Dans la rencontre, il n’y a plus
de handicap

Regards méfiants, préjugés, refus d’entrée… Les enfants porteurs d’un handicap, moteur, sensoriel ou mental, sont trop souvent confrontés au sentiment de différence et à l’exclusion d’une activité ou d’un groupe. L’asbl Famisol dépasse la déficience, sans la nier, pour tisser un lien avec ces enfants et leur permettre de vraies rencontres.

Dans la rencontre, il n’y a plus de handicap

Tartines six céréales, chocolat, confiture rhubarbe-abricot de maman, café, thé églantier-framboise. Un petit déjeuner copieux accueille les animateurs Famisol en ce samedi ensoleillé. Tous ne se connaissent pas. Pour Julie et Valentine, c’est la première journée-rencontre. « On crée un climat convivial pour faire connaissance, être à l’aise entre nous et créer une complicité entre adultes avant l’arrivée des jeunes », explique Jim, l’animateur responsable de cette asbl qui veille à contribuer au bien-être d’enfants souffrant d’un handicap et de leur famille.
« Stella communique avec des signes et avec ses yeux et ce n’est pas toujours facile de décoder ce qu’elle veut dire », précise Moïra, éducatrice spécialisée. « Paul a du mal à canaliser ses émotions et peut être très excité », enchaîne Jim. Pendant les activités, chaque volontaire se voit attribuer la responsabilité d’un enfant, alors on passe chaque enfant inscrit en revue pour que les bénévoles sachent les appréhender au mieux.
Pour une journée Famisol organisée, ce sont environ huit volontaires pour huit enfants inscrits et deux professionnels encadrants (un animateur et un assistant social et/ou éducateur spécialisé). Ce samedi, il y a plus d’adultes que de jeunes. Ce qui est rare et permet à Julie et Valentine de s’occuper ensemble de la petite nouvelle, Clara. « Elle a 4 ans, mais on sent déjà la petite ‘people’ qui est en elle, elle est très fort dans le relationnel », rassure Moïra qui a déjà rencontré la puce.

Le plaisir d’être ensemble

Avant de participer à une journée de loisirs, les animateurs ont un premier contact avec l’enfant et ses parents. « On est d’abord à leur écoute, car certains parents qui frappent à notre porte viennent sans trop savoir ce qu’on fait ou sont orientés par l’école ». De fil en aiguille, les parents conviennent avec l’asbl de la fréquence à laquelle l’enfant participera aux journées de loisirs. « En général, ils viennent une fois par mois. C’est important de garder un rythme régulier pour que ça ait du sens, pour que l’enfant puisse tisser un lien avec les autres, enfants et adultes, et qu’il se sente plus à l’aise », observe Jim.
Famisol accueille les enfants de 5 à 18 ans. Une façon pour des familles, hyper sollicitées, de souffler un peu. Mais au-delà du répit apporté aux parents, ces journées sont surtout l’occasion d’une rencontre. « Le rôle de Famisol, c’est de lever les préjugés qui peuvent nuire à une rencontre vraie. C’est aussi aller à la rencontre de ce qui anime l’enfant, au-delà de la déficience, et le plaisir d’être ensemble », poursuit le responsable.

