6/8 ans

Tous égaux avec les chevaux

Le temps d’un stage, chevaux et enfants porteurs de handicaps se rencontrent et s’apprivoisent à la ferme équestre de Louvain-la-Neuve. Le Ligueur a suivi au pas une séance d’hippothérapie.

Tous égaux avec les chevaux

Ce mercredi, un soleil canon brille sur Louvain-la-Neuve. Au bout du lac, on aperçoit une plaine et quelques chevaux qui cherchent de l’ombre. Nous voilà à la ferme équestre, centre d’hippothérapie.
Pause de midi oblige, l’endroit est assez calme. Un groupe d’enfants aux casquettes rouges pique-nique à l’ombre d’un arbre, tandis que deux adultes sortent des écuries. Tobias et Anne-Dominique, hippothérapeutes tous les deux, attendent sept enfants de l’asbl Escalpade. Ils arrivent bientôt à pied ou en grande poussette avec leurs trois animateurs pour un stage d’hippothérapie.
Pour commencer la séance, direction la prairie. « Booba, on va chercher Booba aujourd’hui », lance un gamin enthousiaste. « Il est grand, Booba », précise un autre enfant sous sa bombe. « Moi, je prends une corde », dit Alexandre. « Valentin, tu viens chercher Booba avec nous ? », propose Anne-Dominique. Le petit Hugo veut aussi les accompagner. Un éducateur complète l’équipe. Et les voilà partis sur un petit sentier à la recherche du grand cheval.
Le chemin est déjà source de découvertes. Hugo ramasse de la paille, Anne-Dominique montre un cheval qui « dort dans son assiette »… mais personne ne voit le cheval Booba. L’hippothérapeute part en éclaireuse dans un tunnel ombragé tout au bout de la prairie. Des cris, sauts et éclats de rire suivent bientôt son retour : « Voilà Booba ! ».
Le cheval sort doucement de la pénombre. L’excitation des enfants contraste avec le calme du cheval. Anne-Dominique prend un petit fatigué sur son dos pour rentrer. La prairie est un terrain accidenté pas toujours facile pour des petites jambes fragiles.
De retour au manège, deux autres chevaux sont déjà prêts. Anne-Dominique va chercher tout en douceur Noémie, qui attendait un peu plus loin dans sa grande poussette. Elle la prend par la main et l’amène près d’un cheval. « Bonjour, Surprise », dit-elle au cheval. Noémie le caresse en faisant des petits bruits, visiblement heureuse de ce contact.
Eliott aussi est arrivé en poussette. Il n’a pas beaucoup de tonus pour marcher ou se tenir assis. Mais quelle fierté quand il monte à cheval avec son éducateur ! « Avec lui, il faut bien faire attention à ce qu’il soit en rétroversion », précise Anne-Dominique à l’éducateur d’Eliott. Un coussin rehausseur sous les fesses et hop, les voilà partis au pas.

