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Un jour d’été dans une crèche parentale

Beaucoup de couleurs, de jolies décos faites par un papa ou une maman, des bébés en petit nombre, un puériculteur tout doux et des parents papotes. Ambiance de vacances ou complicité habituelle ? La crèche parentale Les Tournesols à Limelette a des allures de paradis pour tout-petits.

Un jour d’été dans une crèche parentale

Sur le mur de gauche, des bacs en bois peints en rouge, jaune, mauve ou bleu abritent des mini-chaussures. Face à l’entrée, un château-fort sert de distributeur de chaussons, entre ses tours, une guirlande en tissu souhaite la bienvenue. Sur le mur du fond, des papillons de papier et un panneau photos attirent l’attention. Ce ne sont pas les puériculteur·trices qui affichent un beau sourire sur papier glacé mais les parents. Dans cette crèche parentale, pour chaque enfant posé, un parent assure une permanence hebdomadaire d’une demi-journée.
En section des petits, on croise d’ailleurs Anne-Marie, une dame élégante à l’accent anglais. C’est la maman d’Alexandre, 2 ans, et de Matthieu, 8 mois. Son petit vient de s’assoupir, lové dans un boudin rose de la section des bébés. Anne-Marie profite du répit pour raconter son arrivée aux Tournesols : « J’habite assez près de cette crèche, et j’aime ce concept. On peut voir notre enfant interagir. Alexandre adore jouer au foot avec d’autres enfants », dit-elle en glissant les yeux vers la cour où effectivement, un petit gars en T-shirt orange tape dans un ballon. « Au départ, j’avais testé une crèche à Bruxelles, près de mon travail. Je pensais que c’était plus pratique. Quand j’arrivais à la crèche, je passais mon bébé au-dessus d’un comptoir, sans pouvoir entrer. Ici, c’est tout différent, on entre, on s’installe, on participe… Et on s’organise pour assurer notre permanence. Pendant mon second congé de maternité, je ne pouvais pas venir, alors c’est le papa qui venait chaque semaine». « C’est une organisation de se libérer quatre heures par semaine pour tenir notre permanence mais c’est aussi grâce à cette contrainte qu’il n’y a pas une trop longue liste d’attente pour inscrire son enfant », renchérit Ludivine, maman de Camille, 9 ans et demi, et Benjamin, 3 ans, de passage à leur ancienne crèche pour faire un petit coucou pendant les vacances.

On vient s'amuser avec les enfants

Mais que font ces parents quand ils viennent à la crèche ? « On console les enfants, on joue avec eux… En fait, c’est un peu selon le talent de chacun. Je suis venue une fois avec mon synthé pour proposer une activité musicale aux enfants. C’était super. Ils voulaient tous toucher l’instrument, faire des sons… Et comme c’était un vieux synthé, il n’y avait pas de souci. Souvent, j’apportais le jeu du verger, un classique qui plait toujours », détaille la maman. « Moi j’apporte des marionnettes,  les enfants adorent. Un parent a déjà amené une trompette, un autre une flute… » raconte Florence, maman d’Anna, 20 mois, et de Nelson, 4 ans. « Avant d’entrer dans cette crèche, on pourrait avoir un peu peur ou pas envie de laver les fesses de tous les bébés… mais il y a d’autres choses à faire. On peut changer les draps du dortoir, par exemple. J’ai eu une mauvaise expérience avec une crèche privée avant et ce qui m’a séduite ici, c’est la transparence et le fait que l’on participe à la vie de la crèche. Évidemment, on a dû se réorganiser, prendre un 4/5e pour venir dans la crèche chaque semaine. Mais je ne le regrette pas du tout », lance-t-elle, convaincue. Et quand on voit les mamans présentes, on dirait presque une bande de copines. « Les parents de cette crèche sont dans un même état d’esprit. On se retrouve parfois plus tard dans les écoles. On aide lors des fêtes d’école, ajoute Florence. Ce principe de crèche est tellement mieux pour les enfants et les parents. Ça remet au centre l’enfant, l’humain et des belles valeurs. On vient s’amuser avec les enfants ici et c’est vraiment chouette. Finalement, on est loin des a priori que j’avais de nettoyer les fesses des bébés. »

On s'attache aux enfants... et aux familles

À côté des adultes d’humeur papote, les enfants ne semblent pas du tout perturbés d’avoir tant de grands dans leur crèche. Un petit bonhomme m’apporte gentiment un bon steak en plastique accompagné d’un gobelet vert. On partage le repas-dinette. Puis il retourne dans sa voiture rouge et jaune sous le regard d’un puériculteur à la voix de velours. « Je travaille ici depuis dix-huit mois. La particularité, c’est qu’on s’attache à des familles. Dans une crèche traditionnelle, on s’attache à des enfants. Ici, on connait les enfants et les parents. Il y a beaucoup d’interactions, de discussions. Et à certains moments-clés, quand les petits changent de section ou quand ils s’apprêtent à quitter la crèche, les parents ont besoin d’être rassurés. Ce n’est pas toujours facile pour eux de voir grandir leur enfant. Et pour nous, c’est parfois dur de les voir partir », raconte Christopher, puériculteur de la section des plus grands.

Estelle Watterman

INTERVIEW

Valérie Stamanne revient sur l’évolution d’une des rares crèches parentales de Belgique.

