Vie de parent

Le parc Maximilien,
honte et espoir

La bonne nouvelle du jour, c’est l’ouverture d’un lieu pour permettre aux migrants qui fuient les conflits et passent par la Belgique de souffler dans des dispositions sanitaires un minimum décentes. Pour bien comprendre à quel point c’est important, voici un aperçu de la réalité du parc Maximilien. Elle est racontée par ceux qui agissent. Il est préférable de les écouter, plus que les ministres qui craignent les « appels d’air ».

Le parc Maximilien, honte et espoir

Contrairement à ce qui peut circuler à droite à gauche, la situation du parc Maximilien n’est pas sous contrôle. Sur le plan médical, Médecins du Monde tire la sonnette d’alarme. Les médecins sur place alertent en signalant des cas de gale et de tuberculose liés aux conditions sanitaires dans lesquelles vivent les migrants. Un accès sécurisé aux personnes qui fuient leur pays est plus que nécessaire. Le conseil communal de la Ville de Bruxelles vient justement de voter l'accord pour louer un immeuble qui sera mis à la disposition des associations prêtes à organiser l’accueil de migrants durant l’hiver. Des bénévoles nous racontent pourquoi ça devenait vraiment urgent.

Un champ de bataille

La semaine passée, toute la presse a couvert ce que le Mouvement Ouvrier Chrétien a qualifié de « rafle » sous le regard impuissant de citoyens et de bénévoles écartés de force. Au parc, tout s’organise sous l’égide efficace de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Des familles, des jeunes travailleurs, des étudiants, tous inscrits via la page Facebook, permettent aux migrants sur place de passer une ou plusieurs nuits dans des conditions confortables.
Comment fonctionne le principe ? C’est une sorte de starter. La Plateforme coordonne les besoins et les demandes. Plusieurs fois par jour, elle informe les usagers avec des infos du type : « Plus de 20 personnes à loger, dont près de la moitié sont des femmes ». Les personnes inscrites se mettent en action, elles connaissent quelqu’un qui connaît quelqu'un qui peut héberger. Beaucoup de gens se rendent sur place également.
Maude, jeune étudiante de 20 ans, raconte les scènes du quotidien. « Le plus souvent, nous avons deux coordinateurs sur place qui rassurent les deux parties. Migrant d’un côté, accueillant de l’autre. Depuis la grosse descente de flics de dimanche dernier, on sent que les tensions dans le parc sont plus aigües. Dès qu’un gyrophare se pointe, on entend des ‘Run, run, run’ (Courez, courez, courez) qui fusent de partout. Les migrants détalent. On les comprend, certains d’entre eux ont subi une dizaine d’arrestations ».
Au milieu des tensions, pas mal d’actes de courage. Des pères de famille qui protègent des migrants en les cachant dans leur voiture le temps de la descente de police. Des mamans qui font barrage fasse aux forces de l’ordre. Des étudiants qui filment pour témoigner des violences policières. Tous se font embarquer également.
Pour quels motifs ? Fabienne, maman de deux enfants de 6 et 13 ans, est partie au poste cette semaine, quelques heures, sous les yeux de son fils aîné. Elle explique : « La police prétexte que l’on interfère violemment et que l’on empêche les forces de l’ordre de faire leur boulot. Ils n’ont aucune information fiable. Il faut voir la violence avec laquelle ils agissent. Ils le font auprès de personnes qui ne sont pas agressives. Le plus souvent, les gens du parc ont froid, passent les journées dehors, sont affaiblis, sous-alimentés, crevés, ils ne présentent aucune menace physique ».
Côté force de l’ordre, on prétexte la traque de passeurs pour l’Angleterre, eldorado de beaucoup de personnes présentes sur place. Mais au milieu de ce champ de bataille, il pousse évidemment de jolies choses. Et comme le p’tit colibri, ça ne semble pas bien compliqué de faire sa part.

