Vie de parent

« On n’enferme pas un enfant. Point. »

20 novembre, vous le savez peut-être, les petits humains sont à l'honneur. Journée internationale des droits de l'enfant oblige. Si elle peut sembler anecdotique pour certains, cette année elle revêt une saveur particulière. Un peu partout l'intérêt supérieur des enfants est bafoué. Profitons de cette journée pour rappeler la profession de foi de la Ligue des familles. Elle est simple. On n'enferme pas un enfant. Point.

« On n’enferme pas un enfant. Point. » - © Christophe Licoppe / Photo News

Anecdotique la journée des droits de l'enfant ? Encore moins cette année que les autres. 2018 aura eu son lot d'infos consternantes. Rappelez vous, les tout puissants américains qui ont choqué avec ces images insoutenables de petits migrants derrière les barreaux. On parle de 12 800 enfants détenus au mois d’août sur le sol américain contre les 2 800 dans une ère pré-Trump. Guère plus glorieux chez nous : des enfants sont placés dans des maisons familiales et des mineurs en centres fermés.

C'est arrivé près de chez vous

Aujourd’hui, en Belgique, des familles sont empêchées de vivre sereinement. Parce qu’elles viennent d’ailleurs, leurs droits ne sont pas respectés et leurs enfants sont menacés d’enfermement.
C’est dans notre ADN. La Ligue des familles s’engage pour toutes les familles, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, de toutes conditions, orientations, confessions ou cultures. C’est inscrit dans notre histoire, longue de presque un siècle, dans nos valeurs, nos statuts et nos actions.
Plus encore, l’intérêt supérieur des enfants est à nos yeux un principe essentiel. Toute entrave au respect de leurs droits ne peut nous laisser indifférents. Or, depuis quelques années, certaines familles subissent de plein fouet des décisions qui violent leurs droits fondamentaux. Ces familles n’ont commis aucun crime. Migrantes, elles n’ont fait que quitter leur pays pour survivre et offrir un avenir à leurs enfants.

De tous temps, les familles ont migré

Partout dans le monde et de tous temps, les familles migrent. Pour échapper aux guerres, à la violence, aux persécutions ou à la pauvreté, elles abandonnent leur foyer et recherchent un asile ailleurs. Au XIXe siècle, 12 % des familles européennes ont émigré vers les Amériques (USA, Canada, Brésil, Argentine) pour fuir la pauvreté. Un siècle plus tard, à la veille de la Première Guerre mondiale, 5 % de la population mondiale fuient notre continent dans l’espoir d’une vie meilleure. Aujourd’hui, dans l’autre sens, c’est 0,8 % de la population mondiale qui se déplace vers l’Europe. Seules 0,3 % de ces personnes obtiennent le statut de réfugié. En Belgique, 3 800 personnes auraient reçu ce statut. Une goutte d’eau.

Des familles menacées d’enfermement

Une goutte d’eau quand on prend un peu de recul historique. Pour mémoire, notre pays avait abandonné cette pratique de détentions de mineurs en 2008 car condamné plusieurs fois par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour traitement dégradant et inhumain sur enfant.
Aujourd’hui, tout est prêt pour que, de nouveau, des enfants et leurs parents soient privés de liberté pour raisons migratoires. Les bâtiments sont construits, les structures existent.
Enfermer un enfant est inacceptable. C’est la raison pour laquelle la Ligue des familles soutient la campagne « On n’enferme pas un enfant. Point. ». Comme l’ONE, la Ligue des Droits de l’Homme et des dizaines de mouvements en Belgique. Et dans les traces de Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, qui appelle les États membres à « s’engager à examiner des alternatives à la détention de réfugiés et de migrants, et de faire en sorte que les enfants, par principe, ne soient jamais détenus, pour des raisons de politique migratoire ».

Les droits de ces familles remis en question de toutes parts

Ce n’est pas tout. Le 1er avril dernier, entrait en vigueur une loi contre les « reconnaissances frauduleuses ». Cette loi permet désormais à un agent de l’état civil de refuser à un père le droit de reconnaître son enfant, sur base d’une suspicion.
L’intention du père serait malhonnête et ne viserait que l’obtention d’un droit de séjour pour lui ou l’enfant. Les conséquences de cette loi sont graves pour la famille. Sans droit de séjour, les enfants peuvent être expulsés et la famille peut être séparée parce que sans existence légale.
Des associations ont demandé à la Cour constitutionnelle d’annuler cette loi : parmi elles, la Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE), dont la Ligue des familles est membre.
Nous demandons également, aussi devant la Cour constitutionnelle, le retrait d’une loi qui pénalise fiscalement les familles demandeuses d’asile en les privant d’un avantage fiscal pour enfants à charge. Cette loi odieuse est discriminatoire et s’attaque à des familles migrantes en grande précarité.

Familles unies, voisins solidaires

Les migrants vivent de multiples injustices qui ont des conséquences très dures sur leur vie de famille. Mais une fois régularisés via l’obtention d’un titre de séjour, ces ménages n’en ont pas fini avec les difficultés.
La Ligue des familles, avec l’association Convivial, s’est lancée dans le projet Voisins Solidaires. Des dizaines de bénévoles nous ont rejoint pour se mettre en relation avec des familles réfugiées vivant près de chez eux. L’idée est simple : partager des moments avec les enfants, faire découvrir son quartier, donner un coup de pouce… Parce que l’hospitalité est pour nous une valeur essentielle. Parce que la dignité est aujourd’hui davantage du côté des citoyen·ne·s que de certain·e·s de nos responsables politiques. Et parce que c’est dans notre mission, tout simplement.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles

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Si Mineurs

Lecteurs du Ligueur, une petite surprise vous attend dans votre magazine, à partir du 19 décembre et 1 fois par mois pendant 6 numéros, un supplément détachable est consacré à l'actualité des mineurs en exil. L'idée ? Traiter de sujets en lien avec les questions de migrations. Ce magazine est publié à l'initiative du Ciré et nous avons hâte de vous le faire découvrir.

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