Écouter leurs besoins et leur humeur

Un coup de sonnette. La porte s’ouvre. Stella entre dans la pièce comme une tornade, suivie de Alex qui lance un « Bonjour ! » énergique. Frédérique, bénévole habituée, s’occupe de Stella pour la première fois. Mais la jeune fille en a décidé autrement. Elle préfère jouer avec les lunettes de Dieu ou les cheveux d’une journaliste qui passe par là. Les enfants arrivent au compte-goutte. Leurs parents restent quelques minutes. « C’est un moment tampon. Parfois les enfants vident leur sac en arrivant. Cela permet aussi aux parents de discuter entre eux, de dédramatiser », explique Jim. Puis ils s’éclipsent, en douce, par exemple, comme ceux du petit Jonas fasciné par les clefs. Alex passe d’un endroit à l’autre, d’un jeu à l’autre. Clara a trouvé son bonheur dans une caisse de Lego. Paul court partout sous son masque de monstre. « On les laisse s’installer, occuper les locaux. Le but, c’est de passer un bon moment avec eux. »
Les volontaires n’ont pas spécialement l’expérience du handicap. « Les bénévoles sont souvent là parce qu’il y a quelque chose qui les anime, parce qu’ils sont touchés par une situation. Ils ne sont pas là pour aider les pauvres handicapés. On essaie de sortir de ce schéma de misérabilisme », insiste l’animateur. C’est le terrain qui les forme et ce sont eux qui évaluent si le jeune a besoin de se poser, de s’isoler ou d’aller dehors se défouler… « On respecte le rythme psychique de l’enfant, ses besoins. Au-delà de sa déficience, l’enfant a aussi ses peurs et ses humeurs, et pour eux non plus une journée n’est pas l’autre », confie l’animateur.

À chacun son rythme

La journée s’organise mais pas trop. « Il ne faut pas trop de contraintes de timing pour rester disponibles pour eux. Ils aiment se laisser porter par les ambiances, les musiques à l’accordéon dans la gare centrale, l’odeur des gaufres », souligne Moïra. En chemin vers le centre de Bruxelles, chacun avance à son rythme. Pour Paul, c’est l’occasion de s’isoler du groupe, avec Jim, et d’escalader tout ce qui se trouve sur son chemin. Clara préfère marcher sous les arbres dans le canal de feuilles mortes qui lui arrive aux genoux. Déjà les binômes se détricotent et se recomposent, différemment, naturellement. « Rien n’est figé. Il faut se laisser surprendre. »
Arrivés à la ferme Maximilien, Omar guide et instruit le petit groupe. « Ça, c’est du lierre. Les moutons adorent en manger ». Les plus peureux font la cueillette, les autres nourrissent le bouc, les béliers et les brebis. On peut même entrer dans l’enclos. Oscar s’affranchit et tend une grande feuille à travers la barrière. Antonio, lui, reste ébahi devant les « cacan » (les canards). Alex ramasse, puis balance, tout ce qu’il trouve par terre, mais prend son rôle à cœur lorsqu’on lui demande de nourrir la jument. Paul sera le premier sur le dos de l’équidé, pour un petit tour qui fait des envieux. Mais c’est monsieur l’âne qui a le plus de succès. Paul est heureux et fier de pouvoir le monter en premier. Tout le monde y passe, une ou deux fois. Sauf Stella, qui préfère observer la scène à distance, et la petite Clara, qui a peur de ces trop grands animaux.

Épuisés et apaisés

Chacun profite du parc à sa manière. Au fur et à mesure, la communication, l’échange et le partage d’aventures prennent le dessus, laissant le handicap aux oubliettes. « À la fin de la journée, on ne sait plus dire qui parle ou pas ». De retour au local de départ, tout le monde semble avoir fait le plein de sensations. Le groupe se pose dans l’espace jeux. Jim éteint la lumière pour projeter les photos de la journée sur le mur. La petite Clara s’endort après quelques clichés, berçant ses camarades de son doux ronflement. Même Stella a l’air serein. Ce sont des enfants épuisés mais apaisés que les parents viennent rechercher.

