Vie de parent

Parents et indépendants,
compatible ?

Quand la Ligue des familles affirme qu’elle représente tous les parents, elle ne plaisante pas. Pour preuve, cette enquête qui s’intéresse aux différentes préoccupations de nos parents travailleurs sous le statut d’indépendant. Vous en connaissez tous. Vous en êtes peut-être. Force est donc de constater que cette différence de régime change pas mal de choses, dont certains aspects liés à la vie de famille. On vous révèle les grandes lignes de l’enquête présentée ce matin même.

Parents et indépendants, compatible

Dressons un portrait-robot des 635 parents indépendants qui ont répondu à l’enquête. 81 % d’entre eux sont des femmes contre 19 % d’hommes. Information importante. Traduirait-elle une implication plus importante des mamans dans les questions liées à la conciliation entre vie de famille et vie professionnelle ?
Ici, 85 % des répondants vivent en couple avec leurs enfants ou beaux-enfants. 39 % d’entre eux ont deux enfants, 29 % un enfant et 25 % trois enfants. De manière générale, ils travaillent beaucoup : 56 % le font plus de 40 heures par semaine et 7 % plus de 60 heures. Voyons donc comment ces réalités parentales s’articulent.

Vie familiale et vie professionnelle : et le temps dans tout ça ?

Le chiffre : 90 % des parents indépendants ont des difficultés à articuler leur vie familiale et leur vie professionnelle. Les raisons ? Avant tout, un manque de temps au quotidien qui a des conséquences sur la santé physique et psychologique des parents.
Les parents nous disent : Fabio, papa de deux garçons de 8 et 10 ans, nous parle du temps, une denrée rare.

« Je bosse principalement pour un seul et même client chez qui je fais de la programmation. La différence que j’ai avec un salarié qui a un contrat fixe, c’est que mon client adore me prendre tout mon temps. Comme je suis payé au forfait, pas de problème d’horaires figés pour lui. ‘Indépendant’, chez plein de personnes, ça veut dire ‘fléxible’. Du coup, il n’y a pas un soir où j’arrive à l’heure pour récupérer mes gosses à l’école. Idem pour les week-ends. Me faire venir un samedi ? C’est courant. Je peux difficilement refuser ».

Le chiffre : 23 % des indépendantes n’ont pas pris leur congé de maternité, 64 % des hommes leur congé de paternité. Dès la naissance, les hommes et les femmes indépendants ne sont donc pas à égalité. Près de 1 indépendante sur 2 a travaillé lors de son congé de maternité. Suspendre totalement l’activité n’est pas toujours évident pour les indépendants.
Les parents nous disent : Adrien, papa séparé d’une fille de 9 ans, revient sur la naissance de sa fille et la façon dont il est passé à côté de cet évènement majeur.

« Au moment de la naissance d’Élie, je commençais mon activité de graphiste. Après des années et des années de galère, ça commençait juste à rouler. Il était hors de question de lever le pied, j’aurais perdu des contrats hyper-importants. Ce que je n’ai pas réalisé à l’époque, c’est que ma femme était épuisée. Elle était seule à bord et nous nous sommes éloignés petit à petit. J’enchaînais les contrats sans me ménager de temps pour profiter de mon bébé et de ma famille. Je me suis retrouvé déconnecté de mon clan. Le nez dans le guidon, je n’ai rien vu venir. Des années plus tard, je me dis que cette volonté d’être indépendant m’a coûté bien cher ».

Des sacrifices préoccupants

Le chiffre : 82 % des parents indépendants travaillent en étant malade : une obligation et non un choix. Ils le font régulièrement, voire systématiquement.
Les parents nous disent : Marina, maman de trois enfants de 3, 7 et 9 ans, est stupéfaite que ce chiffre soit si « faible ».

« 82 % ? Cela me semble incroyablement bas. Je suis architecte et je côtoie évidemment beaucoup de métiers indépendants : des entrepreneurs, des designers, des maîtres d’œuvres, des dessinateurs en bâtiments, sans compter tous les métiers sur les chantiers, etc. Je n’en ai jamais vu un seul d’entre eux ne pas venir travailler parce qu’il était malade. C’est notre lot quotidien. Et quelque part, on connaissait le prix à payer dès le départ : on ne bosse pas, on ne gagne rien. Et par rapport aux enfants, c’est un peu la même chose, non ? Un parent, même malade, ça ne s’arrête jamais ! »

Le chiffre : être indépendant·e, c’est une forme de liberté mais c’est aussi beaucoup de contraintes qui empêchent parfois de partir en vacances avec sa famille. C’est le cas pour 33 % des répondants de l’enquête.

La crèche ? Pas le choix

Le chiffre : 85 % des parents indépendants mettent leur enfant dans une structure d’accueil de la petite enfance. La satisfaction des horaires est bonne sauf pour 22 % qui pointent la fermeture trop tôt de la crèche. Autre chiffre important de notre enquête : 54 % des parents ont mis leur enfant avant l’âge de 4 mois à la crèche ou chez une accueillante.
Les parents nous disent : Yavuz, papa de deux filles de 5 mois et 7 ans, à l’époque journaliste indépendant, revient sur les débuts de sa paternité.

« Quand je me suis installé en Belgique, ma femme était enceinte de 7 mois. Il était tard pour inscrire notre bébé dans une crèche. Par chance, au bout de quelques mois après sa naissance, nous avons trouvé une place dans une maison d’accueil où il fallait venir chercher notre petite à 16h pile. L’horreur pour travailler dans des conditions convenables. Je me rappelle de certains soirs de bouclage où je couchais ma fille à 18h et la laissais pleurer un peu pour pouvoir terminer mes articles… »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Ce que la Ligue des familles propose

Les besoins sont simples. De là découlent des solutions :

► D’abord, du temps pour soi et pour sa famille. 95 % des parents indépendants voudraient disposer de plus de temps. 77 % voudraient du temps pour eux-mêmes, 74 % du temps pour faire plus d’activité avec leurs enfants et 72 % du temps avec leur conjoint·e. Et pourquoi ne pas mettre en place un système de remplaçant·e·s adapté et efficace ? 62 % des répondant·e·s y sont favorables, nous apprend la Ligue des familles. Pour rappel, il existe déjà un tel système mais il est peu utilisé et peu adapté aux réalités des indépendants.

► Autres solutions envisagées ? Un congé parental flexible et rémunéré pour la naissance d’un enfant. Tant pour les femmes que pour les hommes. 93 % des mamans indépendantes demandent un congé de maternité de 15 semaines. 85 % des papas indépendants y sont favorables. La Ligue des familles défend vivement cette idée comme nous vous l’avons précédemment expliqué.

► Une priorité pour les parents ? Des horaires de crèches adaptées. Certains parents indépendants souhaiteraient que la crèche ferme plus tard et que les jours de fermeture dans l’année soient réduits.

► Enfin, comme nous l’avons vu plus haut, la question de la maladie pose problème. Une idée pour y pallier ? La suppression du mois de carence. Il s’agit d’une priorité, en particulier pour les parents isolés. C’est-à-dire, mettre en place un revenu d’indemnité dès le premier jour d’incapacité, en cas de maladie ou d’incapacité de travail.

En bref

3 idées fortes :

  • l’instauration d’un congé de maternité de 15 semaines.
  • la suppression du mois de carence en cas de maladie ou d’incapacité de travail.
  • l’instauration d’un congé parental flexible et rémunéré pour les parents indépendants.
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