Vie de parent

Des enfants reprennent la route
des migrants

Fin avril, face au désespoir des migrants véhiculé par tous les médias, une vingtaine d’associations décide d’expliquer aux moins de 12 ans pourquoi ces hommes, ces femmes et ces enfants arrivent, épuisés, chez nous. Expo, dossier du Ligueur… Six mois plus tard, le projet reprend de plus belle avec la création d’une appli : Migratio. Et le secret espoir que les moins de 12 ans y prennent part via leur école.

Des enfants reprennent la route des migrants

Une première école a déjà répondu présent ! C’est L’Autre École d’Auderghem, déjà auteure du Parcours du migrant, une des activités très prisées de l’Expo des 28-29 avril derniers. Ce succès revient très précisément à la 5e année de Marie Gosuin qui invitait les mômes et leurs parents à se glisser dans la peau d’un migrant pour mieux comprendre ce qu’il avait vécu et vit encore aujourd’hui. Une belle expérience que l’institutrice et ses enfants sont prêts à renouveler en s’engageant à participer à la création de l’appli Migratio.
« J’ai la chance d’avoir ces élèves durant deux ans et de pouvoir prolonger ce projet autour des migrants, explique Marie Gosuin. Ce qui nous intéresse ici, c’est d'aborder l’écran par l’intérieur. On va pouvoir rencontrer des professionnels du numérique, collaborer avec une classe de rhéto spécialisée en informatique. D’autre part, on va aussi pouvoir développer le contenu déjà récolté sur les migrants et explorer différentes facettes. Dont celle d’aller dans les communes pour prendre contact avec d’autres écoles et s’ouvrir à d’autres mondes. Les enfants vont pouvoir s’explorer entre eux, ça promet une belle ouverture… »

L’arrière-grand-père aussi était migrant

Christelle Cordonnier, toujours de l’Autre École, a elle aussi envie d’approfondir avec sa classe la question des migrants. « Les enfants de 9-10 ans reçoivent beaucoup d’informations, de chiffres et aussi d’idées toutes faites. Ce projet Migratio me permet de les rapprocher de la réalité plutôt que les laisser s’enfermer dans un discours. Tout cela est évidemment en accord avec notre projet pédagogique qui veut faire des élèves, des enfants qui agissent sur la société pour la rendre plus juste et égalitaire ».
Christelle se souvient de son étonnement, lorsque sur une grande carte du monde où chacun avait indiqué le parcours migratoire de ses parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, de voir combien les origines de ses élèves étaient très variées alors que le public de son école paraissait très homogène et aisé.
« Seuls un élève et moi-même étions bien d’ici depuis plus de trois générations. Nous étions presque déçus », ajoute-t-elle en souriant. D’autres moments émouvants encore avec cette petite fille qui entend pour la première fois son histoire familiale à l’occasion de la venue de son papa dans sa classe, pour raconter son parcours de migrant.
Avant d’agir, il faut se découvrir. L’expo, Les migrants sont aussi des parents et des enfants de fin avril a été une première occasion pour atteindre cet objectif. Migratio, son prolongement à ne pas louper. Parlez-en à l’instituteur ou l’institutrice de votre fils ou de votre fille. Pour participer au projet ou demander plus d’infos : André Bossuroy, coordinateur de Migratio.

Myriam Katz

Zoom

Migratio, c’est :

► Une appli conçue et réalisée avec des écoles primaires, mais aussi des parents et leurs enfants.
► Des textes, des vidéos, des photos, des dessins, des liens internet, des actions, des news, une communauté d’utilisateurs pour agir ensemble.
► Fournir des éléments de réponse à la question Comment agir sur les causes des migrations ? et apporter des pistes concrètes d’actions citoyennes.

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Le Ligueur du 26 avril 2017 et son dossier consacré aux migrants, expliqués aux moins de 12 ans.

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