12/15 ans

Handicap et scolarité : l'urgence
du terrain

Parents d’enfants en situation de handicap, vous le savez mieux que quiconque : entre maintes épreuves, celle de la scolarité relève encore trop souvent du parcours du combattant. Difficultés rencontrées pour mettre en œuvre des aménagements raisonnables, schizophrénie protocolaire, exclusion…

Handicap et scolarité : l'urgence du terrain

Les textes officiels reconnaissent pleinement le droit à la scolarisation des enfants handicapés. Malheureusement pour beaucoup de familles, ce droit a encore du mal à se traduire dans les faits. Tous les enfants qui pourraient être scolarisés ne le sont pas, bien que leur nombre soit en baisse et les réticences moins vives. L’enjeu se situe au niveau de la société tout entière : élargir la place, changer le regard. Personne ne conteste que la scolarisation soit la clef de l’insertion et de la mixité sociale et culturelle… Et pourtant, les embûches sont de taille.

Neuf semaines sans école

Et en termes d'embûches, nos lecteurs ne sont pas les plus épargnés si on en croit les nombreux témoignages recueillis. Parmi eux, celui de la famille Paulus. Leur fils est resté neuf semaines sans aller à l'école. Jeune garçon atteint d'autisme, « il avait trouvé depuis six ans son équilibre dans un internat spécialisé », raconte Dominique, la maman. Même si le quotidien n'est pas tout rose, son enfant se forge des bases solides : « Activités adaptées, copains, tout un petit monde important ».
Puis surgit l’événement qui va bouleverser ce fragile équilibre. Suite à une bêtise insignifiante, une éducatrice spécialisée, sûrement dépassée par sa colère, assène devant les copains du garçon qu’il a un âge mental de 5 ans. Et lui attrape violemment le poignet. En réaction immédiate, une colère violente du garçon. « Mon fils n’a pas le choix des mots », confie Dominique.
La suite va très vite, sans autre explication que celle de ne pas être un établissement suffisamment « outillé » pour ce genre de handicap. L'enfant est exclu. Et comme le champ de l'absurde est vaste, la direction de l'école, la même que celle de l'internat du jeune élève, informe les parents que leur fils a totalisé cinquante demi-journées d'absence et qu'il est donc en infraction.
La bataille va alors durer neuf semaines. Une période de sacrifices, d'incertitudes et d'angoisses. Une période où le père va frapper à toutes les portes et se confronter aux aberrations des rouages administratifs. « Une situation malheureusement très courante et évidemment mal vécue par les parents », confirme Thérèse Kempeneers, secrétaire générale de l’association francophone d’aide aux personnes porteuses d’un handicap mental (Afrahm).

Un manque d'information et de formation

Pourquoi l’Éducation n’offre-t-elle pas une place plus confortable pour les élèves en situation de handicap ? L’urgence scolaire, il est vrai, est déjà rudement chargée par les difficultés sociales, la violence et autres carences.
Devant cette montagne de problèmes, la situation des enfants handicapés n’est clairement pas une priorité. Pourtant, il y a à faire : locaux non accessibles, moyens et services d’accompagnement insuffisants, manque d’information, préjugés, peurs, insuffisance, voire absence de dispositifs de soutien et d’orientation même des enfants. Thérèse Kempeneers pointe du doigt le manque de formation des enseignants : « Ils ne peuvent pas établir un plan individuel d'apprentissage. Ils se retrouvent face à des élèves qui ont des besoins spécifiques. Or, il faut armer nos enseignants, leur fournir des outils pédagogiques. »
Parfaitement au courant de la situation de la famille Paulus, représentative de tant d'autres, la secrétaire générale constate que les solutions apportées aux parents sont minces. « Il faut pourtant trouver des pistes, un enfant ne peut pas rester hors du système scolaire. Les centres PMS devraient jouer le rôle de tiers et permettre de trouver une réorientation aux enfants. Les familles doivent être épaulées. »

Un accompagnement au long cours

Un membre du centre PMS de Saint-Gilles rappelle que « Améliorer la scolarité des élèves handicapés, les biens et les services, c’est améliorer la vie de tous dans notre société. C’est un investissement productif pour tout le monde et nous manquons cruellement de moyens pour y arriver. »
C'est dans ce sens que Dominique Paulus milite, entres autres, pour « la création d’une cellule ‘exclusion’ à la Fédération Wallonie-Bruxelles ». Initiative pour laquelle parents et acteurs du terrain se battent, dans l'espoir d'être entendus par les pouvoirs publics.
Côté autorité justement, le porte-parole de Marie-Martine Schyns, ministre de l'Enseignement obligatoire, également au courant du sort de la famille Paulus, condamne fermement ce genre de situation. « Nous sommes parfaitement conscients du bouleversement qu'une situation comme celle-ci peut entraîner. Nous nous efforçons chaque jour de mettre en œuvre une politique plus juste pour ouvrir grand les portes de l'école pour tous. »
À la question de l'exclusion des jeunes en situation de handicap, de l'absence de pistes pour les parents, des carences dans la formation des enseignants, le cabinet ministériel assure prudemment « de son engagement à accompagner les jeunes dans leur parcours de vie, de la scolarité à l’emploi, notamment par les expérimentations et la réflexion sur de nouvelles pistes d’actions ». De quoi rassurer les familles et les militants ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

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Neuf semaines sans école…

Mon fils est resté sans école pendant neuf semaines. Non, je ne vous écris pas ce billet d’Afrique : nous sommes bel et bien en Belgique. Est-ce possible ? Chez nous, pays de l’obligation scolaire pour le bien de tous nos enfants ? Qui plus est, avec un enseignement spécialisé adapté aux besoins des plus fragiles ?

 

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