Vie de parent

Silence, on tourne !

Nolhan, Savanah, Scharzzy et Élisa, assise dans son fauteuil roulant, sont fin prêts sur le plateau de tournage en ce samedi matin de septembre. Sollicités par la Ligue des familles dans le cadre de sa future campagne « Pour une société handicap inclus », ils participent à la réalisation d’un clip (sorti ce 21 octobre). Une belle expérience d’inclusion que le Ligueur a pu partager avec eux.

Silence, on tourne !

Un halo de lumière blanche qui tranche avec le fouillis de tissus colorés déposés négligemment à même le sol. Ce samedi matin, dans l’ambiance feutrée d’un hangar bruxellois, Nolhan, Savanah et Scharzzy respectent les consignes à la lettre et découpent minutieusement des bouts de tissus, avant de les charger sur un petit camion en bois sous l’œil discret de la caméra.
Cette première expérience de tournage ne semble pas impressionner ces enfants âgés de 8 à 12 ans. Bien moins en tout cas que leurs parents, présents sur place, qui n’ont pas hésité à répondre à l’appel de la Ligue des familles en recherche d’acteurs en herbe pour sensibiliser le grand public à la question de l’inclusion des enfants en situation de handicap.

Des parents inquiets…

Assise dans sa chaise roulante, Élisa observe la scène avant de passer elle-même devant la caméra. Sa maman, sur le qui-vive, nous glisse dans l’oreille : « À part l’école où Élisa est dans un centre de jour, nous essayons que notre fille soit un maximum dans des lieux où l’on pratique l’inclusion. C’est le cas pour ses stages durant les vacances et les louveteaux qu’elle fréquente depuis quatre ans. Élisa est très sociable et adore les contacts. D’où sa présence ici, afin qu’elle puisse, comme n’importe quel autre enfant, vivre cette expérience de tournage. Évidemment, la campagne de la Ligue pour sensibiliser un maximum de parents à l’inclusion nous a aussi beaucoup motivés. J’aimerais tant voir s’effacer les peurs que je vois parfois dans les yeux des uns et des autres. Rien ne me fait plus plaisir que de voir d’autres enfants accepter Élisa malgré ses différences. »
Heureuse, la maman d’Élisa. Ou presque : elle aurait tant aimé qu’on prenne un peu de temps avant le tournage pour expliquer aux autres enfants le handicap de sa fille, en leur disant bien qu’elle comprenait tout ce qu’on lui disait. Mais les enfants ne se posent sans doute pas toutes les questions qui embarrassent les adultes : au cours du tournage, Élisa sera vite des leurs.

Élisa parmi les autres

Allongée sur un coussin au milieu des tissus colorés qui décorent le plateau, Élisa fixe non plus sa maman, mais Marine de l’agence Bonjour qui a réalisé le clip, les affiches et l’ensemble de la campagne inclusion pour la Ligue des familles. Marine rassure la gamine, tout en dirigeant ses premiers pas de comédienne.
Un peu méfiante, Savannah observe d’abord la scène avec une certaine réserve. Avant de tendre des bouts de tissus à Élisa, lui demandant quelle couleur et quel motif ont sa préférence. Avec lenteur mais fermeté, la fillette désigne du doigt l’étoffe à pois mauves. Le contact est établi. Et se poursuit par un échange de perles brillantes entre fillettes, couchées côte à côte sur le même oreiller. Les différences s’effacent. La séquence est dans la boîte.
L’émotion est palpable sur plateau, du moins du côté des adultes. Les enfants, eux, préfèrent se défouler dans un gigantesque jet de balles magiques. Cette fois, Élisa n’est pas oubliée : naturellement, et à tour de rôle, les enfants viennent l’approvisionner en munitions.

Question de regard

Pause midi. Comme sur tous les tournages, c’est sandwichs et boissons gazeuses. Avec des bonbons en prime pour les mômes. Scharzzy se défoule en montant sur le dos d’un technicien qu’il a adopté comme nouveau copain : sympa, mais pas simple de faire pareil boulot avec un marmot sur le dos !
Nolhan, lui, retrouve sa maman, qui a observé non sans une certaine fierté le comportement de son rejeton depuis le balcon. Elle lui suggère : « Si tu veux poser des questions à la maman d’Élisa, surtout n’hésite pas. C’est le moment ». On sent que mère et fils ont discuté du sujet avant le tournage. Que le gamin n’est pas là par hasard, même s’il « aime faire le clown », comme il nous le raconte d’emblée. Avant d’ajouter : « Je suis venu pour aider les handicapés, pour qu’on ne les juge pas mal. Et aussi pour qu’ils puissent faire la même chose que nous. » Une expérience que le gamin a d’ailleurs voulu partager à l’école en la racontant à ses copains de classe, avant même le tournage.
La maman de Nolhan va plus loin et explique : « J’ai sept enfants et rien qu’en me baladant en rue avec ma famille nombreuse, je dois faire face à des personnes qui me regardent d’un drôle d’air. En plus, mes enfants sont roux ! Je peux donc très bien m’imaginer le regard que l’on peut porter sur des parents qui ont un enfant handicapé. »
Et cette maman d’ajouter combien elle soutient l’initiative de la Ligue des familles en matière d’inclusion parce que, selon elle, la société a encore bien des progrès à faire, aussi bien en ce qui concerne les aménagements pour les enfants différents que le regard qui est porté sur eux.

Découvrez l’astuce

La pause de midi s’éternise, ce qui électrise un peu les enfants. Ils ne prêtent guère attention au décor qui se construit derrière eux, pièce par pièce, avec de bouts de tissus : une plaine de jeux, une rue et un studio de télé. Trois univers que l’on retrouve dans les affiches de la campagne, dont celle reproduite pages 12-13. Le concept est subtil : les trois enfants sont couchés sur le sol et donnent l’illusion qu’ils sont tous en mouvement. L’idée fait beaucoup rire les gamins qui s’exécutent avec bonheur.
Alors que Scharzzy rêverait de monter sur l’échelle pour accompagner le preneur d’images qui va faire la prise de vue depuis le faux plafond, Savanah, Élisa et Nolhan sont allongés sur le décor. La première donne l’illusion de se suspendre à des anneaux, la seconde de monter les escaliers et le troisième de glisser sur un toboggan. Tous trois rigolent, complices et… égaux surtout, grâce à cette nouvelle perspective. Applaudissements des parents. La scène est terminée.
À cet instant, Lucas arrive en chaise roulante, poussé par son papa, pour l’ultime séquence de la journée. On lui explique que, lui aussi, va se coucher sur le sol pour faire du skate. Sa maman se retourne vers lui et glisse : « Génial, c’était justement ton rêve ! »

Anouck Thibaut

À vous d’agir !

On vous a mis l’eau à la bouche ? Pour visionner le clip, rendez-vous sur liguedesfamilles.be. N’hésitez pas à le partager et à le faire tourner sur les réseaux sociaux.

Sur le même sujet

La Ligue des familles milite pour une société qui inclut le handicap

C’est parti ! Ce mercredi 21 octobre, la Ligue des familles a lancé sa nouvelle campagne. L’idée est simple : proposer un changement de perspective pour une société plus inclusive où mieux vivre avec son handicap, sa différence, ses différences est possible. La Ligue est extrêmement enthousiaste à l’idée de cette nouvelle bataille.