Stéphanie Grofils

Des volontaires en parlent…

On apprend aussi sur nous

« J’ai suivi un stage d’aide-soignante au centre Arnaud-Fraiteur. Au début, j’avais peur de m’occuper d’enfants handicapés, car ce n’est pas évident à gérer. Mais je me sentais bien et j’ai voulu continuer sur ma lancée. Il y a beaucoup de choses à apprendre sur le handicap mais aussi sur soi. On apprend à connaître nos limites par rapport aux enfants. Et on s’amuse. Il n’y a pas de stress, pas d’obligation. Et si on se sent mal à l’aise, on est en groupe, on peut en discuter. On n’a pas un rôle éducatif. C’est pour leur permettre d’être en groupe, de se sociabiliser. Ces journées sont comme des bulles d’air, ça change les idées. On n’est pas des superhéros qui aident les gens. On fait ça aussi parce qu’on s’amuse bien. »
Maureen, 21 ans, étudiante en médecine, volontaire depuis trois ans

Je ne sais plus dire quel est son handicap

« J’ai lu un article sur Famisol dans le journal local et j’ai senti qu’il fallait que j’appelle, que j’essaie. Je n’avais pas du tout d’expérience, ni avec des enfants. J’avais envie d’essayer, sans savoir si j’allais être capable. La première fois, j’avais peur de ne pas savoir comment m’y prendre, d’être maladroite. On a toujours un peu peur au début d’une journée, même encore maintenant. La communication est différente selon l’enfant. Au début, j’essaie de parler, de jouer. Plus la journée avance, plus ça se passe bien. On apprend à connaître l’enfant de qui on s’occupe. À la fin, je ne sais parfois plus dire quel est son handicap. On passe au-dessus de ça. À chaque fois, je me sens bien : on a passé un bon moment, c’est convivial, on s’amuse. Et s’ils sont aussi contents que je le suis à la fin de la journée, c’est bien aussi. »
Frédérique, 31 ans, traductrice, volontaire Famisol depuis trois ans

En savoir +

  • L'équipe de Famisol est joignable au 02/771 91 14 ou au 0473/86 65 49.
  • Pour faire le plein d’infos : www.famisol.be

Les prochaines journées Famisol

  • Samedi 7/12 : activité « snoezelen » d’éveil multi-sensoriel, à Zellik
  • Samedi 14/12 : activités ludiques à Famisol et environs, avec des jeux loués en ludothèque adaptée
  • Dimanche 15/12 : accueil de certains jeunes nécessitant un cadre et une attention plus individuels
  • Samedi  21/12 : activité décoration du sapin de Noël et autres ateliers d’expression libre)

Chaque journée Famisol a lieu de 9h30 à 18h (sauf celle du 15/12 de 10h15 à 17h15).

Sur le même sujet

Une société inclusive

La Ligue des familles veut être la Ligue de toutes les familles. Notre association soutient un projet de société inclusive : une société dans laquelle chacun selon ses singularités, ses besoins, ses envies et ses potentialités peut prendre toute sa place et poser librement ses choix de vie.

Ariane Cleeremans : « Karlien n’aura pas une vie normale »

Une fois n’est pas coutume, nous prenons la direction du nord pour cette nouvelle rencontre. Ariane, maman d’une jeune fille handicapée de 20 ans, nous accueille dans sa maison de Lommel, une petite ville attenante à la frontière hollandaise. Une néerlandophone au français impeccable, même s’il lui arrive de chercher ses mots…

 

Alexandra : « J’ai fait une promesse à mon fils, David, trisomique… »

Il y a quatre ans, David entrait dans nos vies. Il y a quatre ans, notre vie changeait bien plus que nous l’avions imaginé. Je n’oublierai jamais le moment de l’annonce, ni ceux qui ont suivi… Mais l’un des plus importants est sans doute celui durant lequel j’ai promis à mon fils nouveau-né de toujours lui faire confiance et de lui offrir la place qu’il mérite dans ce monde. C’est de là, je crois, que tout est parti.

 

Des briques Braille pour apprendre, jouer et communiquer

Elles ressemblent comme deux gouttes d'eau aux Lego. Et c'est voulu. Les briques Braille, nées au Brésil, permettent aux enfants aveugles ou malvoyants d'apprendre à lire et écrire, de jouer bien sûr mais aussi d'entrer en contact avec les autres plus facilement.