Le « p’tit Joël » et tous les autres

Le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Inclusion d’enfants et d’ados en situation de handicap, en situation sociale précaire, en situation d’exil, mises à la marge de notre société pour des raisons religieuses ou ethniques… Ces expériences peuvent être portées par des associations comme par des individus, pourvu qu’elles puissent apporter des infos, des adresses utiles, des pistes, un mode d’emploi, à ceux et à celles qui aimeraient mettre en place des projets similaires.

Le « p’tit Joël » et tous les autres

Inclusion-exclusion. Les deux flirtent couramment. C’est le cas du « p’tit Joël », 6 ans, Rwandais, intégré dans une école communale en dépit d’une maladie grave - la dysplasie osseuse. Sa maman, Peace, et lui sont menacés d’être expulsés du territoire. Sans une grosse mobilisation de la part des parents et de ses copains, nous n’en parlerions pas aujourd’hui. Pour ce petit bonhomme et les milliers d’autres en attente de régularisation médicale, que faire et pourquoi agir ?

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, hein ? ». Réprimez et vous serez taxé de bien-pensant. Dans ce monde, c’est une insulte. On peut éviter en revanche de jouer les chiens galeux. Difficile d’entendre raison quand l'Office des étrangers (qui a refusé de nous répondre) réfute l’avis des médecins qui suivent Joël depuis 2010, date de son entrée sur le territoire.
Ce petit a déjà subi de nombreux traitements : port d'un corset plâtré, opération de la colonne et, tout récemment, rallongement d’une jambe. Les spécialistes par qui il est suivi affirment que s'il retourne dans son Rwanda d’origine, il s’expose à un décès précoce. Les soins dont il a besoin sont inexistants sur place.
Confrontée à un acharnement - généreux, lui - de la part des institutions et à une situation financière désastreuse, Peace, la maman, se trouve dans l’urgence. Dans un cas semblable à celui-ci, comment faire ? Voyons ce que parents, professionnels et enfants, rencontrés à l’occasion de la manifestation de soutien à Joël devant l’Office des étrangers, conseillent.

Vos armes, citoyens

Au milieu des ballons, des banderoles, des instruments de musique et des caméras de télé, Joël semble ému. Un parent nous raconte comment est née la mobilisation : « Une institutrice de l’école a rendu visite au petit hospitalisé. Elle est rentrée sous le choc et a informé illico les parents de la menace qui frappe Peace et Joël. Quelques élèves présents à ce moment-là se sont alors mobilisés. De leur propre chef, ils ont fait tourner une pétition. »
La fronde parentale et enfantine s’est organisée conjointement. Des petits ont créé des évènements, vendu des pâtisseries, pour aider la maman financièrement. Ils posent aussi des questions qui font mal : « Un papier, c’est plus important qu’une vie ? Joël n’a pas la même valeur qu’un enfant valide ? »
Cette mobilisation extraordinaire est une initiative purement citoyenne, accompagnée par RESF et le CRER. Le mouvement citoyen Tout autre chose, également présent, nous dit : « Si des parents ou des professeurs se retrouvent face à une telle situation et ne savent pas comment agir, il ne faut pas hésiter à venir en parler à des professionnels, comme nous, entre autres. Les réseaux sociaux sont une bonne arme et aident énormément. C’est un devoir de citoyen de protéger son entourage. Expliquez bien aux enfants que chaque humain est une étoile et que chaque étoile doit briller. »
Un peu plus loin, une bibliothécaire scolaire raconte : « On a beaucoup travaillé avec des outils pédagogiques adaptés. Des dessins animés comme Zarafa, des livres, notamment La chasse aux enfants, l'effet miroir de l'expulsion des sans-papiers. Comment expliquer à un enfant qu’un pupitre va rester vide ? Une histoire est plus percutante qu’un long discours ». Une maman complète : « On a aussi dressé ensemble toute une liste de questions. C’est bien de savoir ce qui interpelle les petits. »
Alexis Deswaef, président des Droits de l’Homme, venu apporter son soutien, explique : « On a un ou deux dossiers semblables par semaine. Il faut lutter face au raffermissement des institutions qui mettent des lois en application de façon aveugle et inhumaine. Elles sont obsédées par les chiffres. Il faut scander haut et fort que tout ceci ne se fait pas en votre nom, vous, parents, vous, profs, vous, enfants. N’hésitez pas à introduire des recours pour revenir à une interprétation humaine des choses. »
Dans quel but ? Ce petit copain de Joël a peut-être la réponse : « Je me rappellerai de ce jour toute ma vie. Et quand on commence une bonne bataille, on n’a plus jamais envie de s’arrêter après ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

Lu pour vous

Sacha loin de son pays, P. Amirghasemkhani et F. Thome aux éditions Érasme. Derrière ce mignon petit ouvrage se cache une redoutable arme pédagogique. Ce livre explique à vos enfants des thèmes comme l’expatriation, la guerre, mais aussi le respect et l’empathie. Un gros pas vers l’autre, en somme.