Vie de parent

Quelle place pour les enfants handicapés ?

Le colloque Familles, handicaps et inclusion organisé mardi par la Ligue des familles a rassemblé de nombreux acteurs sensibles aux situations des familles qui ont un enfant handicapé.

Quelle place pour les enfants handicapés ?

Un auditoire bondé, des entrées que l’on doit refuser faute de places… C’est l’indice que l’intégration et l’inclusion des enfants souffrant d’un handicap et la détresse de leurs parents interpelle, inquiète, fait honte aussi parfois. C’est ce qui est ressorti du colloque Familles, handicaps et inclusion ce mardi 17 juin, organisé par la Ligue des familles.

Et pour cause, les chiffres tirés de l’enquête de l’association (auprès de 400 répondants) sont édifiants :

  • plus de 2 familles sur 3 (67%) ont une personne en situation de handicap ou à besoins spécifiques dans leur famille ;
  • 8 personnes sur 10 (82%) estiment que les personnes souffrant de handicap sont mises à l’écart de la société ;
  • et pour une grande majorité des sondés (95%), l’accès à l’éducation des enfants porteurs d'un handicap doit être une priorité, si possible dans l’enseignement ordinaire.

Un « handicapé » dans ma classe ?

Tandis qu’un tiers des participants continuent de ressentir une gêne en présence d’un handicapé dans un lieu public et que d’autres prononcent encore le mot « différence » pour évoquer le handicap, d’autres acteurs avancent pas à pas vers une société plus inclusive. Dominique Paquot, directeur d’une école fondamentale, pratique l’intégration des enfants souffrant d’un handicap depuis plusieurs années déjà. Son établissement scolaire partage sa cour de récréation avec une école pour enfants sourds et malentendants.

« Il y a de nombreux échanges entre les classes des deux écoles. Les enfants, dès leur plus jeune âge, se mélangent entre eux sans a priori sur le handicap ! Un enfant intégré chez nous doit vivre avec les autres. Non comme les autres, il ne s’agit pas de nier son handicap, mais parmi les autres. Ainsi, il vit mieux sa vie d’enfant et il est d’avantage socialisé », expliquait-il, lors du colloque. « Je suis encore plus favorable à l’école pour tous, celle qui accueille une diversité d’élèves dans une école de la réussite qui rejette compétition et exclusion. »

Des freins et des moyens

Mais des obstacles peuvent venir freiner ce type de projet d’intégration, souligne le directeur :

  • le manque de moyens tant financiers qu’humains ;
  • la peur des parents du nivellement par le bas ;
  • la crainte des enseignants par rapport au travail supplémentaire et aux enfants « différents » ;
  • les intégrations qui doivent s’arrêter car elles ne sont plus porteuses pour les enfants ;
  • pas de culture d’école en terme pédagogique et sociale.

L’inclusion, pour les parents

La bonne nouvelle qui ressort de l’enquête, c’est que 75% des parents concernés évaluent positivement l’inclusion scolaire en milieu ordinaire de leur enfant souffrant de handicap(s).

Les parents qui ont un enfant en situation de handicap ou à besoins spécifiques (dyslexie, etc.) ont de lourdes charges financières alors qu’ils ont, bien souvent, dû réduire leur temps de travail. Pour les uns, l’inclusion et l’intégration de leur enfant à l’école et dans la société est un rêve, pour d’autres un combat. Ceux qui se sont battus pour y parvenir en tirent une grande satisfaction. Alexandra, maman de David, trisomique 21, a décidé que son fils « grandirait avec et dans la société ». Ça n’a pas été facile mais elle se félicite aujourd’hui de lui avoir fait confiance. Elle témoignait mardi, afin que leur histoire « donne force et courage à ceux qui craignent » et « décide les hésitants ».

Un nouveau combat de la Ligue des familles

Cette première enquête et ce colloque sur les familles, handicaps et l’inclusion ne sont qu’une première étape dans la démarche de la Ligue des familles qui se veut exemplaire et ambitieuse en matière d’inclusion. « Il s’agit de poser une pierre pour la construction d’une société plus ouverte à la différence et plus inclusive », avance Delphine Chabbert, directrice du service d’Études.

Dès 2015, l’association envisage de passer à la vitesse supérieure avec :

  • une grande campagne,
  • une nouvelle rubrique dans le Ligueur des parents sur l’inclusion,
  • un nouveau service Baby-sitting « enfants en situation de handicap ».

Objectif : faire la question du handicap un nouveau combat pour représenter, accompagner et défendre les parents d’enfants à besoins spécifiques ou en situation de handicap. « Parce que nous sommes tous concernés et que nous pouvons tous faire quelque chose pour faire avancer ce projet de société inclusive. C’est peut-être une utopie mais on va la porter. On va y aller. On va jouer un rôle », conclut-elle.  

Stéphanie Grofils

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Témoignages

Retrouvez ici tous les témoignages de parents d’enfants porteurs d’un handicap ou à besoins spécifiques, des acteurs sociaux ou de l’éducation, des professionnels et des politiques présents au colloque Familles, handicaps et inclusion.

À lire

Retrouvez ici le dossier du Ligueur Handicap : perception et réalité, réalisé sur la base des résultats de l'enquête de la Ligue des familles.

Et découvrez les résultats de la double enquête de la Ligue des familles:

- sur le rapport des familles à la question du handicap ;

- sur certaines des réalités que vivent au quotidien les parents d’enfants en situation de handicap ou à besoins spécifiques.

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