L’allure d’un cavalier pro

Ici, les hippothérapeutes lâchent la bride, il n’y a pas de rythme imposé. Pendant qu’Eliott monte avec son éducateur, le petit Alexandre grimpe sur un cheval blanc avec l’aide d’une hippothérapeute. Le casque de vélo gris vissé sur la tête, regard loin devant lui, dos bien droit, un parfait cavalier qui monte à cru sur sa monture . À cru ? « Oui, on aime bien. À cru, on cherche davantage son équilibre que sur une selle à laquelle on peut s’agripper. Et puis, il n’y a pas de distance, l’enfant est directement en contact avec le cheval », précise Tobias.
Plus loin, le petit Hugo joue avec une corde. Noémie caresse toujours le museau du cheval du bout des doigts.
Les hippothérapeutes sont attentifs aux chevaux… et aux enfants ! Lorsqu’une petite se mord les genoux, ils demandent à une éducatrice d’aller près d’elle pour la rassurer, la balader ou l’aider à marcher.
C’est au tour d’Hugo, le petit souriant aux bouclettes sombres de grimper sur Illico, un étalon brun. « Regarde où tu vas, le cheval t’accompagne », lance Tobias. Sur son cheval, Hugo joue au téléphone avec la corde : « Allô, allô ? ». Il s’interrompt en entendant, rêveur, la musique d’un marchand de crèmes glacées qui passe dans les parages.
Éclats de rire. Moment câlin. Hugo glisse sa tête sur le cou de son cheval, un sourire jusqu’aux oreilles.
De son côté, Noémie se fâche. « Tape du pied quand tu es en colère », conseille Anne-Dominique. « Elle est méchante », dit un autre enfant. « Non, elle est fâchée, c’est différent », répond l’hippothérapeute avec beaucoup de douceur. Je m’étonne du calme des chevaux. « Ils deviennent calmes, m’explique l’hippothérapeute, leurs rapports de hiérarchie sont déjà réglés le week-end. Les chevaux se côtoient en prairie, ils se connaissent et savent qui est dominant. Ça leur permet d’être zen la semaine. Mais avec l’extension de la ville, ils ont moins d’espace et on craint de les voir plus stressés. »
« Maman, tu es où ? », demande soudainement un petit garçon. « Et toi, Mathias, tu es où ? », lui répond taquin l’hippothérapeute. « Sur Surprise ». « D’abord, tu es sur Surprise et après, tu iras chez maman », explique Tobias.

« Avec les chevaux, elle s’est mise à marcher »

Il est déjà l’heure de ramener les chevaux dans leurs box pour les nourrir. Certains ont faim, il faut aller vite pour les servir. D’autres sont plus tranquilles. Un enfant peut même entrer dans un box avec Tobias pour regarder l’étalon manger. « On voit que certains enfants aiment prolonger ce contact et rester un peu avec le cheval après la séance. »
Petites larmes au moment de la séparation, les enfants semblent fatigués. « C’est une activité super pour les enfants, ils adorent, me confie une éducatrice, ça leur fait beaucoup de bien. Les médecins disaient que cette fillette ne marcherait jamais. Avec les chevaux, on l’a vue progressivement se mettre debout pour les caresser et même faire quelques pas, c’est merveilleux. »

Estelle Watterman

EN PRATIQUE

Qui peut faire suivre des séances d’hippothérapie ?

Selon Patrick Guilmot, tous les enfants, dès 5-6 ans, peuvent entrer en relation avec un cheval et un hippothérapeute, qu’ils aient acquis le langage ou pas. « Il n’y a aucune contre-indication, on peut s’adapter aux maux de dos, travailler la peur de l’animal. Le seul frein serait un enfant qui n’a pas envie d’essayer. »

Quel est le matériel nécessaire ?

On conseille des vêtements confortables, peu salissants et de bonnes chaussures. Les bottes en caoutchouc, c’est un mythe. Seule protection indispensable : une bombe. Mais la ferme équestre peut en prêter. 

Combien coûte une séance d’hippothérapie ?

À la ferme équestre de Louvain-la-Neuve, il faut compter environ 36 € pour une séance d’une heure. Si la séance dure moins longtemps, le prix est adapté. Le nombre de séances n’est pas imposé, tout dépend de l’évolution de la thérapie. Il est donc possible de s’inscrire toute l’année. Pour les stages d’une semaine pendant les vacances, ils coûtent environ 180 €. 

Où se renseigner ?

Sur le site de la ferme équestre, vous trouverez toutes les informations concernant l’hippothérapie mais aussi l’équitation ou même des stages de ferme qui y sont organisés.
Pour des stages destinés aux enfants valides et moins valides, rendez-vous sur le site de l’Escalpade, à Louvain-la-Neuve également.

 

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« Le cheval : une vraie motivation »

Pour mieux comprendre les bienfaits de l’hippothérapie, nous avons rencontré Patrick Guilmot, directeur du centre d’hippothérapie de Louvain-la-Neuve. Il nous reçoit dans son bureau, au cœur de la ferme équestre, car même si sa fonction exige un peu de paperasse administrative, cet amoureux des chevaux aime avant tout rester en contact avec eux.