Vie de parent

Et si vous désirez les accueillir,
que pouvez-vous faire ?

En voyant les images de ces embarcations remplies de naufragés, en écoutant l’histoire de ces parents qui ont fait des kilomètres dans le froid et la neige, on se sent si triste qu’on aimerait courir les aider. Mais comment ? Voici des expériences, des idées aussi que vous pouvez mettre en place, tout de suite, avec votre école, vos parents et grands-parents et pourquoi pas, avec les copains aussi.

Et si vous désirez les accueillir, que pouvez-vous faire ?

Avec votre école

Certaines animations, proposées notamment par la Croix-Rouge, permettent de se mettre dans la peau d’un migrant. Les élèves de primaire de L’Autre École à Auderghem ont fait cette expérience. Après avoir dû choisir les objets qu’ils emporteraient s’ils devaient quitter dans l’urgence leur maison détruite par les bombes, les enfants se sont lancés « pour du faux » dans le long parcours d’un migrant. En route, ils ont croisé des passeurs qui tantôt leur ont pris leur argent, tantôt les ont aidé à traverser la mer pour arriver, enfin, jusqu’à la frontière belge.
Plus de détails et les réactions des enfants de L’Autre École > Une matinée dans la peau d’un réfugié. Pour faire venir cette animation dans votre école, donnez à votre instituteur ou institutrice ce numéro de téléphone : 04/345 71 92.

Autre idée testée aussi par L’Autre École à la suite du parcours de migrants : interroger les parents et grands-parents afin de savoir d’où viennent les ancêtres. L’un d’entre eux a peut-être été jadis un migrant. Après cette petite enquête menée par les élèves dans leur famille, certains parents ou grands-parents ont été invités par les enfants à venir raconter, en classe, leur parcours de migrant.
Exemple avec Paola, la maman d’Ana Lou, qui a raconté à toute la classe de sa fille comment et pourquoi elle a fui, avec ses parents, le Chili et son dictateur Pinochet lorsqu’elle était enfant. Elle a raconté ses peurs en quittant le Chili et ses premiers souvenirs en Belgique, notamment lorsqu’elle a vu la neige pour la première fois en arrivant chez nous.
Écouter les migrants raconter leur histoire permet de mieux les comprendre et aussi de se mettre un tout petit peu à leur place. C’est aussi avoir moins peur d’eux, ce qui permet de mieux les accueillir.

Se procurer et jouer en classe au Jeu du migrant qui a été imaginé par Bonaventure Kagné (dont le Ligueur parlera bientôt), avec le soutien du Centre d’études et de mémoire des migrations subsahariennes (CEMIS). Le but de ce jeu qui se présente sous la forme d’un jeu de l’oie ? Récolter un maximum de cartes qui sont toutes basées sur des situations réelles vécues par des migrants. Un peu comme le parcours de la Croix-Rouge, ce jeu permet de se mettre dans leur peau.

Autre outil pédagogique, accessible gratuitement via le net : le tout nouveau projet Parlons jeunes, parlons clichés, proposé par le Délégué général aux droits de l’enfant. On y trouve une carte interactive, des vidéos réalisées par des jeunes et des infos pour combattre tous les clichés, notamment ceux qui concernent l’immigration ou le racisme, mais aussi les religions, la pauvreté, le handicap, l’âge, le genre.

Avec vos parents

Premier réflexe lorsqu’on veut aider les demandeurs d’asile ou les réfugiés qui sont arrivés chez nous : faire le tri dans sa garde-robe ou son grenier pour leur apporter des vêtements, des jouets, des draps ou du matériel pour les bébés, toujours en bon état, bien sûr. Ces derniers mois, les citoyens ont été particulièrement généreux et solidaires : certains centres et associations qui viennent en aide aux réfugiés ont encore besoin de matériel tandis que d’autres pas. Un site pour savoir où et comment aider les réfugiés : www.cire.be

On l’oublie parfois, mais en tant que consommateur, nous pouvons parfois agir ici en Belgique pour permettre que des gens vivent mieux, là-bas, dans leur pays lointain. Tout seul, c’est difficile, mais avec les parents, c’est possible de changer sa manière d’acheter, de consommer. Quelques exemples à souffler dans l’oreille de papa, maman, mais aussi des tantes, oncles et tous les adultes qui vous entourent :

• Le café du Kivu. Dans cette région de la République démocratique du Congo, des conflits ont ravagé les plantations de café. En achetant le café équitable, notamment chez Oxfam-Magasins du monde, on permet aux populations de ces hauts plateaux de rester chez eux et d’y vivre dignement.
L’épargne et les droits de l’homme. L’argent ne doit pas soutenir des fabricants d’armes ou autres entreprises pas très préoccupées par le bien-être du monde ? La banque Triodos finance uniquement des entreprises et des banques qui respectent les droits de l’homme.
Le Fairphone. Il existe aujourd’hui des smartphones qui sont fabriqués avec d’autres métaux que le tantale, l’étain et le tungstène qui proviennent de mines en zone de guerre. Une belle idée qui reste, hélas, aujourd’hui très chère.