Comment est née l’idée d’une crèche parentale à Limelette il y a 10 ans ? Ce n’est pas un modèle d’accueil de petits enfants très répandu…
Valérie Stamanne : « Cette crèche parentale est née sous l’impulsion de la commune de Limelette qui voulait augmenter le nombre de places d’accueil subventionnées via un projet pilote qui ne rentrait pas dans le compte des places subventionnées ONE. »

Concrètement, que font les parents dans votre crèche ?
V.S. : « Les parents participent activement à la vie de la crèche. Chaque famille se rend disponible un demi jour par semaine (de 8h30 à 12h30 ou de 14h à 18h). Au début, les parents devaient suivre une formation. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ils restent à leur place de parents. On ne leur met pas de pression. Ils viennent passer du temps avec leur enfant, sans obligation de résultat. »

Entre nous, avoir des parents dans l’équipe, c’est une facilité ou pas ?
V.S. : « Au départ, on n’avait qu’un quart temps pour la direction mais ça a vite posé problème. Gérer une telle équipe, c’est une charge de travail en plus. Il faut accompagner les parents, donner du sens aux pratiques en collectivité. Et trouver ensemble le juste milieu entre ce qui se fait à la maison et à la crèche. Car les règles sont beaucoup plus strictes en crèche qu’à la maison. En crèche, on ne laisse pas un enfant seul sur la table à langer, on insiste sur le lavage des mains…
Les parents arrivent aussi avec beaucoup de questions : sur la diversification alimentaire, le sommeil, les colères… Ils lisent beaucoup de choses qui se contredisent dans les médias et sur les réseaux sociaux. L’équipe de puéricultrices est une source d’informations et de confiance précieuse pour les parents. »

L’organisation pratique du planning est sans doute parfois compliquée avec tout ce monde…
V.S. : « Oui, on joue à Tetris pour l’horaire des parents. On cafouille parfois 2-3 mois dans l’année mais dans l’ensemble, ça roule. Heureusement, dans notre projet, on a beaucoup de familles dont un des parents ne travaille pas ou travaille à temps partiel et qui peut donc être plus souple. Mais tous les parents s’engagent à participer à une permanence hebdomadaire, c’est obligatoire. »

Si on met de côté les petits couacs d’organisations, ce modèle de crèche présente certainement des avantages…
V.S. : « Oui, on connaît précisément l’enfant et son contexte de vie. Le lien de confiance qui s’établit avec les parents est un vrai plus. Si l’équipe remarque quelque chose dans le développement de l’enfant, c’est plus facile d’en parler avec les parents.
On essaye vraiment de ne pas les juger dans leur pratique. Mais grâce à ce lien de confiance, on peut dialoguer et chercher une situation transitoire compatible avec la vie en collectivité. Ce qui n’empêche pas les parents de poursuivre ce qu’ils faisaient chez eux si ça leur convient. »

Quel conseil donneriez-vous à des parents qui veulent se lancer dans l’aventure d’une crèche parentale ?
V.S. : « Il faut qu’il y ait un appel à projet de la commune et y répondre. Mais ce n’est pas simple aujourd’hui. En tant que crèche parentale, on a moins de personnel d’encadrement et moins de rentrées financières. L’incitant financier pour ouvrir une nouvelle structure est tellement négatif qu’aucune nouvelle crèche parentale n’a ouvert ces dernières années. »

ZOOM

Un peu de coordination
Pour coordonner cette équipe de pros et parents, en plus de la directrice, une coordinatrice pédagogique travaille à mi-temps aux Tournesols. « Mon rôle, c’est de soigner le premier contact avec les familles. Je leur fait visiter la crèche, j’explique le projet. J’encadre les parents pour les impliquer. Quand ils voient de leurs yeux, ils comprennent mieux nos questions, notre fonctionnement, ils sont rassurés. Les gens sont très visuels en fait. Quand ils voient les choses eux-mêmes, on n’a pas besoin de les convaincre », explique Catherine Dupont.

EN BREF

Une crèche… parentale ?
C’est quoi ? Les crèches parentales sont des crèches de petites tailles ; elles accueillent 14 enfants maximum. Leur particularité, c’est l’implication des parents. Ils participent à la vie de la crèche en y assurant une présence d’une demi-journée par semaine.
Où les trouver ? Côté francophone, il existe aujourd’hui deux crèches parentales. La première a été créée à Louvain-la-Neuve, avenue de l’Espinette, la seconde se trouve à Limelette. En Flandre aussi, deux « ouderscreches » accueillent bébés et parents. L’une se trouve à Hasselt, l’autre pas loin d’Anvers.
Combien ça coûte ? Pour l’instant, les parents payent 10% en moins que dans d’autres crèches subventionnées ONE en compensation de leur participation à la vie de la crèche.
Une nouvelle tendance ? Tout dépend du nouvel arrêté en préparation. Il devrait augmenter les subventions, le quart-temps de directrice deviendrait un mi-temps. Mais les parents n’auront peut-être plus leur tarif réduit et la coordinatrice pédagogique (AS ou psychologue) serait remplacée par une puéricultrice. Cet arrêté devrait être voté avant la rentrée pour entrer en application en janvier 2019. À suivre donc…

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