Ceux qui ouvrent leur porte

Ainsi Anne-Marie, citoyenne engagée, nous raconte ses expériences. Elle commence humblement par nous dire qu’elle héberge moins que la plupart des personnes. « Beaucoup le font plusieurs fois par semaine ».
Tout a commencé lors d’une manifestation de soutien aux migrants avec le « Nouveau Maximilien ». Elle est donc rentrée en contact avec la Plateforme citoyenne, via le célèbre Yoon, coordinateur que l’on voit tous les soirs courir d’un groupe à l’autre dans le parc Maximilien. Anne-Marie Dieu est maman de jumeaux de 16 ans, un garçon, une fille, et d'une aînée de 18 ans. Les jeunes femmes sont inquiètes et ne comprennent pas la volonté de leur mère d’ouvrir les portes de la demeure familiale. Son aînée lui dira même : « Tu peux accueillir, mais dans ta chambre, pas dans la mienne ».
C’est d’abord une jeune fille érythréenne que la famille va accueillir. « Je voulais héberger une jeune fille d’abord pour rassurer mes filles. Je l’ai rencontrée au parc Maximilien et lui ai proposé. Elle avait évidemment très peur. D’abord une nuit, et puis finalement, elle est restée tout le week-end. Elle était épuisée. Mais elle a préféré regagner le parc dès le lundi pour pourvoir atteindre l’Angleterre. Par la suite, nous avons hébergé des jeunes hommes. Car c’est la majorité dans le parc. Je suis allée faire le relais chez d’autres personnes et je les ai conduits au 85 rue Léon Théodor, à Jette, pour qu’ils bénéficient de toutes les aides juridiques en arabe ».
Ce fameux local propose plusieurs service d’accompagnement social et administratif, de distribution de vêtements, kits hygiène et tout autre matériel nécessaire aux bénéficiaires. Mais aussi une école pour enfants, l’école Maximilien, et des cours de langues en français et néerlandais pour adultes, l’école adultes Maximilien. Il existe également un espace exclusivement dédié aux femmes, véritable lieu de rencontre et d’échanges multiculturels, l’Espace-Femmes. Enfin, il existe même un cybercafé, le CyberMax, pour des petits coups de pouce numériques, accéder à internet, rédiger des CV, rechercher un emploi, etc.

Ce sont eux qui ont peur

On retrouve Fabienne, qui héberge régulièrement des familles. « Je fixe des objectifs clairs. Vous pouvez rester tant de temps, vous pouvez vous servir dans le frigo, utiliser la salle de bain. Mettez à profit ce séjour, dormez tant que vous voulez, mais profitez-en aussi pour faire des démarches administratives et faire avancer votre situation ».
Anne-Marie donne des conseils à ceux qui veulent aider. « Il ne faut surtout pas stresser et être le plus naturel possible. Et, surtout, bien se rappeler que ce sont eux qui ont peur. Ils risquent beaucoup, nous rien. Quant à l’alimentation, pas de soucis, ne changez rien, ils se servent de ce qu’ils aiment et laissent le reste. On communique beaucoup avec les mains, avec les sourires, avec des dessins, avec des applications de traduction. Quand ils arrivent du parc, ils ont besoin de dormir. Ils sont épuisés. Il ne faut donc pas s’attendre à de grands échanges et les laisser tranquilles. S’ils restent plusieurs jours, là les discussions deviennent plus intéressantes. Mes enfants ont beaucoup joué avec eux aux jeux de société, à la console, ils ont regardé des films. C’est évidemment très enrichissant. Beaucoup de copains de mes enfants sont passés et on sent bien que ça ouvre les horizons des deux côtés ». C’est un peu le principe de l’accueil, non ? Peut-être même plus qu’une matraque.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Accueillir, légal où illégal ?

Nous vous le rappelions cette semaine, on persiste et on signe : accueillir chez soi un réfugié n’est pas illégal. Pourquoi ? Parce que les citoyens qui ouvrent leur portes aux réfugiés qui fuient la guerre sont protégés par « l'exception humanitaire ». Toute démarche basée sur un principe humanitaire ne peut pas être poursuivie.

Les voisins solidaires

La Ligue des Familles et Convivial proposent aux citoyens de rentrer en contact avec des réfugiés habitant à proximité. Aide aux devoirs ou au transport, découverte de son quartier ou de la ville, lecture du courrier, conversation en français, partage d’un repas,… Retrouvez toutes les infos et agendas sur la page du projet Voisin Solidaire.

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