Vie de parent

Les migrants sont aussi des parents

Des millions de personnes sont déplacées dans le monde, dont près de la moitié sont des enfants. Une partie passe par chez nous. L’occasion en cette journée internationale des migrants de se demander si, nous parents, sommes concernés par cette question.

Les migrants sont aussi des parents - Thinkstock

L’humanité a connu de tous temps des migrations diverses et la Belgique a été, à la fois, terre de migrants et terre d'accueil de nombreuses populations, avec des réussites significatives.

Une journée utile

Nous avons rencontré Anne-Marie Dieu, sociologue, vice-présidente de la Ligue des familles, directrice de recherches à l’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse, sur l’actualité de ce(s) phénomène(s) en lui demandant s’il y a, aujourd'hui, des raisons particulières d'organiser une journée mondiale sur le sujet? « La journée internationale des migrants a été instituée il y a quatre ans par l’ONU pour attirer l’attention sur une convention adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 18 décembre 1990 mais restée inapplicable faute de ratifications suffisantes. Comme de nombreuses journées dédiées à un thème, elle est l’occasion d’aborder le sujet de manière détaillée et nuancée. Nous vivons une époque marquée à la fois par de nombreux mouvements de migration, internes (au sein d’un même pays) et externes, mouvements suscités par de nombreux facteurs : tant négatifs, comme les conflits, les guerres, les persécutions (cas des demandeurs d’asile), les catastrophes climatiques, la misère, que positifs comme l’envie de découverte d’une autre culture, le désir de s’établir, d’étudier ou de travailler dans un autre pays pour quelques années de sa vie. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler à cet égard que la plupart des migrants venant en Belgique proviennent d’autres pays européens et que de nombreux Belges émigrent aussi à l’étranger. Depuis quelques années, les pays occidentaux développent cependant des politiques de plus en plus restrictives face aux migrations, oubliant quelque peu leur histoire, leurs valeurs ainsi que les aspects positifs des phénomènes migratoires. Cette politique restrictive est très coûteuse financièrement (une seule expulsion coûte 25 000 €) et met en danger des droits fondamentaux. Une journée internationale sur le thème des migrations apparaît donc tout à fait indiquée. »

La Ligue de tous les parents

Néanmoins, quelle peut être, à vos yeux, l'implication d'un mouvement de parents  sur ces questions? « Pour la Ligue de toutes les familles et de tous les parents, nos actions dans le domaine du soutien à la parentalité, de l’éducation, de la revendication de droits s’adressent bien entendu aussi aux familles migrantes ! Dans des cas de figures particuliers, nous avons aussi à poser des actes de solidarité active et à rappeler à nos autorités les règles et traités internationaux qu’elles ont ratifiés et par lesquels elles se sont engagées à respecter les droits fondamentaux des migrants. Ceci n’est pas toujours le cas actuellement, ce qui nous interpelle. Plus fondamentalement, dans les mois qui viennent, sur base d’un travail de réflexion collective interne, nous allons préciser la position de la Ligue des familles en ce qui concerne les familles migrantes et, notamment, les familles en demande d’un droit d’asile, avec une attention particulière à la situation des familles avec enfants. »

Combattre les clichés

En tant que parent, dans le concret de la vie quotidienne, on se sent parfois démuni face à des situations aux implications tant nationales qu’internationales. D’où cette question : comment aborder les problématiques liées aux migrations dans notre vie de tous les jours avec nos enfants? « De plus en plus souvent, nos enfants côtoient des enfants de toutes nationalités sur les bancs de l’école. Rares sont par ailleurs les familles qui n’ont pas connu des épisodes migratoires, de manière temporaire ou définitive, dans leur trajectoire… Je pense que c’est à partir de là que l’on peut aborder la question des migrations ensemble… En tant que parent, il nous appartient aussi de nous informer, de ne pas nous contenter de clichés ou de phrases toutes faites. Différents ouvrages et outils sont disponibles pour guider la réflexion. On peut notamment en trouver sur le site du CIRÉ (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) qui propose notamment trois films d’animation contre les idées reçues sur l’immigration. »

Michel Torrekens

EN SAVOIR +

  • La ligue des familles s’est positionnée sur cette problématique dans un édito du Ligueur : La politique d’asile belge en question.
  • À l’occasion de cette journée, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a publié son dernier rapport statistique et démographique sur les migrations. Constat : il existe un équilibre entre les entrées et les sorties sur notre territoire. Sur cent migrations en 2012, il y a eu 59 immigrations et 41 émigrations pour 250.000 mouvements migratoires enregistrés. De plus, les chiffres montrent que l’immigration n’est pas majoritairement africaine ou asiatique, mais intra-européenne et donc légale pour la plupart puisque couverte par le droit de libre circulation. À découvrir dans le cadre de leur campagne 2013.
  • Nouveau site internet pour les primo‑arrivants en Belgique francophone : Vivre en Belgique. Cet outil, en six langues, accessible, intuitif et concret, vise à faciliter l'autonomie des personnes primo-arrivantes, en fournissant des informations de base sur le fonctionnement de notre société, des conseils, des lieux ressources, etc. Un outil pour contribuer au « vivre ensemble ».
  • Migration : les enfants d’abord ! : le réseau européen des « ombudspersonnes » pour enfants (ENOC), présidé par le Délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, a décidé d’aller à la rencontre des enfants migrants afin de recueillir leur parole, leurs témoignages. De cette initiative est né le film « Children on the Move : Children First ! ».
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La politique d'asile belge en question

Comprendre les tenants et aboutissants de la politique d’asile n’est pas aisé, surtout avec les déclarations en tous sens et souvent contradictoires qui circulent. Quelques données de base semblent utiles à rappeler en ces temps de confusion, où des hommes, des femmes, des enfants perdent la vie sur des bateaux d’infortune aux portes de notre Europe forteresse et où, ici en Belgique, des personnes se font molester quand elles manifestent pacifiquement pour le respect de leurs droits.

 

Les réfugiés ont aussi droit à un peu d’humanité

Joël, 6 ans, est un enfant gravement malade que l’Office des étrangers veut renvoyer au Rwanda. Au-delà de son histoire que vous pouvez lire en détail ci-contre, n’oublions pas tous les autres enfants et leur famille qui sont expulsés dans le silence. D’autres enfants, des Roms, dorment aujourd’hui dans la rue à quelques mètres de l’Office des étrangers. Et il y en aura d’autres encore. La Ligue des familles demande des règles d’accueil et d’hospitalité des familles plus humaines et respectueuses.

 

Sophie : « Ce ne sont pas des touristes ! »

Le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Inclusion d’enfants en situation de handicap, en situation sociale précaire, en situation d’exil, mises à la marge de notre société pour des raisons religieuses ou ethniques… Ces expériences peuvent être portées par des associations comme par des individus, pourvu qu’elles puissent apporter des infos, des adresses utiles, des pistes, un mode d’emploi, à ceux et à celles qui aimeraient mettre en place des projets similaires.

 

« J’ai compris que j’allais crever ici »

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Des familles de réfugiés resteront sur le banc

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