Vie de parent

Aidants proches : à quand plus de droits ?

Les aidants proches ont un statut depuis 2014. Et après ? Rien n'a bougé. L'asbl Aidants proche et la Ligue des familles rappellent l'urgence de la reconnaissance effective de ces personnes qui consacrent 20 heures par semaine à un proche dépendant.

Aidants proches :  à quand plus de droits ?

Ils consacrent leur temps à la prise en charge d’un proche en déficit ou en perte d'autonomie. Ils l'aident et l'accompagnent dans les tâches et les gestes quotidiens. Ils ont réduit, souvent, et même quitté, parfois, leur emploi pour se dévouer à ce proche dépendant mais ne bénéficiaient d’aucune protection sociale, ni d’aucun droit.

Pour remédier au vide juridique, le statut d'aidant proche a été reconnu en juin 2014. Cette reconnaissance était une belle victoire pour l’asbl Aidants proches qui y voyait alors un pas vers « un ouverture des droits et des aides à ces personnes ». La Ligue des familles, qui revendiquait également un statut pour les aidants proches, y voyait « la base pour aller plus loin, vers l’acquisition de droits ».

« Les négociations qui avaient vu le jour au lendemain de la publication entre le secteur associatif (y compris les institutions de terrain) et le cabinet de Madame De Block sont aujourd'hui au point mort. Une situation d'autant plus étonnante que la mise en application de cette loi n'a pas d'implications budgétaires actuellement », cosignent les asbl.

« On leur demande d'intervenir dans les situations les plus fragiles, explique Caroline Dussen de l'asbl Aidants proches. Surtout dans la mise à disposition de moyens, par exemple, de congés ou d'allégement fiscal qui leur permettrait d'accompagner le proche dépendant et de pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale. »

Le droit de souffler

L’association aimerait désormais que l’octroi de ce statut permette d’aller plus loin dans la protection sociale de l’aidant proche. « Il faut à présent reconnaître ce temps de soutien et d’accompagnement de la dépendance comme périodes assimilées, qu’il soit compté, notamment dans le calcul de la pension », soutient Delphine Chabbert. « Il faut aussi aborder la question du droit au répit, pour permettre aux aidants proches de souffler. Ce n’est pas du confort, c’est vital », ajoute-t-elle.

La Ligue des familles salue ce soutien aux solidarités intrafamiliales mais appelle les politiques à renforcer l’offre des services publics d’accueil (handicap, maladie chronique grave, vieillesse…). « Ce dont les personnes en situation de dépendance ont le plus besoin, ce sont des structures publiques d’accueil. C’est  ça, la priorité. Tout le poids de la prise en charge ne doit pas reposer sur les familles ».

Stéphanie Grofils

Attention à l’égalité homme-femme

La Ligue des famille, qui revendiquait également la reconnaissance de l'aidant proche comme porte ouverte à plus de droits, veille également à ce que cette reconnaissance ne porte pas atteinte à l’égalité homme-femme. « Il faut vraiment trouver l’équilibre entre le besoin nécessaire d’aider les personnes dépendantes et le fait de ne pas piéger les femmes, une écrasante majorité des aidants proches. Il ne faut pas les enfermer dans cette situation d’aide et les coincer à la maison. C’est la raison pour laquelle on ne demande pas une allocation », insiste Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles.

« Le retour à l’emploi après un long temps d’arrêt peut être difficile. Il faut donc des aides et un soutien, psychologique et professionnel, via des formations, pour permettre aux aidants proches, en majorité des femmes, de réintégrer le marché de l’emploi après leur période d’aide », ajoute Mathieu Paillet, du service d’études de la Ligue des familles.

Qui peut être aidant proche ?

  • Une personne majeure ou un mineur émancipé (reconnu comme autonome).
  • Quelqu’un qui développe une relation de confiance et de proximité, géographique ou affective, avec la personne qui a besoin d’être aidée. Par exemple, un membre de la famille ou un bon voisin.
  • L’aidant proche doit exercer ce soutien de façon non professionnelle, avec le concours d’au moins un professionnel. Par exemple, pour certains actes médicaux (prise de sang) ou l’installation de matériel.
  • L’aidant proche doit tenir compte du projet de vie de la personne aidée : respecter la volonté et les habitudes de la personne assistée, sans lui imposer sa vision.
  • L’aidant proche doit introduire une demande de reconnaissance (renouvelable chaque année) via une déclaration sur l’honneur auprès de la mutuelle.

Chiffres

  • 9% de la population est aidant proche, dont 18% à Bruxelles
  • 20% des aidants proches consacrent 20h/semaine à un proche
  • 70 à 80% des aidants proches sont des femmes (statistiques)
  • 10% de la population pourrait être confronté à ce travail d’aidant à un moment donné ou à un autre (l’asbl Aidants proches).
  • 4% de la population de personnes handicapées ou de personnes de grande dépendance sont concernés (l’asbl Aidants proches).
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