécial, le Ligueur, tout en facétie, détourne Mercator en saint Nicolas. « Il y a des jouets qui amusent pendant trois jours et d’autres qu’on aime longtemps ». Le mot d’ordre ? « Achetons mieux, c’est mojns coûteux ! ».
Pour atteindre cet objectif, le Ligueur « a rassemblé des psychologues, des spécialistes de l’enfance et de la consommation ». Et le magazine d’insister, il faut attendre ce numéro spécial « avant de passer commande à saint Nicolas ! Avertissez vos parents et amis ! ».
On notera que si le Ligueur détourne la campagne gouvernementale dans ses articles, le magazine parental n’en est pas moins critique vis-à-vis du contenu de celle-ci. Dénonçant une culpabilisation du consommateur qu’on rend coupable de l’inflation par ses achats quotidiens. Et le Ligueur de poser le problème : « Ne faudrait-il pas s’interroger sur les raisons profondes de cette surconsommation ? Est-ce efficace, dans une société où tous les moyens de communication sociale répètent constamment qu’être plus, c’est avoir plus ? ».
Voilà un débat qui reste toujours bien d’actualité dans une société où le pouvoir d’achat est trop souvent présenté comme la solution miracle à la recherche du bien-être, où les réseaux sociaux n’ont fait qu’amplifier la dictature du paraître.

T. D.