Vie de parent

Et dans votre vie de tous les jours,
comment ça se passe ?

Parce que derrière les chiffres et les pourcentages de notre enquête, il y a des parents… et des enfants, le Ligueur a rencontré des pères et des mères qui racontent leur expérience de l’inclusion au quotidien.

Et dans votre vie de tous les jours, comment ça se passe ?

Valérie, maman de Simon, 23 ans : « Il a terminé sa 6e professionnelle ! »
Simon est autiste. Il a terminé l’an passé sa 6e professionnelle. Petit déjà, il était suivi par une psychologue parce que c’était un enfant particulier. Mais le diagnostic d’autisme a été posé tard, quand il était en 6e primaire. Il a passé ses maternelles dans une école communale, une école à l’esprit ouvert : ça, c’est très important. Il n’était pas propre (il ne le sera pas avant sa 4e primaire) et il portait des langes. Il a fait ses primaires dans une école d’enseignement spécialisé : parce qu’il n’était pas capable de s’adapter à un enseignement normal et qu’aucune école ordinaire n’aurait accepté un enfant comme lui. Sans ce suivi individualisé, il n’aurait pas su lire et écrire. J’ai demandé une interruption de carrière de cinq ans. Il avait besoin que quelqu’un soit là pour lui à la sortie de l’école. Pour ses années de secondaire, on ne voulait pas d’un enseignement spécialisé : on avait peur qu’il régresse. Il les a vécues dans l’enseignement professionnel. Chaque année, on expliquait aux profs qui est Simon. Et, heureux hasard, il y en avait toujours un sensibilisé à son cas et il lui servait de faire-valoir. J’ai repris mon travail, mais à mi-temps. Bien encadré, Simon déployait des capacités. Pour les révisions à domicile, on se répartissait les matières, son papa et moi. Il a doublé trois fois. Et il a terminé sa 6e professionnelle comme auxiliaire administratif et d’accueil. Il était fier. Nous aussi. Pour sa recherche d’un travail, j’ai rédigé avec lui sa lettre de motivation : « Mon atout, je suis autiste. Il y a des avantages, etc. ». Il se débrouille avec les ordinateurs et les langues, il a une bonne culture générale. Il a été pris dans une entreprise de travail adapté. Il fait de l’encodage. Il est content, même s’il trouve le boulot répétitif… »

Luc, papa de Noémie, 16 ans : « On prend l’enfant comme il est… »
Quand c’est votre premier enfant, vous ne pouvez pas toujours identifier les troubles dont il est atteint. C’est l’école qui vous montre que votre petit dessine des étoiles rouges et non les boules jaunes qu’on lui a demandé. C’est aussi elle qui vous fait remarquer qu’il ne se retrouve pas au sein du groupe. Bref, vous découvrez que votre enfant n’est pas formaté. Nous sommes partis un an en Californie et là, nous avons vécu une toute autre expérience avec Noémie. L’école l’a prise comme elle est. D’autre part, les méthodes d’apprentissage sont très différentes : elles se font beaucoup par le chant et tout ce qui est le prélude de l’écriture se fait en majuscules, contrairement en Belgique où l’on débute dès la 3e maternelle avec la cursive.
Pour les enfants qui n’ont pas d’automatismes comme Noémie, l’écriture cursive est très difficile, parce que, très vite, elle ne sait plus où elle en est pour accrocher la lettre suivante. Je dis souvent que ses connexions cérébrales sont en pointillés…

Alexandra, maman d’Antonin, 13 ans : « Le train va trop vite ! »
Mon fils a de nombreux troubles de l’apprentissage aigus et n’est donc pas « classifiable ». Il a commencé ses maternelles dans l’enseignement ordinaire, mais, très vite, nous avons compris qu’il ne pourrait pas tenir le rythme en primaire. Le train va trop vite. Antonin est un peu comme une ardoise magique : on croit que tout est acquis et on se trompe. Les choses s’effacent au fur et à mesure si elles ne sont pas fortement entretenues. Mon fils a besoin d’un train qui s’arrête à toutes les gares, quitte parfois à faire marche arrière…

Yannick, papa de Samuel, 10 ans : « L’enseignement ordinaire… à quel prix ! »
J’ai beaucoup réfléchi à ce qu’on appelait il n’y a pas encore si longtemps l’intégration. Et je me suis dit : ‘Ou tu veux que ton gamin soit comme les autres et tu le pousses, pousses, tu l’épuises et tu ennuies tout le monde. Ou bien, tu te résignes et tu sais qu’il sera toujours différent. J’ai choisi la seconde formule. Pour la première, le prix était trop cher à payer.

Éliane, maman de Luc, 43 ans : « Pas la même vie s’il était resté dans le spécial »
Sourd de naissance, Luc a fait ses maternelles dans l’enseignement spécialisé. On pensait sincèrement que c’était ce qu’on pouvait lui offrir de mieux. Ce sont les institutrices qui nous ont conseillé de le mettre dans l’ordinaire parce qu’il était éveillé et intelligent. Sans ce changement, c’est certain, il n’aurait pas la même vie aujourd’hui ! À l’époque, aucune aide n’était prévue en classe pour ce type d’élève. Cela a peut-être aidé notre fils à devenir plus autonome. Son intégration dans l’ordinaire n’a pas posé de réels problèmes : ce handicap est sans doute plus facile à gérer pour les enseignants que tous les « dys » aujourd’hui. L’unique remarque concernant son handicap, c’était en supérieur : un prof a dit qu’un ingénieur sourd, ce n’était pas possible ! Un échec qui a donné à notre fils l’occasion de se tourner vers un métier plus social, qui lui correspondait davantage. Aujourd’hui, il est kiné et papa de deux enfants.

Alicia, responsable de la Maison des Chichous (Ciney) : « L’inclusion, un soulagement »
Pour certains parents, ce projet de Maison d’enfants où leur petit se trouve avec d’autres bambins non porteurs d’un handicap est un soulagement par rapport aux lieux d’accueil où tous ont le même handicap. Cette ouverture les rassure. Ils y voient aussi l’espoir que cela dynamisera leur enfant. Et les autres parents ? Une seule fois, j’ai senti que cette différence était un obstacle. Tous les autres sont enthousiastes : c’est une richesse pour tous.

Nèle, maman de Fleur, 22 ans : « Pour ne pas être un Pied Nickelé »
Moi, je plaide pour mettre les enfants en situation de handicap dans des écoles ouvertes à tous. C’est mon expérience avec ma fille qui me fait dire cela. Comme tous les enfants du monde, nos mômes aussi veulent ressembler aux autres. Vous les mettez dans un groupe de Pieds Nickelés, ils se transforment en Pieds Nickelés. D’accord, ils ne souffriront plus du rejet, mais ils ne vont plus beaucoup progresser. L’idéal : des auxiliaires de vie qui les accompagnent tout au long de leur parcours scolaire… Un rêve ?

Le chiffre

15 %

À l’heure actuelle, il n’existe pas de statistiques fiables sur le nombre de personnes en situation de handicap en Belgique et en Europe. Cependant, selon le European Disability Forum, les personnes handicapées représenteraient 15 % de la population européenne et un Européen sur quatre aurait au moins un handicapé dans sa famille.

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