Autre piste pour mieux faire connaissance avec des migrants et surtout se rendre compte de leur histoire et de leur parcours mais aussi de ce qu’ils peuvent apporter à leur pays d’adoption : surfez sur le site de la campagne I am a migrant. À découvrir, parmi les nombreux portraits de migrants : Jaouad, qui a quitté le Maroc pour venir chez nous avec sa famille. Aujourd’hui champion de Taekwondo, il a participé aux Jeux olympiques de Rio en 2016, sous les couleurs de la Belgique. Et si jamais vos parents (ou une personne de votre entourage) ont un jour été migrants, demandez-leur de vous parler de leur histoire avant de leur conseiller de la raconter ensuite sur www.iamamigrant.org

D’accord, tous ces choix semblent n’être qu’une goutte d’eau dans la mer. Mais si tous les consommateurs du monde comprennent qu’ils peuvent changer la vie de certains travailleurs, agriculteurs, etc., avec des gestes et des décisions simples, le monde tournerait beaucoup plus rond.

Avec vos grands-parents

Pourquoi, comme les élèves de l’Autre École à Auderghem, ne pas interroger vos grands-parents afin de savoir si, dans votre famille, un de vos ancêtres a un jour été un migrant d’un pays proche ou plus lointain ? Peut-être aussi certains membres de votre famille ont un jour quitté la Belgique pour aller s’installer ailleurs ? Il ne reste plus qu’à aller manger une bonne glace avec papy-mamy et les questionner.

Vous pouvez prolonger la discussion avec les grands-parents sur vos ancêtres en allant visiter le Musée Red Star Lines (Anvers). Il retrace le parcours de ces Européens et de ces Belges qui, au XIXe siècle, ont quitté la Belgique en bateau pour traverser l’océan Atlantique avant d’aller s’installer aux États-Unis.

Autre idée si vous avez entamé une grande discussion avec vos grands-parents et que vous avez 10 ans et plus : aller voir ensemble deux films pour mieux comprendre la réalité des migrants.

• Les enfants du Hasard : ce documentaire réalisé par Thierry Michel nous fait rencontrer des élèves d’une classe de Cheratte (Liège) qui sont tous des enfants d’immigrés. Leurs grands-parents sont arrivés en Belgique pour chercher du travail, notamment dans les mines. Ces enfants nous parlent de leur histoire et de la manière dont ils voient le monde aujourd’hui. Plus d’infos >Thierry Michel et Pascal Colson, autour du Hasard.
L’autre côté de l’espoir : dans ce film du réalisateur finlandais Kaurismäki, un peu plus difficile à comprendre, vous pouvez suivre le parcours de Khaled, un demandeur d’asile qui a fui la Syrie et qui se retrouve dans l’hiver glacial d’Helsinki.

Trois livres parmi d’autres pour en savoir plus ou prolonger la discussion :

Hakim court (Éd. Pastel) : un album, en noir et blanc, qui raconte l’histoire d’un gamin dont la maison est soudainement détruite par des bombes et qui doit se mettre, seul, sur la route de l’exil. Dès 7 ans.
Eux, c’est nous (Les éditeurs de jeunesse avec les réfugiés) : un petit livre facile à lire pour (encore) mieux comprendre les mots « frontière », « guerre », « urgence », « solidarité »… et « réfugié ». Dès 8 ans.
Planète migrant (Actes Sud Junior) : un documentaire, abondamment illustré, qui explique comment et pourquoi les hommes migrent depuis toujours. Dès 10 ans.

Avec vos copains

Si vous faites partie d’un mouvement de jeunesse, l’heure du grand camp approche. L’occasion aussi d’aider les enfants migrants. Deux belles initiatives :

• Inviter cet été un enfant migrant à vous rejoindre pour votre camp. Une occasion aussi de parler de ce sujet. Dites à vos chefs de se renseigner auprès de votre fédération de scouts ou de guides : certaines proposent des aides financières, des infos pour mettre ce genre de projet sur pied.
Scouts-Guides-Réfugiés en Belgiquesur Facebook : ce groupe rassemble des jeunes qui veulent venir en aide aux réfugiés. Avec des idées et des échanges de bons plans.

Vous faites partie d’un club de sport ? Pourquoi ne pas aussi intégrer un jeune migrant dans votre équipe dès la saison prochaine. Certains clubs de football, comme le FC Kraainem ont déjà tenté l’expérience en accueillant des MENA (mineurs étrangers non accompagnés) au sein de leurs équipes de jeunes.

Anouck Thibaut

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