Vie de parent

Des droits fondamentaux
bafoués aussi en Belgique

Comme chaque année, Amnesty International a publié son rapport annuel sur la situation des droits humains dans 159 pays. Alors qu’on fêtera en 2018 le 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la situation est alarmante dans de nombreux pays. Si, en Belgique, nous sommes bien loin des situations dramatiques vécues ailleurs, nous ne sommes pas irréprochables pour autant. Le point avec Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique.

Des droits fondamentaux bafoués aussi en Belgique

40 % des enfants bruxellois et 25 % des enfants wallons vivent sous le seuil de pauvreté. Le constat est accablant, d’autant que la situation s’aggrave d’année en année. Logements insalubres, nourriture de qualité insuffisante, soins de santé repoussés ou même annulés, absence de loisirs… les conséquences de la pauvreté sur les droits de l’enfant sont directes.

La pauvreté infantile, bientôt la norme ?

Pour Philippe Hensmans, il est temps que le gouvernement prenne concrètement en main cette problématique : « Les actions de sensibilisation, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Remettre un gros chèque à des associations à l’issue de Viva for Life ne solutionnera pas le problème de la pauvreté infantile. Les pouvoirs publics doivent garantir que chaque citoyen ait accès aux droits de base. Il est plus que temps de traiter la question de la pauvreté non pas sous un angle idéologique mais sous un angle pratique en prenant des mesures concrètes. »
De trop nombreux enfants sont aussi victimes de violences, souvent au sein même de leur propre famille. Dans sa dernière enquête, l'Office de la Naissance et de l'Enfance faisait état de plus de 5 000 signalements d’enfants maltraités par an.  Les enfants de moins de 3 ans seraient les plus exposés. Les dossiers faisaient surtout état de maltraitances sexuelles (35 %) et physiques (22 %), de négligences graves (22 %) et de maltraitances psychologiques (17 %).

Les femmes marchent pour leurs droits

Amnesty International souligne que les droits des femmes sont en régression dans de nombreux pays. « La bonne nouvelle, si l’on peut dire, est qu’elles réagissent », commente l’ONG dans son rapport. Ainsi, le jour de l’investiture de Donald Trump, une grande « Marche des femmes » a été organisée simultanément aux quatre coins du monde.
Chez nous, plus de 2 000 personnes ont marché dans les rues en protestation aux violences faites aux femmes. Par ailleurs, si l’an dernier la Belgique avait fait un pas en avant en plaçant les plaintes pour violences conjugales en haut de la liste des priorités, il reste encore du pain sur la planche. « La Belgique manque toujours de moyens pour réaliser son plan d’actions destiné à défendre les droits des femmes », déclare Philippe Hensmans. Rappelons qu’en Belgique, 70 % des actes de violence domestique signalés l’an dernier n’ont pas donné lieu à des poursuites pénales.
Amnesty International a également continué à soutenir l’action SOS Viol avec sa campagne « Quand c’est non, c’est non ». À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’ONG a soutenu les victimes de viol lors d’une grande manifestation. Ici aussi, les chiffres sont accablants. Huit plaintes pour viol sont enregistrées chaque jour dans notre pays et on estime que ces dernières ne représentent que 10 % du nombre réel d’agressions. La moitié de ces plaintes seront classées sans suite faute de preuves suffisantes et seuls 4 % d’entre elles aboutissent à un jugement.
« Il y a donc encore de gros efforts à fournir pour que le viol soit correctement condamné », avance le directeur de l’ONG. L’association se réjouit toutefois des fonds débloqués par la FWB pour la création d’une ligne téléphonique d’aide aux victimes (0800/98.100). Un an après son lancement, plus de 2 000 appels ont été enregistrés, soit en moyenne cinq appels par jour, ce qui prouve bien la nécessité de ce genre d’outils. Suite aux revendications d’Amnesty International, les heures d’appel de la ligne ont été élargies. « Trois centres d’aide multidisciplinaire ont par ailleurs été ouverts pour aider les victimes de viol, nous espérons que d’autres verront prochainement le jour ».

La migration, au cœur des préoccupations

La défense des droits des migrants est devenue l’une des préoccupations majeures d’Amnesty International. Au niveau mondial, l’association dénonce l’attitude des dirigeants des pays riches qui se refusent à relever concrètement le défi des mouvements migratoires et considèrent les réfugiés comme un problème à éluder. En Belgique, le Parlement a adopté un certain nombre de dispositions modifiant de manière restrictive la législation en matière d’asile et d’immigration.
« Nos dirigeants manipulent l’opinion publique en amplifiant le phénomène des migrants. En réalité, notre gouvernement a les moyens de régulariser la situation des 500 personnes actuellement placées au Parc Maximilien en deux jours. Si l’on aide correctement les migrants à demander le droit d’asile, la procédure suit son cours dans des conditions respectueusess des droits de l’homme. Actuellement, des enfants sont détenus dans des zones fermées avec le reste de leur famille, ce qui est totalement interdit par la Convention des Droits de l’Enfant », commente Philippe Hensmans.
De nombreuses actions de sensibilisation ont donc été menées par l’ONG, telles que la publication du livret 10 préjugés sur la migration ou encore la campagne #JeSuisHumain-e dont l’objectif était d’allier la culture et l’engagement militant. « Lever les préjugés sur les migrants est un travail de longue haleine, mais fondamental. On peut faire toutes les campagnes du monde, rien ne sera plus efficace que d’en parler à la maison durant le repas du soir. Aujourd’hui, presque tout le monde connaît quelqu’un qui héberge un migrant (ou le fait lui-même), et cela, c’est fantastique », ajoute le directeur d’Amnesty International Belgique.

Gaëlle Hoogsteyn

Et aussi...

Encore trop de préjugés sur les handicapés

Amnesty International dénonce aussi les discriminations dont sont victimes les personnes handicapées, tant sur le plan privé que professionnel. Le regard que porte la société sur les personnes handicapées est empreint de préjugés. En Belgique, le taux d'emploi des personnes handicapées, par exemple, dépasse péniblement les 35 %, contre une moyenne de 50 % dans l'Union européenne. L’association s’est particulièrement attardée sur les conditions de détention des personnes souffrant de handicap. En effet, de nombreux délinquants souffrant de troubles psychiques ou d’un handicap mental sont incarcérés dans des prisons ordinaires et ne bénéficient d’aucune prise en charge ni traitements appropriés.  

Les jeunes, de plus en plus sensibilisés

Parce qu’ils sont notre avenir, Amnesty International mène depuis plusieurs années de nombreuses actions de sensibilisation auprès des jeunes, notamment dans les écoles. Sous le slogan « Vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez », l’ONG coordonne par exemple 52 groupes-écoles dans l’enseignement secondaire francophone. Accompagnés de leurs professeurs, les étudiants organisent des actions en faveur des droits humains, telles que l’envoi de dessins à des mineurs étrangers non accompagnés, l’envoi massif de lettres pour la défense de prisonniers (plus de 300 000 lettres envoyées depuis notre pays en 2017), la signature de pétitions, l’opération « tatoo » ou encore la vente de bougies. L’association peut par ailleurs compter sur 70 formateurs bénévoles pour organiser des animations de sensibilisation aux droits humains dans les écoles et propose aux écoles des kits pédagogiques sur différentes thématiques.

En savoir +

Lisez le rapport annuel complet.

 

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